Politique

Éthiopie : les Sidama votent pour une nouvelle région

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 24 novembre 2019 à 17h31
La ville d'Hawassa, capitale régionale dans le sud de l'Éthiopie le 21 novembre 2019.

La ville d'Hawassa, capitale régionale dans le sud de l'Éthiopie le 21 novembre 2019. © MICHAEL TEWELDE/AFP

Les Sidama, une ethnie du sud de l’Éthiopie, ont voté à une écrasante majorité de 98% en faveur d’une nouvelle région semi-autonome dont la mise en place va s’avérer complexe.

Le résultat du référendum du 20 novembre a été annoncé samedi 23 novembre par le vice-président de la commission électorale Wubshet Ayale, lors d’une conférence de presse à Hawassa, à 200 km au sud d’Addis Abeba.

« Le vote du 20 novembre a été pacifique et sans gros défis logistiques, bien qu’en certains endroits, il y ait eu plus de files d’attente de votants que prévu », a affirmé Wubshet Ayale.

Il a indiqué que moins de 2% des quelque 2,3 millions d’électeurs votants avaient choisi de rester dans l’actuelle région fédérale des Nations, Nationalités et Peuples du Sud (SNNP – sud), l’une des neuf d’Éthiopie.

Vers une dixième région

Les autres ont voté pour, un résultat qui ouvre donc la voie à la création d’une dixième région dans ce pays de la Corne de l’Afrique, la région Sidama.

« Les résultats préliminaires du référendum sur l’accession de la zone sidama au statut d’État montrent que les électeurs soutiennent la formation d’un État régional », a indiqué la radio-télévision Fana BC, proche du pouvoir central.

Mercredi, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait estimé que le bon déroulement du référendum avait démontré « notre capacité à régler nos différences dans les urnes et à permettre au processus démocratique de prévaloir ».

Selon les analystes, ce résultat pourrait cependant conduire d’autres groupes à réclamer leur autonomie et redessiner les frontières au sein de l’Éthiopie, le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 100 millions d’habitants. L’Éthiopie est actuellement divisée en neuf régions semi-autonomes dessinées sur les bases d’un fédéralisme ethnique.

Des sources potentielles de litiges

Les Sidama, qui sont plus de trois millions, s’efforcent depuis des années de quitter la région SNNP à laquelle ils appartiennent actuellement. La nouvelle région Sidama fera donc sécession et se verra confier le pouvoir de percevoir des impôts et de contrôler notamment les écoles, la police et les services de santé.

Mais sa création n’ira probablement pas sans complications. Le calendrier pour la formation de cette nouvelle région, l’allocation du budget fédéral, le partage des richesses au niveau régional sont des sources potentielles de litiges.

Depuis l’arrivée au pouvoir en avril 2018 du réformateur Abiy Ahmed, dernier prix Nobel de la paix, l’Éthiopie connaît une forte recrudescence des violences intercommunautaires et des velléités autonomistes.

Et ce référendum pourrait accentuer la tendance et le risque de fragmentation du pays en servant d’inspiration à certains des quelque 80 autres groupes ethniques éthiopiens.

Revendications ethniques

La Constitution éthiopienne exige que le gouvernement organise un référendum pour tout groupe ethnique souhaitant former une nouvelle entité dans l’année qui suit sa demande.

La route des Sidama pour quitter la région SNNP avait débouché sur des violences qui avaient fait plusieurs dizaines de morts en juillet et conduit Addis Abeba à placer la zone sous contrôle de la police fédérale et de l’armée.

Selon les observateurs, la montée en puissance des revendications régionales et ethniques, en partie due à l’ouverture de l’espace politique initiée par Abiy Ahmed, s’accommode mal de son approche centralisatrice du pouvoir.

« La nouvelle région ne sera pas créée du jour au lendemain. Ceci (le scrutin) est juste une étape clé du processus », avait souligné avant le scrutin William Davison, chercheur pour le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG).

Le statut d’Hawassa, actuelle capitale de la région SNNP, dont les Sidama veulent faire leur capitale, est aussi épineux. Un accord signé récemment prévoit que le gouvernement régional SNNP restera dans la ville pour les deux prochains mandats de cinq ans. Mais la question pourrait resurgir ensuite.

Enfin, quel sera le sort des minorités dans la nouvelle région, très diverse d’un point de vue ethnique? « L’autonomie des Sidama ne devra en aucun cas porter préjudice aux résidents non sidama ou à leurs commerces, à aucun moment de ce processus », a prévenu M. Davison.

La résolution pacifique ou non de ces questions sera observée avec beaucoup d’attention, puisqu’au moins dix autres groupes dans le sud du pays ont lancé une procédure d’autonomie similaire à celle des Sidama.

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