Politique économique

En Allemagne, l’investissement privé vers l’Afrique peine à séduire

Des employées des compagnies Elecnor (Espagne), Voith (Allemagne) et Franco Tossi (Italie) réhabilitent le barrage Inga 1, situé à 350 km à l'ouest de Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 27 juin 2016.

Des employées des compagnies Elecnor (Espagne), Voith (Allemagne) et Franco Tossi (Italie) réhabilitent le barrage Inga 1, situé à 350 km à l'ouest de Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 27 juin 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

C’est un bilan en demi-teinte qui se dessine après la troisième édition de l’initiative Compact with Africa qui a réuni, le 19 et le 20 novembre à Berlin, douze chefs d’État africains autour d’Angela Merkel, la chancelière allemande. L’enjeu était d’intégrer les entreprises aux investisseurs qui comptent en Afrique.

Impeccablement organisés, les travaux du sommet Compact with Africa 2019, en marge du G20 de l’investissement, ont permis aux délégations africaines d’exprimer leurs besoins en matière d’infrastructures comme de financements privés. Elles ont saisi l’occasion de démontrer que le climat des affaires s’était amélioré chez elles et que les investisseurs allemands pouvaient être rassurés.

Il y a été évidemment questions d’euros sonnants et trébuchants, puisque la politique allemande en faveur de l’Afrique implique un financement spécifique au profit des entreprises allemandes et africaines qui présentent des projets crédibles.

C’est ainsi qu’il a été annoncé que la Banque allemande de crédit pour la reconstruction (KfW, publique) et le groupe Allianz lançaient un fonds baptisé AfricaGrow doté de 170 millions d’euros. Cette nouvelle structure épaulera des fonds de capital-investissement et de capital-risque africains afin de financer 150 start-up ou PME et créer 25 000 emplois à l’horizon 2030.

Une barrière culturelle et linguistique

Citons encore la Guinée, qui a signé avec la société allemande Clear Power pour un projet de centrale solaire de 81 mégawatts et de 62 millions d’euros. Avec le Bénin, c’est un protocole d’entente qui a été conclu pour le financement de la route des Pêches le long du littoral béninois.

La moitié de la salle parlait français

« Ce Compact with Africa était très positif », commente Etienne Giros, président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique, qui y a participé : « Une chose m’a étonné : cette manifestation est intitulée  »G20 Compact with Africa », mais on n’y voit que l’Allemagne. Les autres dirigeants européens dont Emmanuel Macron ont été invités, mais aucun n’était présent. Je n’ai pas vu d’autres représentants français, alors que la moitié de la salle parlait français… »

La chancelière Angela Merkel avec les participants au G20 de l'investissement en marge de la rencontre Compact with Africa

La chancelière Angela Merkel avec les participants au G20 de l'investissement en marge de la rencontre Compact with Africa © AP/SIPA

Cette incapacité de Compact à coordonner les efforts de l’ensemble du G20 en faveur des entreprises africaines, sa quasi-limitation à l’Allemagne, explique le constat d’un relatif échec dressé par le rapport de suivi de Compact. Les investissements étrangers dans les douze pays membres de Compact ont reculé en 2018 à 21 milliards de dollars, un montant inférieur à celui de 2016.

La Fondation Friederich Ebert explique la faible présence des entreprises allemandes, notamment dans les infrastructures, par la préférence des dirigeants africains pour « l’investissement public et l’aide concessionnelle » comme sources de financement.

En fait, les entreprises allemandes demeurent frileuses et préfèrent pour l’instant exporter qu’investir en Afrique. Elles ne sont que 800 à s’être implantées sur le continent. En revanche, leurs exportations y explosent (+8,5 % au premier semestre 2019). Les investisseurs allemands ont apporté 2 milliards d’euros qui sont allés majoritairement dans quatre pays : l’Égypte, l’Éthiopie, le Ghana et le Maroc.

Une orientation africaine contrariée

Selon Claire Demesmay, responsable de programme à l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP) de Berlin, il existe un décalage entre les responsables politiques et les chefs d’entreprise allemands. « En 2015, Angela Merkel a pris conscience avec la vague migratoire et l’entrée du parti anti-migrants AFD au Bundestag que l’instabilité en Afrique avait des conséquences en Allemagne, explique-t-elle.

Les milieux économiques allemands privilégient les pays où les affaires sont plus faciles, où l’on parle anglais et où la stabilité semble durable

« Depuis Bismarck, l’Allemagne se tenait à distance de l’Afrique. Avec Merkel, il y a eu une prise de conscience et l’élaboration d’une nouvelle politique destinée à conforter le développement de l’Afrique. Mais cette prise de conscience des politiques n’est pas encore partagée par les milieux économiques », analyse-t-elle.

« Il est symptomatique de voir que ceux-ci privilégient les pays où les affaires sont plus faciles, où l’on parle anglais et où la stabilité semble durable. C’est normal parce que leur raison d’être est de gagner de l’argent », poursuit Claire Demesmay.

Reste une incertitude : Angela Merkel a été souvent en avance sur son opinion, voire sur son parti, la CDU. Celui ou celle qui la remplacera à la Chancellerie à l’issue des élections de 2021 partagera-t-il (ou elle) ses convictions africaines ?

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