Justice

RDC : Apple, Microsoft et Google accusées d’avoir bénéficié du travail d’enfants dans les mines de cobalt

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Mis à jour le 19 décembre 2019 à 10h32
Près d'une mine de Rubaya, dans l'est de la RDC, un panneau dénonce le travail des enfants (Illustration).

Près d'une mine de Rubaya, dans l'est de la RDC, un panneau dénonce le travail des enfants (Illustration). © REUTERS/Baz Ratner

Une coalition de chercheurs et d’avocats spécialisés dans les actions en justice contre des multinationales a déposé ce lundi devant la Cour fédérale américaine une plainte contre Apple, Microsoft, Alphabet – maison-mère de Google – , Dell et Tesla. Elle accuse ces sociétés d’avoir « aidé et encouragé le travail d’enfants dans les mines de cobalt en RDC ».

C’est un document de 79 pages que le collectif International rights advocates (IRAdvocates), spécialisé dans la poursuite d’actions en justice contre des multinationales, a déposé ce lundi devant la Cour fédérale américaine au nom de 14 plaignants qui ont accepté d’être parties civiles.

Parmi les sociétés visées, on retrouve les géants américains de la technologie et de l’informatique Apple, Microsoft, Dell et Alphabet – maison-mère de Google -, ainsi que le constructeur automobile Tesla.

Leur point en commun ? Elles sont toutes accusées par le collectif d’avoir tiré profit du travail forcé d’enfants dans les mines de cobalt en RDC. Plus encore, les avocats assurent avoir la preuve que ces sociétés ont aidé et encouragé les propriétaires des sites miniers concernés où les plaignants ont subi des abus.

40 000 enfants dans les mines du Katanga

Le cobalt, dont la RDC extrait 60% de la production mondiale, est une des matières clés dans la fabrication des batteries lithium-ion rechargeables, présentes dans tous les produits fabriqués par les entreprises de technologies et d’automobiles électriques.

« Très souvent ce sont des enfants qui travaillent sur les sites des entreprises minières de manière « artisanale ». Les entreprises qui gèrent les mines officielles laissent faire, même si elles dénoncent régulièrement des « vols », affirmant que ces mineurs artisanaux agissent sans qu’elles le sachent », dénonce Roger-Claude Liwanga, chercheur à l’université Harvard, professeur de droit et de négociations internationales à l’université Emory. Spécialiste du travail d’enfants dans les mines congolaise, il fait parti du collectif qui a travaillé sur la plainte.

En 2014, l’UNICEF estimait à 40 000 le nombre d’enfants qui travaillaient dans les mines du Katanga. « La réalité est que le secteur de l’extraction du cobalt en RDC dépend des enfants, avec des hommes et des femmes effectuant les travaux dans des conditions primitives. C’est un terreau fertile pour les géants de la technologie qui cherche du cobalt à moindre coût et l’utilise en connaissance de cause », ajoute le chercheur.

« Soutien substantiel »

Dans sa plainte, que Jeune Afrique a pu consulter, le collectif n’accuse pas ces multinationales américaines d’avoir elles-mêmes employées ces enfants, mais explique qu’elles bénéficient « sciemment du système d’exploitation minière « artisanale » en RDC et lui apportent un soutien substantiel ».

Pendant plusieurs mois, IRAdvocates a enquêté pour remonter le réseaux de fournisseurs de ces géants de la technologie. Les conclusions de ce travail, résumées dans la plainte, épinglent deux fournisseurs de ces sociétés : le chinois Huayou Cobalt et le suisse Glencore, deux groupes accusés par l’ONG de bénéficier du travail d’enfants dans les mines de cobalt à travers plusieurs sociétés dont ils sont propriétaires et qui exploitent des sites miniers dans le Lualaba et le Haut-Katanga.

Dans son dossier, remis devant la juridiction américaine, le collectif  souligne que, dans le cas d’Apple par exemple, la multinationale fondée par Steve Jobs listent parmi ses fournisseurs de cobalt le chinois Huayou Cobalt, dans son rapport annuel de 2018. Huayou Cobalt est propriétaire de CDM (Congo Dongfang Mining) et COMUS (Compagnie Miniere de Musonoi) qui opèrent toutes les deux dans le Lualaba. Or, plusieurs victimes citées dans la plainte auraient été blessées alors qu’elles travaillaient dans les mines de CDM.

Apple liste aussi parmi ses fournisseurs la société UMICORE. Cette dernière a officialisé en mai dernier un partenariat avec Glencore, qui prévoit qu’elle transforme le cobalt fourni par le groupe suisse, avant de le vendre à d’autres sociétés. Glencore, géant de l’industrie minière en RDC, est notamment propriétaire de trois entreprises – Kamoto Copper Company, Katanga Mining et MUMI (Mutanda Mining) -,  où auraient été blessées plusieurs des victimes recensées par le collectif américain.

fournisseur apple

fournisseur apple © Capture d’écran/ Apple Smelter and Refiner List du 31 decembre 2018

Nombreux intermédiaires

Selon IRAdvocates, les sociétés américaines qui s’alimentent chez ces fournisseurs ne peuvent pas ignorer les conditions dans lesquels le cobalt qu’ils utilisent est extrait. Ils citent à titre d’exemple le rapport d’Amnesty internationale de 2016, titré : « Voilà pourquoi on meurt, les atteintes aux droits humains en RDC alimentent le commerce mondial de cobalt ». L’ONG y épinglent nommément CDM et Huayou Cobalt. À cette occasion, Amnesty avait déjà interpellé Apple sur les conditions de travail dans les mines de cobalt où elles s’approvisionnent.

Autres signes, que ces entreprises connaissent les risques d’abus liés à leur chaîne d’approvisionnement, selon IRAdvocates, Apple a publié en février 2019 sa « déclaration sur la lutte contre la traite des êtres humains et l’esclavage dans (ses) activités et (sa) chaîne d’approvisionnement« , dans laquelle l’entreprise américaine affirme soutenir plusieurs initiatives visant à dénoncer de potentiels abus chez ses fournisseurs.

« Tout est fait pour brouiller la chaîne d’approvisionnement, les entreprises cherchent à se cacher derrière les nombreux intermédiaires qui interviennent dans celle-ci », résume Roger-Claude Liwanga. Au cours des derniers mois, le collectif estime avoir réuni un ensemble de preuves, témoignages, photos et vidéos suffisant et entend aujourd’hui demander des réparations. La plainte déposé ce jour « est une première étape ».


Glencore se défend de tout travail des enfants

Après la plainte déposée lundi 16 décembre devant la cour fédérale américaine par IRAdvocates, le géant minier suisse Glencore, cité dans le dossier, a tenu à marquer ses distances par le biais d’un communiqué publié le lendemain.

La groupe minier souligne qu’il « n’est pas défendeur de cette procédure ». Il exprime d’ailleurs ses « condoléances » et sa « sympathie aux familles et aux enfants blessés ou tués à la suite de ces activités minières artisanales », affirme qu’il « n’achète, ne traite et ne négocie aucun cobalt ou cuivre de manière artisanal », et liste ses initiatives visant à faire reculer l’extraction artisanale et le travail des enfants (dialogue avec les collectivités locales, installation de barrières physiques, soutien à la diversification de l’économie locale…).

Enfin dans la plainte de IRAdvocates, les concessions minières du lac Malo et de Kamilombe sont présentées « à tort comme contrôlées et exploitées par KCC » (la filiale locale de Glencore) souligne le groupe minier, qui tient ainsi à démentir cette information.

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