Politique

RDC : une foule lynche deux personnes, dont un militaire, à Beni

Un Casque bleu en patrouille à Beni, en 2014 (archive/illustration).

Un Casque bleu en patrouille à Beni, en 2014 (archive/illustration). © Photo MONUSCO/Abel Kavanagh

Deux personnes, dont un militaire selon l’armée, ont été lynchées samedi à Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, par la foule qui les accusait d’être des membres d’un groupe armé à qui on attribue le massacre de 100 civils en un mois.

Un homme et une femme ont été tués par plusieurs dizaines de personnes alors qu’ils voulaient prendre un taxi en centre-ville. L’armée congolaise a tiré pour éviter un autre lynchage, selon la même source.

« Ils n’avaient pas de cartes d’identité et en fouillant dans leurs bagages, nous avons trouvé des munitions, des tenues militaires et des chargeurs », a déclaré à l’AFP un témoin, Fabrice Muhindo, qui se présente comme responsable du parking où a eu lieu le lynchage.

Il s’agissait en fait d’un sergent de l’armée congolaise et son épouse, a indiqué en soirée l’armée congolaise.

Il s’agit du « sergent Bahati Sisimbume rejoignant son lieu d’affectation » dans la province de l’Ituri au nord de Beni, a précisé à l’AFP un porte-parole de l’armée, Mak Hazukai.

Un militaire avait déjà été tué la veille par des civils dans la région, qui l’ont confondu avec un membre du groupe armé ADF.

D’origine ougandaise, les Forces démocratiques alliés (ADF) sont accusées d’avoir tué dans la région de Beni plus de 100 personnes depuis le 5 novembre, et plus de 1 000 depuis 2014.

Au moins 14 personnes ont été tuées vendredi dans une nouvelle attaque en zone rurale au nord de Beni, a indiqué à l’AFP Janvier Kasahirio, membre de la société civile. Aucune source militaire ou onusienne n’a confirmé ces chiffres.

« Ne pas se tromper d’ennemis »

C’est dans ce contexte explosif que le secrétaire général adjoint des Nations unies, Jean-Pierre Lacroix, a fait une visite-éclair à Beni, où des émeutes ont visé lundi les Casques bleus, accusés de ne rien faire face aux massacres.

« Le message est qu’il ne faut pas se tromper d’ennemis », a déclaré Jean-Pierre Lacroix, en visitant une base de l’ONU saccagée lundi à Beni par des émeutiers qui demandent le départ des Casques bleus. « Nous, nous sommes du côté du peuple de cette région, du peuple congolais, a-t-il ajouté. « L’ennemi, c’est ceux qui attaquent et tuent la population ».

Il a aussi visé les agresseurs de « ceux qui aident les habitants de cette région à lutter contre Ebola ».

Après Beni, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU s’est rendu à Biakato, où trois agents de la riposte anti-Ebola ont été tués dans une attaque armée dans la nuit de jeudi à mercredi. L’épidémie d’Ebola a tué 2 201 personnes en RDC depuis août 2018. « Il faut des enquêtes sur tout ce qui s’est passé. Il ne faut pas qu’il y ait l’impunité », a déclaré Jean-Pierre Lacroix.

« Tirer les leçons »

« Nous allons tirer les leçons de ce qui s’est passé et renforcer notre partenariat » avec les autorités congolaises, a-t-il ajouté.

Il a très brièvement rencontré sur place le chef d’état-major de l’armée congolaise et une délégation du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha).

Le mandat des Nations unies en RDC doit être renouvelé d’ici à fin décembre par le Conseil de sécurité. « Une coopération plus étroite entre les FARDC (l’armée congolaise) et la Monusco (mission de l’ONU en RDC) est nécessaire pour renforcer les mesures de protection des civils », avait déclaré vendredi un porte-parole de l’Union européenne.

Les autorités congolaises ont annoncé lundi des opérations militaires « conjointes » avec les Casques bleus pour rétablir la sécurité à Beni.

L’armée congolaise avait lancé le 30 octobre des opérations militaires unilatérales contre les bases ADF autour de Beni. Un porte-parole de l’armée congolaise a affirmé samedi à l’AFP qu’un important commandant des ADF avait été tué dans des combats vendredi. Il s’appelle Mohamed Mukubwa, selon la presse congolaise.

Les tueries de civils constituent des représailles des ADF aux opérations militaires en cours, selon les experts.

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