Politique

Alpha Oumar Konaré élu président du Mali

26 avril 1992

En ce dimanche 26 avril 1992, les Maliens se rendent aux urnes avec calme pour élire le premier président de leur IIIe République. Au bureau de vote du quartier Djikoroni, à Bamako, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré glisse son bulletin dans l’urne. Tout un symbole. Un an plus tôt, dans la nuit du 25 au 26 mars 1991, il renversait le régime de Moussa ­Traoré, au pouvoir depuis 1968, prenait la tête du pays et promettait, dans la foulée, de rendre le pouvoir aux civils. Il a tenu parole.
Dans les nombreux grins – lieux de rassemblement informel où les Maliens se réunissent pour boire le thé, discuter et écouter la radio – l’ambiance est solennelle. Les mines sont graves. Pour la première fois depuis bien longtemps, la démocratie malienne a rendez-vous avec l’Histoire.
En juillet et en août 1991, quelque 36 partis politiques, 1 070 associations et 1 200 délégués, dont 500 venant du monde rural, réunis autour de la même table, ont donné naissance à la nouvelle Constitution, adoptée par référendum le 12 janvier 1992. Avec l’élection présidentielle des 12 et 26 avril 1992, le pays est en passe d’achever sa transition démocratique. De manière exemplaire.
Des deux finalistes issus du premier tour – deux anciens ministres de Moussa Traoré -, le professeur d’histoire et syndicaliste Alpha Oumar Konaré, 46 ans, part grand favori. Deux semaines auparavant, il avait obtenu 44,95 % des voix, contre 14,51 % pour son adversaire Tiéoulé Konaté, un économiste de 59 ans. À la différence de ce dernier – qui a longtemps travaillé à l’étranger comme fonctionnaire au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale -, Konaré n’a vécu que quatre ans hors du Mali, pour effectuer son doctorat de troisième cycle en histoire et archéologie à Varsovie, de 1971 à 1975. Il apparaît donc comme bien en prise avec les réalités sociales de ses concitoyens. Son parti, l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ), a, en outre, remporté 76 sièges sur 116 lors des législatives du 9 mars.

S’il possède une bonne longueur d’avance, Konaré n’est pas à l’abri d’une défaite. Dans les rangs du parti de l’abeille (l’emblème de l’Adéma), d’aucuns craignent que ses adversaires ne forment une coalition pour le second tour. Mais c’était compter sans les nombreuses dissensions qui règnent au sein des formations rivales, au premier rang desquelles l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA), le parti historique de l’indépendance malienne auquel Konaté est affilié.
C’est donc logiquement que Konaré s’impose avec 69,01 % des voix, contre 30,99 % pour Konaté. Le décompte des suffrages a lieu le lendemain du vote. En fin de journée, alors que plus de 90 % des bulletins ont été dépouillés sans qu’aucun incident notable n’ait été signalé, les partisans de l’Adéma crient victoire au rythme des djembés. Des scènes de liesse ont lieu un peu partout dans le pays, jusque dans les villages les plus reculés.
Les « abeilles ont bien butiné », mais le plus dur reste à faire : relever un pays – l’un des plus pauvres au monde – profondément marqué par vingt-deux ans de dictature.

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