Politique

RDC : en 2018, sous Joseph Kabila, la présidence a dépensé cinq fois le budget qui lui avait été alloué

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 21 novembre 2019 à 18h44
Joseph Kabila, lors de la 72ème assemblée générale de l'ONU à New-York, le 23 septembre 2017.

Joseph Kabila, lors de la 72ème assemblée générale de l'ONU à New-York, le 23 septembre 2017. © Craig Ruttle/AP/SIPA

En 2018, la présidence congolaise a dépensé près de cinq fois le budget qui lui avait été alloué, selon un rapport de la Cour des comptes qui alerte sur le fait que cette gestion a provoqué des « inégalités de traitement » entre ministères et un sous-financement de projets d’investissements importants pour le pays.

L’examen de l’exécution du budget 2018 par la Cour des comptes à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo dévoile la mauvaise gestion des finances publiques sous la présidence de l’ex-président Joseph Kabila, qui a battu en 2018 tous les records de dépassements budgétaires.

Le rapport de la Cour des comptes rendu public ce mercredi est sans appel : les institutions congolaises ont explosé les financements qui leur avaient été alloués lors du vote du budget 2018. Et les plus mauvais élèves ne sont autres que la présidence et la primature, à l’époque où celles-ci étaient dirigées par Joseph Kabila et son Premier ministre, Bruno Tshibala.

63 millions votés, 302 millions dépensés

La présidence, dont le plafond de dépenses avaient originellement été fixé à 63 millions de dollars, a dépensé 302 millions, soit quasiment cinq fois le montant théoriquement autorisé. L’essentiel du dépassement de budget est intervenu sur les frais de fonctionnement, fixé à 28 millions de dollars dans le budget vote en 2018, il a atteint pas moins de 256 millions.

La primature n’est pas en reste. Sous l’ère de Bruno Tshibala, celle-ci a dépensé 40 millions de dollars, là où la loi de finance 2018 lui en avait alloué 23. Là encore, les frais de fonctionnement pèsent lourd dans la facture finale. Là où la primature s’était vue octroyer 10 millions de dollars, elle en a dépensé 18.

L’exécutif n’est pas le seul à avoir été indexé pour ces dépassements impressionnants. L’Assemblée nationale affiche un taux d’exécution des dépenses de 133,92% et le Sénat de 116,7%.

Cette exécution des dépenses a entraîné des inégalités de traitement

Conclusion du rapport de la Cour des comptes, ces sommes englouties dans les frais de fonctionnement « n’ont pas participé au développement du pays ». « Cette exécution des dépenses a entraîné des inégalités de traitement : certains ministères et institutions voient leurs crédits exécutés en dépassement ; d’autres, en revanche, connaissent, soit une très faible exécution de leurs crédits, soit une exécution nulle », dénonce les auteurs du rapport de la Cour des comptes.

Des projets d’investissement sous-financés

Car, paradoxalement, alors que les dépenses s’envolaient à la présidence et dans les ministères, les projets de développement ont été sous-financés, voire délaissés. La Cour des comptes dénombre ainsi 1 173 projets d’investissements qui n’ont purement et simplement pas été exécutés, pour une somme globale de 635 millions de dollars. Au total, seulement 66% des projets inscrits au budget 2018 ont effectivement été financés. Surtout, des disparités abyssales s’observent entre les différents projets.

Conséquence de cette sous-consommation budgétaire sur les projets de développement, si certaines institutions ont largement dépassé leur budget, sur le plan global, le taux d’exécution du budget 2018 est de 111,04%, pour se fixer à 3,862 milliards de dollars.

La Cour des comptes termine son rapport en enjoignant aux parlementaires de se saisir du dossier, en vue, éventuellement, de prendre des sanctions à l’encontre des gestionnaires mis en cause.

Pour Steve Kivuata, porte-parole de Lamuka (opposition), « les acteurs politiques au pouvoir se servent avec gloutonnerie à la mangeoire de l’État, sacrifiant les projets de réduction de la pauvreté et les investissements nécessaires pour résorber le chômage de masse ».

La réduction du train de vie de l’État, l’une des promesses formulées par Félix Tshisekedi, est toujours dans les tiroirs de la présidence et de la primature, mais elle reste pour l’instant lettre morte, faute de volonté politique.

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