Politique

Présidentielle en Centrafrique : tout sauf Touadéra, la ligne politique de la nouvelle coalition de l’opposition

L’ancien Premier ministre centrafricain Anicet-Georges Dologuele, en 2016 à Paris.

L’ancien Premier ministre centrafricain Anicet-Georges Dologuele, en 2016 à Paris. © Vincent Fournier/JA

À un an de la présidentielle, les principaux leaders de l’opposition centrafricaine ont mis sur les rails une nouvelle coalition. Initiée par Anicet-Georges Dologuélé, cette plateforme politique rassemble notamment Nicolas Tiangaye et Abdou Karim Meckassoua. Mais il n’est, pour l’instant, pas question d’une candidature unique.

C’est au siège du parti d’Anicet-Georges Dologuélé, l’Union pour le renouveau centrafricain (URC), que la nouvelle coalition de l’opposition a été portée sur les fonts baptismaux, mercredi 27 novembre.

L’ex-Premier ministre, candidat malheureux à la présidentielle de 2016, s’est entouré de quelques-uns des principaux leaders de l’opposition : la plateforme revendique pas moins de 18 partis politiques membres. « Il est encore trop tôt pour parler d’une candidature unique de l’opposition, nous sommes seulement en train de donner forme à cette union », tempère cependant Anicet-Georges Dologuélé.

Poids lourds et anciens alliés

L'ncien président de l'Assemblée nationale, Karim Meckassoua, lors de son retour à Bangui, le 24 octobre 2019.

L'ncien président de l'Assemblée nationale, Karim Meckassoua, lors de son retour à Bangui, le 24 octobre 2019. © Gaël Grilhot pour JA

Parmi les poids lourds à avoir rejoint cette nouvelle coalition, l’ancien Premier ministre Nicolas Tiangaye, qui a récemment fait son retour sur la scène politique centrafricaine, remettant sur pied sa formation, la Convention républicaine pour le progrès social.

Autre membre de poids de cette nouvelle alliance : Karim Meckassoua. Destitué de son poste de président de l’Assemblée nationale en octobre 2018, l’opposant est rentré à Bangui en octobre dernier, s’estimant blanchi par un rapport de la Cour des comptes des accusations de détournements de fonds dont il avait fait l’objet.

Crépin Mboli-Goumba, l’ancien ministre des Travaux publics de Michel Djotodia, a également rejoint l’initiative. Mboli-Goumba a perdu en juin dernier le procès en diffamation qu’il avait intenté en France contre Maurice Wilfried Sebiro, conseiller à la présidence et directeur d’un site qui avait publié un article l’accusant d’avoir soutenu la Séléka.

Également présent, Bertin Béa, le secrétaire général de Kwa Na Kwa (KNK), le parti de l’ancien président François Bozizé, en exil depuis sa chute, en 2013. Le mouvement, dont le président Faustin-Archange Touadéra fut le vice-président – avant d’en être suspendu à la veille de la présidentielle de 2015, pour avoir créé sa propre écurie, le Mouvement cœurs unis (MCU) – l’a officiellement radié en août dernier. Depuis, Bertin Béa n’a pas de mots assez durs à l’encontre de son ancien allié.

C’est également le cas de Jean-Serge Bokassa et de Charles Armel Doubane, tous deux anciens ministres dans les deux premiers gouvernements de l’actuel président centrafricain, qui sont passés à l’opposition et ont rejoint la plateforme initiée par Dologuélé.

Une coalition « politique »

Anicet-Georges Dologuélé et Faustin Archange Touadéra.

Anicet-Georges Dologuélé et Faustin Archange Touadéra. © Vincent Fournier/J.A.

Si des contacts entre ces différents hommes politiques avaient été noués de longue date, la réunion formelle qui s’est tenue la semaine dernière a duré plusieurs heures. « Nous avons essentiellement parlé des enjeux de cette union », précise à Jeune Afrique Anicet-Georges Dologuélé, avant de résumer la ligne sur laquelle tous semblent décidés à s’aligner pour les mois à venir : « Rien ne va dans le pays, et le gouvernement ne fait rien. Nous ne pouvons pas rester insensibles face à cela, alors que nous avons décidé de mettre la pression sur le pouvoir, pour le bien de la population. »

Il s’agit donc de faire bloc face à Faustin-Archange Touadéra et au gouvernement en place, à un an de l’élection présidentielle prévue le 27 décembre 2020. Tel est donc le leitmotiv de cette plateforme, dont les initiateurs insistent beaucoup sur l’aspect politique. Bangui comptait en effet déjà E Zingo Biani (« Réveillons-nous définitivement »), une coalition à laquelle une partie des partis d’opposition se sont ralliés – notamment Meckassoua. Mais la coalition d’opposition se veut « un bloc politique, qui pourra prendre des positions fermes face à l’inaction du gouvernement », assure Dologuélé.

Dans le viseur des opposants coalisés, notamment, la situation sécuritaire. Malgré l’accord de paix de février dernier entre le gouvernement et les groupes armés, des combats meurtriers opposent toujours des milices rivales – tout en impliquant parfois des éléments des forces armées centrafricaines et des Casques bleus.

« Le président Touadéra a fait la part belle aux groupes armés. L’accord de paix est pourtant clair et prévoit des sanctions contre ceux qui n’en respectent pas les clauses », martèle ainsi Charles Armel Doubane. Cet ancien ministre des Affaires étrangères de Touadéra, limogé en décembre 2018, a, lui aussi, rejoint la coalition.

Touadéra déplore « le climat délétère »

Faustin Archange Touadéra, président centrafricain, ici en janvier 2012.

Faustin Archange Touadéra, président centrafricain, ici en janvier 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Lors d’un meeting à Koudoukou, dans le 3e arrondissement de Bangui, Bertin Béa s’est montré encore plus offensif face à Faustin-Archange Touadéra. Accusant le chef de l’État de « couvrir des scandales financiers » et de « protéger ses ministres qui se rendent coupables ou responsables de vol », il a même évoqué l’éventualité d’une « mise en accusation » du président devant l’Assemblée nationale.

Profitant de son discours à la nation, prononcé le 1er décembre à l’occasion de l’anniversaire de la création de la République centrafricaine en 1958, Faustin-Archange Touadéra, sans citer nommément opposition, a répondu indirectement à ses détracteurs.

« Je déplore le climat délétère qui s’est instauré dans le débat politique de notre pays. L’approche des élections présidentielle et législatives ne justifie pas que l’on puisse céder aux passions les plus basses et les plus dangereuses », a-t-il déclaré, n’hésitant pas à évoquer « démagogie » et « mensonge ».

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