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Présidentielle en Algérie : vers plus de transparence dans les comptes de campagne ?

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Les cinq candidats à l'élection présidentielle algérienne (de gauche à droite, Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd), en octobre 2019 à Alger.

Les cinq candidats à l'élection présidentielle algérienne (de gauche à droite, Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd), en octobre 2019 à Alger. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Pour la première fois, les dépenses de campagne des candidats à la présidentielle du 12 décembre sont soumises au contrôle de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) et du Conseil constitutionnel. Le gage de davantage de transparence, comme cela est mis en avant ?

Cette année, les cinq postulants à l’élection présidentielle sont tenus de présenter des comptes de campagne permettant une traçabilité, sous forme de factures ou de bons, de l’ensemble des dépenses effectuées. Ceux-ci doivent être certifiés par un commissaire aux comptes ou un comptable, puis adressé conjointement, à la fin du périple électoral, à l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) et au Conseil constitutionnel.

Chaque candidat doit choisir un mandataire financier qui sera chargé d’enregistrer toutes les dépenses et recettes liées à sa campagne, mais également de gérer un compte bancaire uniquement dédié aux frais engagés dans la bataille pour la conquête du pouvoir, explique à Jeune Afrique une source au sein de l’Autorité. À la fin de cette course à la fonction suprême, le concurrent devra signer le relevé des frais et tous les justificatifs afférents.

Le rejet d’un compte ou le dépassement du plafond n’aboutit toutefois pas systématiquement à une inéligibilité ou à l’engagement de poursuites judiciaires, mais débouche sur le non-remboursement par l’État d’une partie des frais, précise notre source.

Plafond à 100 millions de dinars

Les dépenses de campagne d’un candidat au scrutin présidentiel sont plafonnées, en vertu de l’article 192 du code portant régime électorale, à hauteur de 100 millions de dinars (environ 750 000 euros) pour le premier tour, et de 120 millions de dinars dans l’éventualité d’un second tour. En contrepartie, les dispositions de l’article du même texte ouvrent droit, pour tous les candidats, à un remboursement forfaitaire de 10 %, dans la limite des frais réellement engagés.

Certains candidats peuvent facilement dépasser dix fois le chiffre autorisé par la législation algérienne

La location des salles de meetings, les affiches, les programmes et autres imprimés représentent souvent les principaux coûts d’une campagne. « Pour cette élection, il faut ajouter les frais de transport, ainsi que les cadeaux et sandwichs distribués lors des rassemblements. Il y en a même qui louent des avions privés ! Dans ces conditions, certains candidats peuvent facilement dépasser dix fois le chiffre autorisé par la législation algérienne », certifie un expert en économie et finance, également activiste politique, qui met en garde contre une certaine « complicité » couplée à une volonté de ne pas disqualifier les candidats.

Sujet tabou

La provenance de l’argent de la campagne électorale reste un sujet tabou pour l’ensemble des participants au prochain scrutin présidentiel. Pour le moment, aucun ne s’est d’ailleurs aventuré à aborder la question. Leurs dépenses personnelles (costumes, frais des repas, gardes rapprochées et déplacements en première classe) sont les plus difficiles à sonder, même si elles pèsent lourdement sur le budget de campagne.

Contrairement aux précédentes élections (Abdelaziz Bouteflika était financé ouvertement par le FCE, le Forum des chefs d’entreprises), les donateurs privés, qui espèrent ainsi influencer les futures décisions politiques, sont cette fois-ci difficilement identifiables.

Le 12 novembre, Mohamed Lagab, le directeur de communication électorale d’Adelmadjid Tebboune, s’est empressé de démentir une proximité ou un apport financier apporté au candidat par Omar Alilat, homme d’affaires et ancien député du Rassemblement national démocratique (RND) à Béjaia, placé en détention provisoire, le mercredi précédent, à la prison d’El-Harrach. « Tebboune a un million d’amis. S’il y a un soupçon quelconque qui pèse sur l’un d’entre eux, va-t-il l’assumer ? », s’est interrogé le communicant, sur la défensive.

En septembre 2016, la presse espagnole avait déjà cité le nom d’Omar Alilat dans un scandale de pots-de-vin liés à des contrats obtenus par les entreprises du même pays, dans les secteurs du transport et de l’hydraulique algériens. Une année plus tard, l’homme d’affaires était revenu sur le devant de la scène politique en accompagnant Tebboune, alors Premier ministre, dans son périple non officiel en France, en Turquie puis en Moldavie, avant d’être interpellé puis relâché, dit-on, sur intervention.

Le candidat Abdelmadjid Tebboune lors d'une conférence de presse, dimanche 24 novembre 2019 à Alger.

Le candidat Abdelmadjid Tebboune lors d'une conférence de presse, dimanche 24 novembre 2019 à Alger. © Fateh Guidoum/AP/SIPA

Budget d’organisation multiplié par deux

À la veille du lancement officiel de la campagne pour la présidentielle, Abdallah Baali, le directeur de campagne d’Abdelmadjid Tebboune, a jeté l’éponge. Dans l’entourage immédiat du staff du candidat, on lie cette démission à la gestion financière de sa campagne électorale.

Et de développer : « Le titulaire de ce poste est pénalement responsable de toute dérive constatée dans la collecte des fonds nécessaires, et peut être mis en cause si la justice décide de faire correctement son travail de contrôle. On s’interroge moins sur la provenance des fonds des autres candidats, car tous disposent d’une formation politique qui peut contribuer à financer leurs charges. »

Pour la dernière présidentielle, l’État algérien avait déboursé 21 milliards de dinars, soit moins de la moitié de la somme engagée cette année

Le budget de l’État consacré à l’organisation de l’élection présidentielle a connu également une inflation conséquente. Le projet de loi de finances pour l’année 2019 prévoit ainsi la mobilisation de pas moins de 50 milliards de dinars pour les besoins du scrutin. Cette enveloppe budgétaire couvre la location de bureaux de vote, le paiement du personnel, la réédition des listes électorales, le décompte des voix et le remboursement des dépenses de campagne des candidats.

Pour la dernière échéance de cette envergure, en 2014, l’État algérien avait déboursé 21 milliards de dinars, soit moins de la moitié de la somme engagée cette année.

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