Banque de développement

Grand invité de l’économie RFI/JA – Julien Lefilleur : « La présence (économique) française en Afrique a changé »

Centralien et financier, Julien Lefilleur a créé Enexus afin d’accompagner les entreprises présentes en Afrique dans leurs opérations d'acquisition, de vente ou de levée de fonds.

Centralien et financier, Julien Lefilleur a créé Enexus afin d’accompagner les entreprises présentes en Afrique dans leurs opérations d'acquisition, de vente ou de levée de fonds. ©

Centralien et financier, Julien Lefilleur a créé Enexus afin d’accompagner les entreprises présentes en Afrique dans leurs opérations d’acquisition, de vente ou de levée de fonds. Il était le Grand Invité de l’économie RFI-Jeune Afrique vendredi 6 décembre sur RFI, à 12 h 10 heure de Paris, 10 h 10 TU.

Centralien, Julien Lefilleur a toujours été plus intéressé par la finance que par l’ingénierie. Après un début de carrière classique au sein du Crédit lyonnais, puis HSBC, il a rejoint l’Agence française de développement, puis sa filiale dédiée au secteur privé Proparco, où il a pendant 15 ans été un observateur privilégié du développement du continent.

En 2018, il a créé sa « boutique », Enexus, afin d’accompagner les entreprises présentes en Afrique dans leurs opérations d’acquisition, de vente ou de levée de fonds. Extraits.

Pour écouter l’intervention complète de Julien Lefilleur, grand invité de l’économie RFI/Jeune Afrique, sur le site web de RFI

  • Nouvelle génération

Oui, il y a un changement de génération. Les premiers chefs d’entreprise étaient des grands commerçants qui ont commencé à faire de l’import-export au lendemain des indépendances. Les second ont essayé de structurer ces activités en faisant de l’intégration verticale, en rachetant leurs fournisseurs.

La troisième génération, ce sont des gens qui ont hérité de groupes qui ne fonctionnent pas aux normes internationales, qui sont spécialisés en tout et donc en rien et qui décident de se recentrer sur une activité afin de développer leurs compétences et de pouvoir lever des fonds auprès d’investisseurs internationaux.

  • Divergence

Les standards pour les entreprises commencent à diverger entre l’Europe et l’Afrique. Les groupes européens ont plus de difficultés à y investir parce que les normes ne sont pas les mêmes. Le secteur bancaire est un exemple évident. Le niveau de connaissance des clients ou de suivi des fonds pour éviter de financer des activités illicites imposés aux banques européennes est difficilement applicable en Afrique. Pour ses établissements, poursuivre leur développement sur le continent est d’autant plus difficile que les concurrents locaux ne sont pas soumis aux mêmes exigences.

  • Locaux vs internationaux

Oui la montée en puissance de gros groupes bancaires locaux est intéressante, pas uniquement pour des questions éthiques, mais parce que si une crise survient ils ne vont pas partir. Si c’est la crise en Côte d’Ivoire, au Togo et au Zimbabwe en même temps, Ecobank restera en Afrique. C’est très positif car il y a une continuité et une pérennité dans les investissements et les stratégies.

  • Effet de mode

Les rentabilités dans les pays développés ne sont pas très grandes, de fait beaucoup de fonds cherchent de meilleures rentabilités avec un risque modéré (sur le continent). Ce qui est marquant, c’est que beaucoup s’intéressent à la même chose. En ce moment en Afrique, ce sont les nouvelles technologies, les fintech…

Quand vous êtes entrepreneurs dans de secteurs plus traditionnels, type matériaux de construction et même agrobusiness, c’est plus difficile. Certains secteurs porteurs sont un peu délaissés malheureusement.

  • Élection présidentielle ivoirienne

2020 n’est pas l’année où toutes les entreprises vont investir en Côte d’Ivoire (…) Mais quand vous regardez l’histoire, même la crise (post électorale) de 2010, qui a été vraiment difficile et humainement coûteuse, a été surpassée. Six mois après, Proparco a réinstallé son bureau à Abidjan et l’économie est repartie.

  • Proparco, CDC, FMO…

Toutes ces structures ont multiplié leurs engagements (en faveur du secteur privé africain) par 6 ou 7 depuis une dizaine d’années. C’est l’expression d’un besoin au sein d’entreprises qui ne sont pas totalement mûres pour être financées uniquement par le privé. Toutes ces structures ont par ailleurs maintenant des objectifs de mobilisation de fonds en provenance d’investisseurs privés. En injectant 10, elles doivent permettre d’apporter 20 du privé.

  • Capital

Les entreprises françaises qui étaient déjà présentes en Afrique s’y renforcent, mais je ne vois pas beaucoup de nouvelles entreprises qui y investissent. En revanche, il y a beaucoup plus de capital qui vient de France en Afrique. Il y a 10 ans (Amethis, BPI, Adenia…) n’existaient pas et Proparco était 5 fois plus petit. Est ce que c’est une bonne chose ? Oui et non. C’est bien d’avoir plus de capital, mais il est toujours bon d’avoir des entreprises pour opérer des transfert de compétences.

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