Politique

Centrafrique : Henri-Marie Dondra, inamovible ministre des Finances de Faustin-Archange Touadéra

Réservé aux abonnés | | Par - à Bangui
Mis à jour le 08 janvier 2020 à 15h22
Henri-Marie Dondra, le ministre centrafricain des Finances, en novembre 2019 à Bangui.

Henri-Marie Dondra, le ministre centrafricain des Finances, en novembre 2019 à Bangui. © DR / Ministère des Finances RCA

Ministre des Finances de Faustin-Archange Touadéra depuis que ce dernier a été élu à la présidence, il y a près de quatre ans, Henri-Marie Dondra fait figure de rescapé des remaniements successifs. Mais s’il peut se prévaloir de la confiance du chef de l’État, il est aussi, paradoxalement, fortement critiqué dans les cercles proches de ce dernier.

« Notre pays a renoué avec la croissance économique ! Nous étions à – 37 % [en 2013], aujourd’hui, nous nous situons en moyenne autour de 4,5 %. » Les pieds dans la glaise du terrain qui doit un jour accueillir le futur hôtel des impôts – un immeuble de huit étages de haut – , face au président Faustin-Archange Touadéra venu officiellement lancer les travaux, début novembre, Henri-Marie Dondra en a profité pour dresser son propre bilan à la tête du ministère des Finances.

Un poste qu’il occupe depuis 2016, dans la foulée de l’arrivée au pouvoir du président centrafricain, et auquel il s’est maintenu malgré les différents remaniements. À l’instar de Félix Moloua ou encore de Flavien Mbata, ministres respectivement de l’Économie et de la Justice, Henri-Marie Dondra a ainsi siégé au sein des gouvernements Sarandji 1 et Sarandji 2, avant d’être reconduit à la tête de son ministère par Firmin Ngrebada, nommé Premier ministre en février dernier.

Contesté dès sa nomination

« Il a gagné la confiance du président. Et il a fait beaucoup d’efforts pour prouver qu’il la mérite », confie Firmin Ngrebabda. Et le Premier ministre d’assurer à Jeune Afrique que cette confiance, Dondra l’a acquise parce qu’il « a su mettre en place plusieurs réformes pour assainir les finances publiques, gérer positivement le budget de l’État et augmenter les ressources intérieures du pays ».

Pourtant, dès sa nomination, Henri-Marie Dondra a été la cible de nombreuses critiques, y compris de la part de proches de Faustin-Archange Touadéra. « Sa nomination n’a pas du tout été appréciée par le cercle présidentiel. Tout le monde s’attendait à ce que Touadéra prenne quelqu’un de son entourage pour ce poste », assure à Jeune Afrique un diplomate occidental accrédité à Bangui.

Si je ne suis pas apprécié par des gens qui ne visent que leurs propres intérêts, cela ne pose aucun problème

À ces préventions initiales, la manière dont il a engagé plusieurs réformes clefs, dès les premiers mois suivant son arrivée au ministère, ont accentué encore la défiance nourrie à son égard dans certains milieux. Tout d’abord, il suspend une série d’exonérations fiscales. Il annule ensuite le système de mains levées sur les importations, un dispositif qui permettait aux douanes de mettre à disposition des destinataires finaux des biens en cours de dédouanement – avant, donc, le paiement intégral des taxes dues, rendant le recouvrement de celles-ci difficiles, voire impossibles.

« Ce sont des réformes difficiles et épineuses. Quand vous touchez à cela, vous touchez à de vieilles habitudes, et cela n’arrange pas certaines personnes qui profitaient du désordre, assure Henri-Marie Dondra à Jeune Afrique. Mais je le fais dans l’intérêt du peuple centrafricain. Alors, si je ne suis pas apprécié pour cela, par des gens qui ne visent que leurs propres intérêts, cela ne pose aucun problème. »

« Il s’est créé beaucoup d’ennemis avec ces réformes, et pas uniquement dans l’entourage du président », confirme Pascal Bida Koyagbélé, homme d’affaires proche de Touadéra. « Le système des mains levées, tout le monde en profitait, même des gens influents qui sont aujourd’hui dans l’opposition. Le fait d’avoir bloqué ça, cela ne pouvait que lui attirer des problèmes », assure encore celui qui est aussi l’un des pivots du rapprochement entre Bangui et Kigali.

« On a fermé les vannes en supprimant des exonérations inutiles et en faisant payer les taxes fiscalo-douanières à tout le monde. Et les résultats ont parlé », félicite Frédéric Inamo, directeur général des douanes centrafricaines. Ce dernier, qui est aussi le neveu du président centrafricain, ne tarit pas d’éloge sur son ministre de tutelle. « Si nos résultats sont aujourd’hui positifs, c’est grâce à lui », jure-t-il.

Pas assez pro-Moscou ?

Autre motif qui vaut à Dondra d’être régulièrement la cible d’attaques plus ou moins frontales dans les couloirs de l’exécutif : son positionnement vis-à-vis de Moscou. « En Conseil des ministres, il a souvent mis en avant le soutien français dans la crise que le pays traverse. Et à une période où la Russie montait en puissance, cela faisait grincer des dents », rapporte un proche de Dondra.

« La France est un partenaire historique de la Centrafrique. Mais la Russie est la bienvenue. L’essentiel, c’est que les intérêts du pays soient préservés », tempère le ministre.

Au plus fort des attaques dont il a été l’objet, mi-2017, Henri-Marie Dondra avait failli claquer la porte

Mais s’il semble aujourd’hui jouer l’apaisement, au plus fort des attaques dont il a été l’objet, mi-2017, Henri-Marie Dondra n’en avait pas moins failli claquer la porte. Il avait alors adressé sa démission, qui n’a finalement pas été acceptée.

« Lorsqu’on est incompris, on est parfois obligé de jeter l’éponge. Alors, oui, j’avais demandé à ce que l’on trouve quelqu’un d’autre pour me remplacer », explique-t-il à Jeune Afrique. Mais il refuse de s’étendre plus avant sur ce qui l’a fait revenir sur sa décision.

Soutien de Touadéra depuis 2015

Henri-Marie Dondra (d.) et Faustin-Archange Touadéra, le 6 novembre 2019 à Bangui, lors du lancement des travaux du futur l'Hôtel des impôts.

Henri-Marie Dondra (d.) et Faustin-Archange Touadéra, le 6 novembre 2019 à Bangui, lors du lancement des travaux du futur l'Hôtel des impôts. © DR / Ministère des Finances RCA

Tout juste consent-il à rappeler dans quelles conditions il s’est lié à Faustin-Archange Touadéra. C’était en 2015. Dondra est alors directeur du Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagage, une institution de financement du développement qui compte quatorze États membres en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale). Les deux hommes échangent par téléphone. « C’était un simple coup de fil, mais il nous a lié jusqu’à aujourd’hui », assure Henri-Marie Dondra. « Faustin-Archange Touadéra avait une vision pour réformer le pays. Ses projets étaient cohérents, j’ai donc décidé de le suivre. »

Un soutien qui, au lendemain du premier tour de la présidentielle, en décembre 2015, se fera également financier. Arrivé second derrière Anicet-Georges Dologuélé (23%), Faustin-Archange Touadéra (19 %) a notamment pu compter, pour mener sa campagne d’entre-deux tours qui l’a conduit à la victoire, sur des fonds mis à disposition par Dondra. L’actuel ministre reste discret sur le montant.

Près de quatre ans plus tard, Henri-Marie Dondra est toujours là. Alors qu’entre-temps, d’autres ont fait les frais de pressions exercées par des proches du président, tels Charles-Armel Doubane, limogé de son poste de ministre des Affaires étrangères en décembre dernier, ou encore Jean-Serge Bokassa, ex-ministre de l’Administration territoriale, évincé en avril 2018.

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