Patrimoine

[Tribune] Non à la restitution du patrimoine africain, oui à une taxe culturelle sur les musées occidentaux

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Mis à jour le 27 novembre 2019 à 18h33

Par  Ousseynou Nar Guèye

Éditorialiste sénégalais, fondateur du site Tract.sn

Vue de l'exposition "Madagascar, Arts de la Grande Île". Du 17 septembre 2018 au 1er janvier 2019.

Vue de l'exposition "Madagascar, Arts de la Grande Île". Du 17 septembre 2018 au 1er janvier 2019. © Gautier Deblonde/Musée du quai Branly

À la place de la restitution des objets culturels africains, l’éditorialiste sénégalais Ousseynou Nar Gueye propose de laisser ce patrimoine dans les musées occidentaux en imposant une « taxe culturelle africaine » sur les billets d’entrée, à reverser au Trésor public des pays d’origine.

La restitution prochaine du patrimoine africain promise par le président français Emmanuel Macron est un engagement que le Jupiter élyséen ne pourra pas tenir, au regard des contraintes du code du patrimoine français et des dispositions qui stipulent l’inaliénabilité des œuvres d’art appartenant aux musées français, y compris publics.

Le président Macron a commandé le rapport Savoy-Sarr sur la restitution des œuvres d’art aux Africains – remis au chef de l’État il y a un an – sur la base du simple et hypocrite principe selon lequel la création d’une telle mission permet d’enterrer une affaire.

« Non » à la restitution du patrimoine africain

J’invite donc les peuples d’Afrique à dire « non » à la restitution des objets culturels africains présumés pillés pendant la colonisation. J’écris « présumés pillés » car les colonies étaient une extension de la métropole. Dans le contexte historique de l’époque, il n’était donc pas illégal que le colonisateur transfère ces objets dans les musées occidentaux ou les achète pour sa collection privée.

Et comme l’a dit le président Félix Tshisekedi, en visite à Bruxelles, à propos des objets culturels congolais : « Il faut reconnaître que les Belges nous ont aidés à le [patrimoine] conserver ». Ces objets ont été bien conservés dans les musées occidentaux et rien ne garantit qu’ils soient dans un tel état s’ils étaient restés en Afrique il y a cent ans.

À la place de la « restitution » des objets culturels africains, je propose de laisser ce patrimoine dans les musées occidentaux, qu’ils soient français, belges, suisses ou américains, et qu’on impose une « taxe culturelle africaine » sur les billets d’entrée, à reverser au Trésor public des pays d’origine. Je propose également un « droit de suite » des peuples (disposition des codes de propriété intellectuelle) à l’occasion des reventes de pièces d’art africaines par les commissaire-priseurs londoniens, parisiens ou new-yorkais qui parviennent à vendre un masque Fang du Gabon à 5,9 millions d’euros.

Ce projet de taxe culturelle africaine se veut pragmatique, moderne, équitable et propice à favoriser la circulation des œuvres

C’est une idée identique à celle du président Jacques Chirac, devenue un réel projet, imposant une « taxe de solidarité » sur les billets d’avion visant à financer l’organisation internationale d’achats de médicaments Unitaid. Neuf pays l’appliquent actuellement, dont la France, le Cameroun, la République du Congo (RDC),  Madagascar, le Mali, Maurice et le Niger.

Promouvoir l’art africain contemporain

Ce projet de taxe culturelle africaine se veut pragmatique, moderne, équitable et propice à favoriser la circulation des œuvres. Avec une telle approche, nous souhaitons que nos musées commencent à avoir les capacités financières pour acquérir et promouvoir l’art africain contemporain, au lieu d’exposer les mêmes ossements millénaires, calebasses centenaires et bifaces datant d’un million d’années, issus d’excavations menées par des fonctionnaires non rétribués. Nous espérons également que cette taxe pourra aider à soutenir l’économie digitale africaine, notamment les start-ups, ainsi que les industries créatives et culturelles.

La modernité (éphémère) du bâtiment d’un musée africain ne nous convaincra pas qu’il est en capacité de conserver et de mettre en valeur, avec professionnalisme et constance, une œuvre d’art africain hypothétiquement restituée.

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