Elections

Présidentielle en Algérie : début d’un scrutin contesté pour élire un successeur à Bouteflika

Un étudiant brandissant une pancarte "Non au vote", mardi 10 décembre 2019 à Alger.

Un étudiant brandissant une pancarte "Non au vote", mardi 10 décembre 2019 à Alger. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Le scrutin devant élire le successeur du président déchu Abdelaziz Bouteflika en Algérie, massivement rejeté par le mouvement populaire de contestation du régime qui agite le pays, s’est ouvert officiellement jeudi matin.

Selon l’agence de presse officielle APS, les quelque 61 000 bureaux de vote du pays ont ouvert comme prévu à 08H00 (07H00 GMT). Aucun sondage n’a été publié mais les observateurs s’attendent à une abstention très importante, alors que la contestation populaire dénonce un vote visant à permettre au régime de se régénérer.

La veille, mercredi, la police algérienne a violemment dispersé une large manifestation qui s’était formée dans le centre d’Alger pour protester contre la tenue de l’élection présidentielle, faisant plusieurs blessés.

Vers 16H40 (15H40 GMT), plus de 200 policiers anti-émeute, armés de boucliers et de matraques, ont chargé près d’un millier de manifestants encore rassemblés devant la Grande Poste, haut lieu de la contestation dans la capitale, survolée par un hélicoptère. La charge a provoqué un mouvement de foule et au moins huit personnes ont été blessées dans la cohue, dont cinq ont été évacuées sur des brancards ou par ambulance.

Une trentaine d’arrestations

La police a procédé à une trentaine d’arrestations. La foule a été dispersée mais une fois le gros des policiers partis, quelque 300 jeunes sont revenus scander des slogans anti-élections, déclenchant une nouvelle charge et de nouvelles arrestations.

Les forces de l’ordre avaient auparavant, durant la journée, tenté vainement de repousser les plusieurs milliers de protestataires qui avaient fini par forcer un cordon de police pour se rassembler devant le bâtiment de la Grande Poste.

On ramènera la liberté, Pas de marche arrière, ou encore Demain, inch’allah, c’est soit nous, soit vous, scandaient les manifestants

Ce « mouvement » populaire de contestation du régime né le 22 février exige le démantèlement total du « système » politique en place depuis l’indépendance de l’Algérie (1962) et refuse un scrutin perçu comme une manœuvre devant lui permettre de se régénérer.

« On ramènera la liberté », « Pas de marche arrière » ou encore  » Demain, inch’allah, c’est soit nous, soit vous ! », scandaient les manifestants qui promettaient de rester sur place toute la nuit.

« Non au système Bouteflika sans Bouteflika »

Répondant à un appel lancé sur les réseaux sociaux, une partie des manifestants – hommes et femmes de toutes classes et tous âges – s’étaient rassemblés dès 10H00 (09H00 GMT) sur la Place du 11-Décembre-1960, à Belouizdad, en ce jour anniversaire du déclenchement des grandes manifestations de décembre 1960 contre le pouvoir colonial français. Parties notamment de ce quartier d’Alger, elle s’étaient propagées durant une semaine à travers l’Algérie.

Plusieurs milliers de manifestants ont ensuite pris la direction de la Grande Poste, à 4 km de là, et y ont rejoint de nombreux autres après avoir réussi à contourner des cordons de police en tenue anti-émeutes.

Meriem, 62 ans, habitante de Belouizdad, a marché avec sa fille et sa belle-fille. Elles brandissaient des cartons rouges portant l’inscription « Makache l’vote » (« Pas de vote ») en signe de refus de la tenue de la présidentielle visant à élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika, contraint en avril à la démission par la contestation, après 20 ans de pouvoir.

« Je marche pour dire non au vote. Non au système Bouteflika sans Bouteflika », a expliqué Meriem. Pour sa fille Fatma Zohra, comptable, « c’est notre dernière chance avant le passage en force du pouvoir avec ce vote ». « Demain il y aura une grande marche. Il n’y aura pas de vote », ont assuré les manifestants.

« Pas de marche arrière, le pouvoir à la fourrière »

« Pas de marche arrière, le pouvoir à la fourrière », ont-ils également chanté, conspuant le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et incarnation du haut commandement militaire qui assume ouvertement la réalité du pouvoir depuis le départ de l’ex-président Bouteflika.

Toute manifestation est strictement interdite à Alger depuis 2001 et depuis février la police ne tolère que les cortèges hebdomadaires du Hirak le vendredi, et dans une moindre mesure ceux des étudiants le mardi. Des manifestations réclamant l’annulation du scrutin se sont aussi déroulées mercredi en province, notamment à Constantine (2e ville du pays), Béjaïa, Tlemcen ainsi qu’à Bouira et Tizi Ouzou, villes de la région de Kabylie, selon des images publiées sur les réseaux sociaux et les médias locaux.

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