Diplomatie

Bénin : l’ambassadeur de l’Union européenne est désormais persona non grata à Cotonou

Le président Patrice Talon et l'ambassadeur de l'UE au Bénin Oliver Nette, le 3 mai 2018.

Le président Patrice Talon et l'ambassadeur de l'UE au Bénin Oliver Nette, le 3 mai 2018. © Présidence de la République du Bénin

Cotonou a officiellement saisi Bruxelles, le 20 novembre, pour demander le départ d’Oliver Nette, le chef de la délégation de l’Union européenne au Bénin. Les autorités béninoises, qui accusent le diplomate « d’ingérence » dans la vie politique, lui ont donné jusqu’au 1er décembre pour plier bagage.

Un an et demi après avoir présenté ses lettres de créance, l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) Olivier Nette est déclaré persona non grata à Cotonou. Le 20 novembre dernier, le ministère béninois des Affaires étrangères a officiellement demandé à Bruxelles de rappeler son ambassadeur en poste à Cotonou depuis mai 2018.

Ultimatum

À en croire plusieurs sources au sein de l’exécutif béninois, qui lui a donné jusqu’au 1er décembre pour quitter ses fonctions dans le pays, Olivier Nette aurait, « à plusieurs reprises et lors de diverses rencontres en présence d’officiels », écorné « la légitimité » de l’actuelle Assemblée nationale installée à la suite des législatives d’avril 2019, lors desquelles aucune liste de l’opposition n’avait pu présenter de candidats.

« Il a pris trop de libertés, et ne se cache plus pour émettre des jugements de valeur sur les institutions du pays », a commenté, sous couvert de l’anonymat, un cadre du ministère des Affaires étrangères.

Une source de Jeune Afrique à la présidence assure que le diplomate aurait « critiqué, à mots à peine voilés, l’état de la liberté de la presse » au Bénin, et qu’il aurait en outre récemment « formulé des critiques envers la personne du chef de l’État et sa gouvernance du pays ». Pour l’exécutif, qui l’accuse « d’ingérence », sa récente rencontre avec des membres de l’opposition a été le goutte-d’eau qui a fait déborder le vase.

En fin de journée, mercredi, le porte-parole du gouvernement s’est montré encore plus direct pour expliquer cette décision de Cotonou. « La conduite de l’ambassadeur, chef de file de l’UE depuis la présentation de ses lettres de créance, n’a pas été exempte de reproches », a martelé Alain Orounla à l’issue du Conseil des ministres, affirmant qu’Oliver Nette « se laisse aller même à des activités que nous pouvons considérer comme subversives pour notre pays ».

Un ambassadeur trop « politique » ?

Dès le début de sa mission au Bénin, les relations ont été compliquées avec les autorités béninoises. L’ambassadeur avait dû attendre six mois avant de pouvoir officiellement présenter ses lettres de créance. Argument avancé : l’indisponibilité de la salle où devait avoir lieu l’événement.

À l’issue de la cérémonie, le 3 mai 2018, il n’avait pas caché son intention de donner un tournant « politique » à sa mission.  Il avait notamment fait savoir l’ambition de l’Union européenne d’« accompagner le gouvernement dans les réformes » sur les finances publiques et la lutte contre l’impunité, et avancé l’idée d’une sorte de « contrat de bonne gouvernance et de développement ». « Nous voulons travailler avec le Bénin sur des sujets un peu plus politiques », avait-il déclaré ce jour-là.

Actuellement, l’UE appuie le Bénin à travers le 11e Fond européen au développement (FED 2014-2020), pour environ 244 milliards de FCFA (372 millions d’euros) dans trois domaines : l’appui à la bonne gouvernance pour le développement, le développement durable de l’agriculture et l’accès à une énergie moderne et durable.

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