Elections

Présidentielle en Guinée-Bissau : la Cedeao avalise le premier tour mais met en garde contre un coup de force

Le président de la Guinée-Bissau, José Mario Vaz (image d'illustration).

Le président de la Guinée-Bissau, José Mario Vaz (image d'illustration). © Saurabh Das/AP/SIPA

Au lendemain du premier tour de la présidentielle en Guinée-Bissau, qui oppose le président José Mário Vaz à onze autres candidats, les observateurs de la Cedeao et de la Commission nationale électorale ont estimé que le scrutin a été régulier. Ils mettent toutefois en garde contre tout débordement à l’annonce des résultats, qui devraient être communiqués mercredi.

Dimanche 24 novembre, les électeurs bissau-guinéens se sont rendus aux urnes pour choisir leur prochain président, parmi 12 candidats. Alors que ce scrutin était placé sous haute tension, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a, par le biais de son observateur Soumeylou Boubeye Maïga, ancien Premier ministre malien, jugé fiable le processus électoral. Même appréciation du côté de la Commission nationale électorale (CNE). Ces déclarations interviennent alors que le camp du président José Mário Vaz a pointé dès dimanche des irrégularités.

« Aucun incident majeur »

Les résultats provisoires devraient être annoncés mercredi, après la remontée des chiffres des régions et des îles. Un second tour, hautement probable, est prévu le 29 décembre. Des échauffourées ont été rapportées dans plusieurs localités. Les 75 membres de la mission d’observation de la Cedeao déployée à travers le pays ont certes constaté des « insuffisances », comme des ouvertures de bureau tardives ou des absences d’encre localisées, a dit Soumeylou Boubeye Maïga, chef de cette mission. Mais « aucun incident majeur n’a été observé », et « les insuffisances relevées ne sont pas de nature à entacher la crédibilité du scrutin », a-t-il tranché.

Le doute subsiste toutefois sur l’acceptation des résultats par tous les candidats, entretenant la crainte d’une tentative de coup de force, dans un pays qui en a connu beaucoup depuis son indépendance en 1974. L’armée a promis de ne plus se mêler de politique, sept ans après son dernier coup d’État qui avait interrompu le processus électoral en 2012.

« Bourrage d’urnes »

En revanche, le camp du président sortant, José Mário Vaz, qui brigue un second mandat, a dénoncé un « bourrage d’urnes » dans plusieurs villes, et affirmé qu’il ne reconnaîtrait pas un résultat entaché d’irrégularités. Il a mis en cause le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la formation historique et dominante au Parlement, à laquelle le président bissau-guinéen s’est confronté jusqu’au bout de son mandat. « C’est faux. Il n’y a pas eu de bourrage d’urnes », a objecté la porte-parole de la Commission nationale, Felisberta Vaz Moura.

Un autre responsable de la Cedeao a ouvertement menacé de recourir à la force de quelques centaines de soldats et policiers (Ecomib) déployée dans le pays après le coup d’État de 2012, en cas de tentative visant à inverser autoritairement le verdict des urnes. « Nous avons une force d’attente. Nous interviendrons comme nous sommes intervenus par ailleurs pour rétablir l’ordre », a dit Francis Behanzin, commissaire pour les affaires politiques et de sécurité de la Cedeao.

En attendant, l’affiche d’un vraisemblable second tour reste inconnue. Le PAIGC a revendiqué auprès de la presse la présence au tour décisif de son poulain, Domingos Simões Pereira, ancien Premier ministre évincé par le président Vaz en 2015. Mais un autre candidat, Umaro Sissoco Embaló, à la tête d’une dissidence du PAIGC, a fait de même.

Instabilité

Si le candidat du PAIGC l’emportait, la formation contrôlerait tant la présidence que le gouvernement. Une situation qui devrait faciliter le retour d’une certaine stabilité, dans un pays qui a vécu ces quatre dernières années au rythme des querelles entre le président Vaz et le PAIGC, lui-même affaibli par des dissidences.

Au contraire, la victoire d’un adversaire du PAIGC menacerait de prolonger des années de paralysie, alors que près de 70 % des Bissau-Guinéens vivent toujours avec moins de 2 dollars par jour. Cette grande pauvreté a favorisé l’implantation de trafiquants de drogue en provenance d’Amérique du Sud.

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