Politique

Cameroun : les enjeux de la session extraordinaire du Parlement convoquée par Paul Biya

L'Assemblée nationale camerounaise, à Yaoundé (2011)

L'Assemblée nationale camerounaise, à Yaoundé (2011) © Renaud VAN DER MEEREN pour Les Editons du Jaguar

Plus de deux mois après le « Grand dialogue national » qui visait à trouver des solutions à la crise anglophone, l’Assemblée nationale camerounaise se réuni en session extraordinaire, ce vendredi. Les députés devraient notamment adopter la mise en place d’un statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Tous les regards seront tournés vers le Palais des Verres de Ngoa Ekelle, où s’ouvre aujourd’hui une session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Cette session parlementaire spéciale, convoquée sur instruction du président Paul Biya deux jours après la fin de la traditionnelle session de novembre, revêt une importance particulière pour Yaoundé. Car si l’ordre du jour de ces travaux n’a pas été communiqué, de nombreux élus de la majorité présidentielle s’accordent à dire que l’examen et l’adoption du statut spécial à donner aux régions anglophones devrait en être le sujet phare.

Pression de la communauté internationale

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019.

Joseph Dion Ngute, le Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé, le 30 septembre 2019. © DR / Dialogue national

António Guterres a recommandé aux autorités camerounaise de « s’appuyer sur l’élan positif généré par le dialogue national »

L’implémentation de cette résolution transmise au président Paul Biya à l’issue du « Grand dialogue national », qui s’est tenu fin septembre, fait d’ailleurs l’objet d’une attention particulière de la part de la communauté internationale, qui maintient la pression sur les autorités de Yaoundé.

Dans un rapport transmis au Conseil de sécurité des Nations unies le 11 décembre dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a ainsi recommandé aux autorités camerounaise de « s’appuyer sur l’élan positif généré par le dialogue national pour garantir que tous les Camerounais puissent participer à l’application de ses recommandations ».

Avant lui, les secrétaires généraux du Commonwealth, de l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi que le président de l’Union africaine avaient, au cours d’une visite conjointe à Yaoundé, souligné la nécessité « d’accélérer » le processus de décentralisation et de mise en place d’un statut spécial pour les régions anglophones.

Quel statut pour les régions anglophones ?

Des jeunes étudiantes d'une école de Bamenda, située en zone anglophone au Cameroun (Illustration).

Des jeunes étudiantes d'une école de Bamenda, située en zone anglophone au Cameroun (Illustration). © Flickr/CC/Alberto Vaccaro

À Ngoa Ekelle, le quartier de Yaoundé où se situe le siège de l’Assemblée, les pièces du puzzle que ce statut spécial commence à s’assembler.

Parmi les éléments qui devraient figurer dans ce code de la décentralisation, entre autres « concession » du pouvoir : la suppression des postes de délégués du gouvernement, ces super-maires nommés par le président de la République dans les grandes villes ; la réinstauration de la Chambre des chefs traditionnels, une chambre consultative post-coloniale mise instaurée dans le Cameroun occidental par la constitution 1961 ; ou encore l’accroissement des ressources financières des collectivités territoriales décentralisées.

Report des élections législatives et locales ?

Maurice Kamto, le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).

Maurice Kamto, le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). © Site du MRC

L’opposition met pour sa part en avant la nécessité d’avoir un débat sur la nécessité de reporter les élections législatives et municipales fixées au 9 février prochain.

Maurice Kamto, le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dont le parti s’est retiré du processus pour les élections locales, estime à cet effet, qu’il « serait sage pour le président Biya de faire voter une loi qui prorogerait le mandat des maires et députés de 6 à 12 mois, le temps de résoudre de façon sérieuse les différentes crises qui minent le pays ».

Même son de cloche au sein du Social Democratic Front (SDF), qui a d’ailleurs conditionné sa participation au scrutin de 9 février prochain à la fin des violences dans ses fiefs du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. « Nous souhaitons que des mesures fortes pouvant enrayer les violences dans les régions anglophones soient prises. Si ce n’est pas le cas, nous pouvons encore reporter ces élections et attendre que la situation soit plus calme », précise un cadre dudit parti.

Les députés camerounais auront 15 jours pour trancher définitivement ces différentes questions. « J’enjoins le parlement à être utile au moins une fois en ouvrant une véritable perspective pour assécher la sécession anglophone », suggère l’économiste Dieudonné Essomba, l’un des défenseurs d’un retour au fédéralisme au sein de l’opinion publique camerounaise. « Mais s’il persiste dans son statut de chambre d’enregistrement, alors, il n’aura fait qu’aider le gouvernement et participé à l’effondrement du Cameroun ».

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