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[Tribune] Présidentielle en Algérie : de l’absurdité d’une résolution

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Diplômé de l'École centrale de Marseille, Farid Benlagha fut analyste financier avant de se lancer dans le management d'artistes et la production de concerts à Alger et en Afrique (Stromae, David Guetta, etc.). Il est le créateur de l'agence 2Rives Conseil, à Paris.

Des manifestants protestant contre la résolution adoptée par le Parlement européen, vendredi 29 novembre dans les rues d'Alger.

Des manifestants protestant contre la résolution adoptée par le Parlement européen, vendredi 29 novembre dans les rues d'Alger. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Qu’a fait l’Europe depuis le début du mouvement populaire en Algérie : rien. Si ce n’est s’accorder, jeudi 28 novembre, sur une résolution à contre-temps et contre-productive, votée par son parlement, quelques jours avant l’élection présidentielle prévue le 12 décembre.

Depuis le 22 février, l’Algérie est le théâtre d’une mobilisation historique. Le Hirak algérien a montré au monde une image incroyablement positive d’un peuple algérien mature, digne et déterminé. Les conséquences de ce soulèvement populaire sont d’une ampleur stupéfiante. Le président Bouteflika a été déchu. Son frère tout puissant, deux ex-Premiers ministres, des dizaines de ministres et hommes d’affaires sont en prison.

L’armée algérienne n’a pas été épargnée. De nombreux généraux sont en fuite ou en prison. Règlements de comptes au sein de la grande muette ou pas, ce bouleversement n’aurait pu se produire sans des circonstances historiques exceptionnelles, à mettre au crédit du peuple algérien.

Ingérence

Qu’a fait l’Europe pendant neuf mois : rien. Si ce n’est s’accorder, jeudi 28 novembre, sur une résolution à contre-temps et contre-productive, votée par son parlement, quelques jours avant l’élection présidentielle prévue le 12 décembre. Il est toujours intéressant de regarder l’origine d’une telle initiative. C’est effectivement le député européen Raphaël Glucksmann, dont on connaît le parcours pour le moins sinueux, qui a œuvré pour cette résolution.

Cette dernière « condamne fermement les arrestations arbitraires et illégales ainsi que l’emprisonnement, les attaques et les intimidations de journalistes, syndicalistes, avocats, étudiants, défenseurs des droits de l’homme et de manifestants pacifiques qui prennent part aux manifestations du Hirak ». Les eurodéputés se disent « très inquiets de la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales en Algérie ». Glucksmann, dans une fiévreuse déclaration, en vient même à parler de « tortures » avérées.

Une analyse de l’opinion algérienne permet de dégager une écrasante majorité de réactions hostiles à cette résolution

Une analyse de l’opinion algérienne permet de dégager une écrasante majorité de réactions hostiles à cette résolution. L’ingérence dans une affaire qui doit rester algéro-algérienne scandalise. La non-ingérence est un des piliers de la pensée politique en Algérie. Les Algériens ne sont pas dupes. L’Histoire est jonchée de mauvais coups et de soutiens sans lendemain.

Cette résolution a également fait l’unanimité contre elle au sein de la classe politique algérienne, y compris parmi les partisans les plus actifs du Hirak et de certaines de ses figures les plus emblématiques. Un flop qui laissera des traces.

Deux poids, deux mesures

Pendant ce temps-là, Américains, Chinois, et Émiratis se positionnent avec stratégie. Côté européen, le ministre de l’Intérieur espagnol est venu sauver l’embarcation continentale. Son pragmatisme l’a même conduit à soutenir l’élection du 12 décembre.

Dans ce flot de réactions, on notera par ailleurs celle du secrétaire général de l’UGTA, l’Union générale des travailleurs algériens. « Ces députés élus par le peuple français n’ont qu’à aller s’occuper des gilets jaunes, qui sont dans une situation critique, tacle le syndicat. Nous n’avons pas entendu ces élus défendre la cause des gilets jaunes. On a vu la gestion policière de ces marches. On a vu les exactions des services de sécurité. Mais ces députés n’ont rien dit, ils ont préféré interpréter la question algérienne. »

Il ne manquerait donc plus qu’une résolution du Parlement algérien sur la situation désastreuse du climat social français. Mais les idées de Glucksmann et consort n’y changeront rien. Les Algériens continueront la construction de leur propre avenir, et chercheront si besoin les alliés qui leur siéent.

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