Politique

Maroc : les dessous du rapprochement entre le PJD et le PAM

Saâdeddine El Othmani (secrétaire général du PJD) et Hakim Benchamach (secrétaire général du PAM).

Saâdeddine El Othmani (secrétaire général du PJD) et Hakim Benchamach (secrétaire général du PAM). © Montage JA

La montée en puissance du Rassemblement national des indépendants (RNI) et la fronde au sein du Parti authenticité et modernité (PAM) expliquent en partie l’assouplissement du bras de fer entre les deux partis politiques marocains.

Tout, absolument tout, les opposait. Le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) et le Parti authenticité et modernité (PAM) étaient ennemis jurés depuis une décennie. Mais l’élection, en octobre dernier, de Fatima El Hassani comme présidente (PAM) de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, sur la base d’une entente locale entre les deux formations, s’était apparentée pour certains aux prémices d’un big bang politique.

Un cadre et membre fondateur du PAM confirme à Jeune Afrique : « De ligne rouge, il n’y a plus. » Des mots étonnants, d’autant plus qu’ils seraient partagés par certains militants islamistes. Un parlementaire PJD renchérit : « Chez nous aussi, un certain nombre de militants et de dirigeants pensent que le PAM n’est plus le parti qu’il était, hégémonique et menaçant la vie démocratique du pays. »

Aujourd’hui, le PJD, très urbain, est au gouvernement, et le PAM, plus rural dans son implantation, est son principal opposant. L’opposition entre les deux formations n’est pas nouvelle : pour de nombreux militants islamistes, le PAM a même été crée dans le but de leur barrer la route, un peu comme les « partis d’administration » de l’ère Hassan II faisait face à la gauche.

Récemment, lors de différents scrutins, le clivage entre les deux partis, l’un conservateur et démocrate, l’autre défenseur des institutions et libéral, était la principale division autour de laquelle s’organisaient les alliances électorales et gouvernementales.

AU PJD, c’est le RNI qu’on vise

Si au sein du PJD, le PAM ne catalyse plus toutes les détestations, c’est aussi que les militants du premier reportent leur ire sur le Rassemblement national des indépendants (RNI), dirigé par Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture qui ferraille durement contre les islamistes. « Tous les reproches que nous faisions au PAM, comme la “notabilisation” de la vie politique, sont maintenant les travers du RNI », continue l’élu islamiste.

Mais de là à aller jusqu’à envisager une alliance électorale à l’horizon 2021… Il y a loin de la coupe aux lèvres. En effet, Slimane El Amrani, second secrétaire général des islamistes, a été clair lorsqu’il a pris la parole à propos du désistement du candidat PJD au profit du PAM à l’élection à la présidence de région dans le Nord : l’alliance reste locale et circonstanciée. En fait, elle tenait aussi à une donnée simple : les « frères » savaient qu’ils ne l’emporteraient pas. Néanmoins, que le secrétariat général du PJD valide une telle stratégie, initialement pensée par les militants du nord, est parlant.

Au PAM, un courant ouvert au dialogue

Au sein du premier parti de l’opposition parlementaire, certains estiment que la posture « anti-PJD » n’est pas payante. À en croire un observateur, ce sentiment est partagé par les plus jeunes militants et leaders notamment, mais aussi par les militants issus de la gauche et de l’extrême-gauche estudiantine, qui avaient rejoint le PAM précisément pour contrer le projet conservateur du PJD.

Une personnalité de premier plan, le militant Abdellatif Ouahbi, une des cautions intellectuelles du PAM, a publiquement pris la parole pour enterrer la hache de guerre : « Celui qui n’évolue pas meurt », a-t-il déclaré.

Enfin, c’est au sein d’un courant, le Groupe de l’avenir, tendance qui s’oppose à l’actuel secrétaire général Hakim Benchamach, que l’hostilité anti-PJD s’est le plus estompée. Ce courant, ainsi que d’autres frondeurs, pourraient bientôt mettre la main sur le parti. Dans ce cas, la vieille fracture PAM-PJD, qui a rythmé la vie politique marocaine pendant des années, pourrait laisser la place à d’autres oppositions.

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