Transport aérien

Tunisie – Elyès Mnakbi, PDG de Tunisair : « C’est le Brexit qui bloque l’Open Sky en Tunisie »

Un avion Tunisair (photo d'illustration).

Un avion Tunisair (photo d'illustration). © RHL Images from England by Wikimedia Commons

Le PDG de Tunisair Elyès Mnakbi est favorable à une ouverture du capital de la compagnie aérienne, mais sans vouloir braquer les syndicats. Le soutien de l’État pour le leasing de nouveaux appareils aide le transporteur, mais sans lui donner les moyens de faire face à la concurrence européenne prévue avec la mise en place de l’Open Sky en Tunisie.

Fin novembre, Elyès Mnakbi, PDG de Tunisair (3 millions de passagers et 476 millions d’euros de revenus en 2018) confirmait à Reuters le départ de 400 employés de sa compagnie en 2020, pour la plupart recrutés après la Révolution de 2011.

1 200 salariés au total doivent quitter l’entreprise d’ici trois ans. Pour Jeune Afrique, le dirigeant commente la mise en place du plan de redressement entériné en mai par le gouvernement. Plutôt qu’un renflouement d’ampleur, c’est une garantie que Tunisair a obtenu de l’État sur la location de ses appareils.

La compagnie à la gazelle rouge est endettée à hauteur de 1 milliard de dinars (318 millions d’euros) pour une part de marché qui a baissé de 39 % à 36,9 % au premier semestre 2019.

Jeune Afrique : À cause de vos soucis de financement, vous aviez des problèmes pour acquérir des pièces au premier semestre. Est-ce que l’État vous a donné tous les moyens dont vous aviez besoin ?

Elyès Mnakbi : Ces dernières années, notre pays avait d’autres priorités que d’acquérir des avions. Il devait nourrir sa population, la mettre à l’abri des intégristes… Notre problème n’est pas commercial, puisque les touristes reviennent désormais en Tunisie, il se résume à un manque de moyens, à nos faibles capacités d’auto-financement.

Comme Tunisair est une entreprise publique, elle a eu recours à sa tutelle, pour l’assister dans l’accomplissement de son plan de flotte. Pour remplacer des appareils qui sont arrivés à un âge avancé, et renouveler la flotte, au lieu de faire comme prévu en 2012 un achat direct, Tunisair comptera sur ses propres moyens en optant pour la stratégie de sale and lease back (cession-bail).

Nous affréterons cinq Airbus A320 de cinq ans ou plus d’ancienneté sur six ans. Un A330 pourra rejoindre la flotte pour opérer le Tunis-New York et le Tunis-Pékin, mais c’est encore en cours d’étude. L’État continuera d’assister Tunisair en se portant garant lors de l’acquisition, donc en facilitant la transaction. La garantie de l’État est exigée par toute compagnie de leasing et par les constructeurs.

Nous misons beaucoup l’année prochaine sur le réaménagement de l’aéroport de Tunis-Carthage, aujourd’hui saturé, qui permettra d’augmenter les capacités de 5 à 8 millions de passagers, qui offrira de meilleurs services et une meilleure régularité.

L'aéroport international de Tunis-Carthage.

L'aéroport international de Tunis-Carthage. © Jorge Franganillo/CC/Flickr

Vous ne souhaitez pas vous adosser à un partenaire ou ouvrir le capital ?

Ce serait l’unique solution pour décoller. Pour cela, nous devons obtenir l’aval des syndicats. C’est un peu compliqué. Toute opportunité sera traitée en étroite collaboration avec les syndicats, avec l’accord de la tutelle.

Nous ne voulons pas revivre des expériences qui n’ont pas abouti. Aujourd’hui les relations entre la direction de Tunisair et les syndicats sont au beau fixe. C’est très important pour nous de garder ce climat social. Il n’y a pas eu de grève depuis longtemps à Tunisair.

Vous vouliez lancer il y a deux ans une compagnie « low fare ». Où en êtes-vous de ce projet ?

C’est toujours sur la table mais cela na rien d’urgent pour le moment. L’étude pour lancer une filiale low cost a été achevée, les simulations ont été faites. Certaines expériences de ce type, comme Joon par exemple, qui a été fermé par Air France au bout d’un an, n’ont pas donné satisfaction. Nous pourrions même ne pas créer de compagnie du tout, mais seulement dédier deux ou trois Boeing 737 à ces opérations.

Tunisair n’est pas en mesure d’être en concurrence avec les compagnies européennes

La mise en place de l’Open Sky traîne depuis des années. Va-t-il enfin être appliqué ?

C’est surtout un problème européen dû au Brexit. Nous avons eu récemment un entretien avec le directeur général de la commission Mobilité de l’Union européenne. La partie européenne doit résoudre ses problèmes internes et définir les limites de son territoire. Les négociations ont été achevées et signées. Et la Tunisie et Tunisair respecteront ces engagements. Nous sommes en train de nous préparer. Pour l’instant, Tunisair n’est pas en mesure d’être en concurrence avec les compagnies européennes.

Vous avez fermé certaines lignes en Afrique subsaharienne, alors que c’était pourtant un relais de croissance ?

Nous avons dû diminuer l’activité et fermer temporairement certaines lignes, comme Cotonou, qui ne sont pas rentables, pour se replier sur des lignes plus profitables. L’expansion en Afrique subsaharienne est entre parenthèses pour le moment.

Agence de voyage de Tunisair au centre ville de Dakar. Le 05 décembre 2012.

Agence de voyage de Tunisair au centre ville de Dakar. Le 05 décembre 2012. © Sylvain CHERKAOUI pour Jeune Afrique

L’une des raisons aussi, c’est que nous n’avions pas les capacités nécessaires. En juillet-août, nous avons opéré seulement avec nos propres moyens, soit une vingtaine d’appareils, alors que l’année précédente, nous avions vingt-cinq appareils à disposition. Ce qui nous a donné une baisse du nombre de sièges, à 170 000 unités.

La Libye représentait un grand trafic pour Tunisair. Comptez-vous reprendre vos liaisons ?

En effet, le Tunis-Tripoli était très rentable. La ligne représentait 24 % de notre trafic. Ce qui se passe en Libye nous a vraiment pénalisé. Nous attendons des jours meilleurs en Libye pour y reprendre, inch’Allah, les vols.

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