Politique

Côte d’Ivoire : en visite dans le Hambol, Alassane Ouattara promet de « rattraper le retard »

Alassane Ouattara lors de son arrivée à Katiola, dans la région du Hambol, le 27 novembre 2019.

Alassane Ouattara lors de son arrivée à Katiola, dans la région du Hambol, le 27 novembre 2019. © DR / présidence ivoirienne

Le président ivoirien Alassane Ouattara a entamé mercredi 27 novembre une visite d’État de quatre jours dans la région du Hambol, dans le centre-nord du pays.

Chapeau visé sur la tête, le président est arrivé mercredi en fin de matinée à Katiola, chef lieu de la région du Hambol (centre-nord du pays), où il doit entamer une tournée de quatre jours. « Je suis très heureux d’être dans le Hambol. Ma visite était programmée depuis bien longtemps, nous venons avec un peu de retard, comme dans le N’Zi. Tout le monde connaît ma proximité avec Katiola, Dabakala et Niakara… Nous allons écouter, voir ce que nous pouvons faire, à partir de maintenant, jusqu’en 2020, 2025 ou 2030. Cette région a connu beaucoup de retard. Il faut que cela puisse être rattrapé », a déclaré Alassane Ouattara (ADO).

Deux mois presque jour pour jour après son déplacement dans le N’Zi, le chef de l’État effectue une nouvelle visite d’État en région. Après Katiola, il se rendra à Niakara, jeudi, et à Dabakala, vendredi, avant un meeting final à Katiola.

Son arrivée à Katiola, où il s’est offert un bain de foule, a été marquée par un incident impliquant un hélicoptère de combat MI 24 chargé de la sécurisation de la visite. L’appareil s’est écrasé après avoir heurté lors de son atterrissage un autre aéronef de l’armée MI 17 déjà au sol. Pas de victime à signaler, mais quatre blessés légers.

ADO profitera de son passage dans cette région enclavée productrice de coton et d’anacarde pour lancer plusieurs gros chantiers d’infrastructure. Il se rendra aussi sur la tombe de trois personnalités : Nallo Bamba, ancien ministre de Félix Houphouët-Boigny, le général Thomas d’Aquin Ouattara, premier chef d’état-major de l’histoire de la Côte d’Ivoire, et Dramane Coulibaly, le grand-père de l’actuel Premier ministre.

Dimension politique

Alassane Ouattara à Katiola, dans la région du Hambol, le 27 novembre 2019.

De toutes les régions du Nord, le Hambol est sans doute celle où la compétition sera la plus ouverte en 2020

« Le président avait promis de se rendre dans toutes les régions du pays. Après le Hambol, il ira dans le Moronou et aura honoré sa promesse. Ces visites sont une façon de s’imprégner des réalités du pays. Elles ont de vraies retombées en terme de développement », assure le ministre de l’Intégration africaine, Ally Coulibaly, ordinaire de la région, qui précise qu’un projet de distribution d’eau d’un montant de 150 milliards de francs CFA débutera au premier trimestre 2020 et qu’une usine de transformation de l’anacarde est en construction à Dabakala.

À moins d’un an de la présidentielle, ce déplacement revêt bien entendu aussi une dimension politique. « De toutes les régions du Nord, le Hambol est sans doute celle où la compétition sera la plus ouverte en 2020. Les habitants qui la peuplent sont proches des Sénoufos, tout en ayant des liens les Baoulés du Gbêkê. C’est une zone où l’opposition existe », estime Arthur Banga, docteur en relations internationales et en histoire des stratégies militaires.

Billon et Ouassénan Koné, les hommes de Bédié

Si le le Rassemblement des houphouëtistes pour la paix et la démocratie (RHDP) a remporté les dernières élections régionales d’octobre 2018 avec 58 %, il n’y règne pas en maître. Lors de ce scrutin, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) avait raflé près de 20% des suffrages.

La formation d’Henri Konan Bédié peut s’appuyer sur deux cadres importants, Jean-Louis Billon et Gaston Ouassénan Koné. Le premier fut maire de Dabakala, son fief, et président du conseil régional du Hambol.

Élu sous la bannière du Rassemblement des républicains (RDR) en 2013, il avait été évincé en juillet 2017, six mois après son limogeage du gouvernement. Les membres RDR du conseil régional lui reprochaient notamment d’exercer des activités officielles au PDCI dont il avait intégré la direction en tant que responsable de la prospective et porte-parole adjoint.

Gaston Ouassénan fut lui député de Katiola de 2000 à 2011. Secrétaire d’État puis ministre sous Houphouët-Boigny, ce général à la retraite est un proche collaborateur de Bédié. Il est le coordonnateur des activités des vice-présidents du PDCI.

« Effacer les traces de Soro »

Est-ce parce que le jeu y est plus ouvert que Guillaume Soro avait choisi d’y effectuer une tournée de plusieurs semaines après sa démission de l’Assemblée nationale, le 8 février ? En rupture de ban avec Alassane Ouattara, il s’y était montré particulièrement critique envers son bilan, entraînant une réaction de plusieurs cadres du parti au pouvoir.

« La tournée de Soro dans le Hambol était sa première véritable action en tant qu’opposant. La visite de Ouattara est aussi un moyen d’effacer ses traces. Car depuis son départ, tout le monde se demande quelle part de l’électorat il sera capable de prendre dans le Nord », estime le politologue ivoirien Sylvain Nguessan.

Dans le camp présidentielle, on nie tout lien entre la précédente tournée de l’ancien président de l’Assemblée nationale et celle du chef de l’Etat. « On ne répond pas à Soro. Cette visite était prévue de longues dates. Ses critiques n’ont rien changé. Il a été le chef d’une rébellion qui a administré cette région pendant plusieurs années, puis Premier ministre. Qu’a-t-il fait pour le Hambol ? Rien. Il n’y a même jamais mis les pieds avant cette fameuse visite », assure Ally Coulibaly.

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