Politique économique

Présidentielle en Algérie : les propositions des candidats pour sortir le pays de la crise

Bureaux de Sonatrach, à Oran. L'Algérie, très dépendante des hydrocarbures, a subi de plein fouet la chute des cours du baril.

Bureaux de Sonatrach, à Oran. L'Algérie, très dépendante des hydrocarbures, a subi de plein fouet la chute des cours du baril. © habib kaki

Les indicateurs sont au rouge pour l’économie algérienne, dépendante du pétrole et du gaz, qui s’ouvre à l’étranger sans l’assumer vraiment, comme en attestent les programmes des candidats de cette élection présidentielle qui se déroule en plein mouvement de contestation populaire.

L’Algérie est malade. Droguée aux hydrocarbures, elle a cru longtemps que l’époque dorée des années 2000 se prolongerait à l’infini. L’effondrement des cours du pétrole en 2014, de 115 dollars le baril à moins de 30 dollars, l’a frappée au cœur, car 95 % de ses recettes d’exportations et 60 % de ses recettes budgétaires provenaient des hydrocarbures.

Ses gouvernants n’ont pas su ou pas voulu réagir en décrétant une certaine austérité pour accorder les dépenses et les recettes. Le problème est que, pour équilibrer le budget de l’État et donc maintenir le niveau de vie des Algériens (l’un des plus élevés d’Afrique), le Carnegie Middle East Center a calculé que le baril de pétrole devrait valoir 116 dollars. Il en vaut aujourd’hui tout juste 60.

Les réserves de devises de l’Algérie sont tombées de 194 milliards de dollars en 2013 à 60 milliards à la fin de cette année. Tous les indicateurs sont au rouge.

Des mesures de sauvetage

Le gouvernement actuel semble désemparé et prend des mesures d’exception. Première bouée de sauvetage, le financement non conventionnel, ou « planche à billets », a permis d’imprimer 50 milliards de dollars de billets de banque pour payer les fonctionnaires et maintenir des transferts sociaux (subventions multiples, aide au logement, santé gratuite, etc) qui accaparent 21 % du budget de l’État. Mais l’injection de ces milliards est en passe d’accélérer une inflation aujourd’hui forte de 5,6 %.

Deuxième parade : le régime a cherché une nouvelle fois son salut dans le pétrole. La réforme des règles du jeu dans les hydrocarbures, votée en novembre, est destinée à attirer les grands pétroliers pour qu’ils financent la recherche de nouveaux gisements et évitent que l’Algérie ne devienne importatrice nette de pétrole en 2030. Mais cela demandera du temps.

Autre réforme, issue de la loi de finances 2020 : la suppression partielle de l’interdiction pour une société étrangère de détenir la majorité d’une entreprise algérienne, dite loi « 49-51 ». Il s’agit certes d’une main tendue aux investisseurs étrangers, mais le régime rebute encore les investisseurs, avec un étatisme qui rappelle à certains celui des anciennes démocraties populaires d’Europe centrale et orientale. Le montant des investissements étrangers a péniblement atteint 1,5 milliard de dollars en 2018, quand le Maroc en a attiré 3,6 milliards, et l’Égypte plus de 6 milliards.

« Rente et clientélisme »

L’Algérie figure au 157e rang sur 190 pays dans le classement Doing Business de la Banque mondiale pour le climat des affaires. Insécurité juridique et chicaneries administratives découragent parfois même les entrepreneurs algériens.

Dans une rue d'Alger, en Algérie, en mars 2011.

Dans une rue d'Alger, en Algérie, en mars 2011. © Omar Sefouane pour JA

Le think tank Nabni, qui regroupe des économistes, des universitaires et des chefs d’entreprise, a imputé ces blocages à la « nature rentière et clientéliste du pouvoir », et appelé le Hirak, le mouvement de contestation populaire, à une « déconstruction du système ».

Les réformes que préconisent les cinq candidats à l’élection présidentielle de ce jeudi 12 décembre ne semblent pas proposer de révolution dans la gouvernance de l’économie du pays. Abdelaziz Belaïd propose d’embaucher 400 000 diplômés des universités dans l’agriculture et le tourisme. Abdelmadjid Tebboune propose de créer des emplois dans l’économie du savoir et les start-up.

Ali Benflis estime que la croissance générera les postes nécessaires à partir du moment où l’on encouragera les entreprises privées en les préservant des embûches administratives. Azzedine Mihoubi promet de préserver les avantages sociaux des Algériens. Abdelkader Bengrina privilégie le capital humain et la création d’entreprises dans les énergies renouvelables, l’agriculture et le tourisme.

Financement extérieur : la fin d’un tabou

Mais ces cinq candidats réitèrent des propos susceptibles de séduire l’électorat et se gardent de critiquer les subventions, les avantages catégoriels, les entreprises publiques déficitaires ou le cours du dinar beaucoup trop élevé.

Or, comme l’annoncent nombre d’économistes algériens, il n’y aura plus d’argent dans les caisses en 2022, et il faudra appeler à se tourner vers les financements étrangers. C’est là la fin d’un tabou d’ailleurs préparée par le régime actuel la loi de finances 2020, qui prévoit la possibilité de recourir « au financement étranger auprès des institutions financières mondiales de développement ».

Si le FMI est encore présenté comme exclu de ces bailleurs potentiels, la réalité des finances publiques pourrait vite le rendre incontournable.

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