Transport aérien

Rwanda : Qatar Airways acquiert 60 % du nouvel aéroport de Kigali

Paul Kagame et Tamim ben Hamad Al-Thani, lors du Qitcom 2019 (29 octobre - 1er novembre 2019 ; illustration).

Paul Kagame et Tamim ben Hamad Al-Thani, lors du Qitcom 2019 (29 octobre - 1er novembre 2019 ; illustration). © Présidence rwandaise

Moins d’une semaine après le partenariat entre le Paris Saint-Germain et le Rwanda, la compagnie aérienne qatarie devient propriétaire du nouvel aéroport de Bugesera, encore en construction, tandis qu’une entrée au capital de Rwandair est en discussion.

L’émirat se retrouve, via sa compagnie aérienne nationale Qatar Airways, investisseur majoritaire du nouvel aéroport de Kigali, au Rwanda. La stratégie d’investissements à l’étranger du Qatar s’accélère, l’annonce survenant à peine cinq jours après celle du partenariat entre le club de football du Paris Saint-Germain, propriété qatarie, et l’État rwandais.

Le gouvernement rwandais et Qatar Airways ont conclu ce 9 décembre un partenariat d’investissement qui voit la compagnie aérienne prendre 60 % du nouvel aéroport de Bugesera (à l’est de Kigali), un projet dont la valeur approche les 1,3 milliard de dollars et qui devait initialement être achevé courant 2020.

Ce partenariat recouvre trois volets : la construction, la propriété et l’exploitation de l’infrastructure. En mars dernier, des officiels qataris s’étaient rendus à Kigali pour discuter du projet. L’année dernière, le gouvernement avait suspendu les travaux entamés en 2016 par l’entreprise portugaise Mota-Engil, pour redimensionner les contours du projet, qui était initialement évalué à 818 millions de dollars.

Un axe aérien de Doha à Kigali

Alors que Kigali a accueilli, en 2018, 977 631 passagers, le nouveau terminal affiche de plus importantes ambitions. Il devrait être taillé pour accueillir jusqu’à 7 millions de passagers par an (soit bien plus que les 4,5 millions prévus avec le précédent partenaire portugais) et 14 millions d’ici 2032. “Nous espérons que notre futur hub aéroportuaire dopera le tourisme, pour nous permettre de passer de 150 à 800 millions de dollars de revenus en sept ans. Bugesera sera un employeur clé, le secteur de l’aviation aura besoin d’employer de nombreuses personnes pour servir les secteurs de la maintenance, du cargo ainsi que notre compagnie Rwandair” expliquait Clare Akamanzi, directrice générale du Rwanda Development Board (RDB) à Jeune Afrique en mai 2018.

Mais l’aéroport de Bugesera ne devrait être qu’une partie de l’alliance aérienne qui est en train de se nouer entre Kigali et Doha. Une entrée au capital de la compagnie Rwandair est également en discussion. Interrogée par JA en novembre sur le sujet, sa directrice générale, Yvonne Makolo, se refusait à tout commentaire.

Sur le papier, l’alliance apparaît fructueuse. Enregistrant près de 50 millions de dollars de pertes chaque année depuis sa création, Rwandair verrait ainsi un partenaire technique et financier solide apte à soutenir son développement et sa stratégie de hub.

De quoi contourner le blocus saoudien à l’égard du Qatar ?

Côté qatari, un rapprochement futur permettrait à Qatar Airways de passer outre l’embargo qui oblige tous ses vols à destination de l’Afrique à contourner l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte. Le nouvel aéroport de Kigali pourrait ainsi attirer tous les petits flux de trafic en provenance des pays africains pour les attirer vers Doha, où les avions de Qatar Airways pourraient voler sous numéro de vol Rwandair. Ou ceux de Rwandair, en partage de code avec Qatar Airways. Tout cela sans crainte de survoler l’Arabie saoudite.

De quoi permettre à Rwandair une montée en gamme et à Qatar Airways de réduire le temps de vol avec l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale… et éventuellement rattraper son retard avec Emirates et Ethiopian Airlines sur le continent. “L’entrée de Qatar Airways dans l’aéroport et dans la compagnie est un projet qui émane de l’État qatari. Qatar Airways ne vient qu’en exécutant de la volonté de l’État”, commente une source proche du dossier.

Car le rapprochement entre le Rwanda et Qatar Airways a aussi d’autres visées. Il permet notamment à Doha d’avoir accès aux terres arables rwandaises, de diversifier ses sources d’approvisionnement, d’acheter des produits agricoles rwandais, de les transporter par les airs, alors qu’il dépend actuellement beaucoup de la Turquie et de l’Iran, deux partenaires capricieux.

 

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