Politique

Mauritanie : le président Ghazouani coupe le cordon avec son prédécesseur Aziz

Les présidents Aziz (à droite) et Ghazouani, lors de l'investiture de ce dernier à Nouakchott, jeudi 1er août 2019 (image d'illustration).

Les présidents Aziz (à droite) et Ghazouani, lors de l'investiture de ce dernier à Nouakchott, jeudi 1er août 2019 (image d'illustration). © Présidence sénégalaise

Au cours des derniers jours, le président Mohamed Ould Ghazouani a montré une volonté de s’émanciper de son prédécesseur Mohamed Ould Abdelaziz. Ce dernier a boycotté jeudi 28 novembre la célébration de l’Indépendance, confirmant la première grande brouille entre deux amis intimes qui désormais ne s’adressent plus la parole.

Depuis son retour à Nouakchott le 16 novembre, Mohamed Ould Abdelaziz se réjouissait de participer aux festivités organisées pour le cinquante-neuvième anniversaire de l’Indépendance. Ce jeudi à Akjoujt (Inchiri), qui n’est autre que son fief, l’ancien président mauritanien aurait dû passer en revue les troupes aux côtés de l’actuel chef de l’État, Mohamed Ould Ghazouani. Et montrer à ceux qui en doutaient qu’il compte encore. Mais les festivités ont eu lieu sans lui : « Aziz » les a boycottées.

L’amitié qui le lie depuis quarante ans à Mohamed Ould Ghazouani, et que l’on pensait indéfectible, est-elle en train de s’effriter ? Selon nos informations, les deux « frères » ne se parlent plus. Leur dernier tête-à-tête remonte au 22 novembre. À Nouakchott, des médiations sont en cours pour tenter de les réconcilier. Il s’agit de la première grande brouille entre les deux hommes.

L’UPR, nerf de la guerre

L’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir fondé par Aziz en 2009, a commencé par cristalliser les tensions, après que ce dernier en a réuni dès son retour le bureau exécutif – en tant que « membre fondateur », précise un proche. Une initiative vivement contestée par le premier cercle présidentiel. Lui et « Ghazouani » n’ambitionnent pas d’en prendre la présidence – la Constitution l’interdit d’ailleurs au chef de l’État – mais ils souhaitent être considérés comme la « référence » de cette formation. Chacun veut en effet en être la personnalité la plus influente et prendre ainsi lui-même les grandes décisions (désignation des instances, organisation du prochain congrès prévu en février…).

Ghazouani est conciliant et cherche une porte de sortie honorable et digne pour Aziz

Toujours d’après nos informations, leurs avis divergent également sur qui peut, ou non, être membre du parti. Aziz est opposé à ce que les transfuges de l’opposition (dont Mohamed Mahmoud Ould Lematt, ancien vice-président du RFD), qui ont rejoint Ghazouani pendant la campagne de juin 2019, y soient acceptés. Ces questions ne sont pas encore officiellement tranchées. Mais les 88 élus de l’UPR se sont réunis le 23 novembre à l’Assemblée nationale afin de réaffirmer leur soutien au président dans cette querelle, imités, le 26, par le bureau exécutif du parti. « Ghazouani est conciliant et cherche une porte de sortie honorable et digne pour Aziz », assure un proche de ce dernier.

Reprise en main des services sécuritaires

Autre décision de nature à attiser les tensions : le 27 novembre, Mohamed Ould Ghazouani a décidé de limoger le commandant du Basep (Bataillon de sécurité présidentielle), Mahfoudh Ould Mohamed Hadj, un proche d’Aziz, pour le remplacer par l’un de ses hommes, Ahmed Ould Lemleih. C’est la première fois que le nouveau président remanie les sphères sécuritaires à un tel niveau de responsabilité.

Une décision « anti-Aziz » ? « Aziz a un attachement profond au Basep, qu’il a créé et commandé pendant de nombreuses années, tempère un ami. Mais il s’agit d’une décision légitime de Ghazouani. Il a pris le vrai pouvoir, ce qu’Aziz, qui vient tout juste de rentrer [après trois mois et demi de voyage à l’étranger], a encore un peu de mal à accepter. » Reste que le nouveau président a mis en garde, en privé, son premier cercle : s’attaquer à son prédécesseur constitue la « ligne rouge » et il faut cesser de s’en prendre à lui. En attendant de futures retrouvailles ?

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