Politique

Maroc : Hassan Rachik, caution rurale de la commission sur le modèle de développement

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Mis à jour le 19 décembre 2019 à 09h56
L'anthropologue marocain Hassan Rachik.

L'anthropologue marocain Hassan Rachik. © YouTube/Al Akhawayn University in Ifrane

Parmi les 35 membres de la commission chargée d’élaborer un nouveau modèle de développement pour le royaume, on retrouve notamment un anthropologue spécialiste du milieu rural. Alors que les rôles assignés à chacun ne sont pas encore connus, zoom sur Hassan Rachik, une voix discrète mais qui sera sûrement écoutée avec attention.

Hassan Rachik a été nommé par le roi Mohammed VI, avec 34 autres, pour intégrer la commission chargée de livrer en juin un rapport sur le nouvel modèle de développement du Maroc. Peu connu du grand public, cet anthropologue, professeur à l’Université Hassan II de Casablanca, a une influence suffisante dans le monde des sciences sociales pour qu’en 2016, le Centre Jacques-Berque de Rabat (institut de recherche sous co-tutelle du CNRS français), décide de publier un ouvrage rassemblant ses principaux travaux.

Ce n’est pas la première fois que les institutions chérifiennes font appel à ce spécialiste reconnu. Il a effectivement été l’un des rédacteurs, avec le sociologue Mohamed Tozy – lui aussi appelé par le souverain pour penser le nouveau modèle de développement – , de la grande enquête sur les valeurs intitulée L’islam au quotidien, très utilisée depuis sa publication en 2007.

Chercheur engagé

Né en 1954 dans la petite ville de Taroudant, à l’est d’Agadir, Hassan Rachik a débuté sa carrière par une thèse sur le sacré et les sacrifices dans le Haut-Atlas. Il appartient à une génération de chercheurs en sciences humaines qui n’hésitent pas à s’engager. Dès les années 1980, il participe ainsi à un projet gouvernemental visant à créer des coopératives agricoles avec les nomades des plateaux de la région de Figuig (Nord-Est). S’il a été choisi trente ans plus tard par Mohammed VI, c’est sans doute pour ce regard particulier qu’il porte sur le monde rural.

Rachik n’est pas un militant à proprement parler, mais ne craint pas de passer au crible toute sorte de sujets de manière très indépendante, comme il l’a montré en animant en 2011 une conférence sur la sacralité du roi à la Fondation Abderrahim Bouabid. Son intérêt pour la question sociale s’est également illustré en 2013 via une enquête sur la santé et la pénibilité au travail, menée auprès d’ouvrières casablancaises (notamment dans le secteur textile). L’auteur y relevait notamment l’absence d’un système de médecine du travail.

Les travaux de Rachik sont souvent pointus, mais jamais décevants. Il en reste toujours quelque chose

Les travaux de Rachik sont souvent pointus, mais jamais décevants. Il en reste toujours quelque chose, comme lorsqu’il étudie dans L’esprit du terrain les stéréotypes du « roumi » (occidental) et du « beldi » (du pays), éclairant la perception du progrès technique et de l’Occident, ainsi que les habitudes de consommation ou les pratiques politiques.

« On assigne au roumi, à l’occidental, une dimension technique, utilitaire, et au beldi une dimension cérémonielle, symbolique et affective. C’est comme si, par beldi, on tendait à assigner une limite à une occidentalisation intégrale », écrit-il.

Proche du terrain

Le rôle précis de chacun des 35 membres de la commission, présidée par l’ancien ministre de l’Intérieur et ambassadeur à Paris Chakib Benmoussa, n’a pas encore été dévoilé. « Nous serons bientôt réunis pour savoir comment s’organisera notre mission », confie à Jeune Afrique l’un des appelés.

Hassan Rachik pourra apporter au futur rapport un point de vue informé sur l’humain. Dans son dernier livre paru en septembre, Socio-anthropologie rurale, il alerte dès les premières pages sur les spécificités du monde paysan. « Comme la majorité des institutions traditionnelles, la famille rurale est une structure polyfonctionnelle, elle ne connaît guère de séparation entre l’activité productive et la vie domestique. Le mot même de ‘métier’ pose problème en milieu rural, où les activités économiques sont encastrées dans des rapports non économiques », souligne-t-il.

Le monde rural est au centre de nombreux discours et prises de parole de différents acteurs depuis un certain temps. Mohammed VI lui-même a, dans un récent discours, appelé à favoriser l’émergence d’une classe moyenne agricole. Mais sur le terrain, un certain nombre de programmes de développement et de projets présentés comme sources de croissance sont durement critiqués, jugés tantôt destructeurs de l’environnement, tantôt peu respectueux des modes de vie locaux.

L’attention d’un intellectuel lui-même issu du monde rural, resté tout au long de sa carrière proche d’un éventail resserré de sujets et des militants de ce milieu (il a notamment écrit sur ses propres parents, et est par ailleurs proche de l’Institut royal de la culture amazighe, l’Ircam), et pariant sur des études plus qualitatives que quantitatives, sera sans doute un atout pour la commission.

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