Politique

Bénin : Thomas Boni Yayi boude Patrice Talon lors de sa courte visite à Cotonou

Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, le 20 novembre 2019 à Cotonou.

Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, le 20 novembre 2019 à Cotonou. © DR

De retour après cinq mois d’absence, l’ex-président béninois Thomas Boni Yayi a été accueilli à Cotonou par une foule de militants en liesse, mercredi. Il ne sera finalement resté que quelques heures, et n’a pas rencontré son successeur, Patrice Talon, comme l’avait annoncé la présidence béninoise.

Ses proches avaient prévenu, dès mercredi matin, que la visite serait courte. De fait, Thomas Boni Yayi, qui a atterri à Cotonou en milieu d’après-midi, a quitté le pays le soir même, en direction du Nigeria voisin, où il réside depuis deux mois. L’ancien président béninois, arrivé dans un avion prêté par la présidence nigériane, accompagnait une délégation de la Cedeao conduite par l’ancien président nigérian Abdulsalami Abubakar et l’Ivoirien Jean-Claude Brou, président de la Commission.

Une rencontre entre l’ancien président béninois et son successeur, Patrice Talon, avait un temps été évoquée. Il n’en fut finalement rien. Quelques heures avant l’arrivée de Boni Yayi, le ministre porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, avait notamment affirmé que « c’est naturellement que l’ex-président sera reçu [par le président Talon] à sa demande ».

Thomas Boni Yayi a finalement préféré se rendre d’abord chez l’ancien président Nicéphore Soglo, qui se pose désormais en figure de proue des forces de l’opposition dites « de résistance » au pouvoir de Patrice Talon.

Pas de rencontre avec Talon, mais une visite à Soglo

Il y a réaffirmé son attachement et sa fidélité au combat que mène l’opposition depuis les législatives du 28 avril dernier, lors desquelles seuls les partis de la mouvance présidentielle avaient été autorisés à présenter des listes.

Alors que son propre parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), traverse actuellement une crise interne profonde entre les tenants d’une ligne « dure » et les partisans d’une stratégique plus pragmatique vis-à-vis du pouvoir, Thomas Boni Yayi s’est par ailleurs engagé à ne rien faire sans avoir, au préalable, consulté ses militants.

Il s’est ensuite rendu au domicile de la famille de Prudence Amoussou, une femme enceinte tombée sous les balles lors des violences postélectorales de mai 2019, pour présenter ses condoléances à la famille éplorée. Une photo de Thomas Boni Yayi portant les enfants de la défunte a été massivement partagée sur les réseaux sociaux.

Hautement symboliques, « ces deux visites montrent qu’il ne veut pas abdiquer, qu’il demeure dans l’engagement politique et que la vérité des faits sur la mort de certains compatriotes, comme Prudence Amoussou, demeure en haut de la liste des revendications de l’opposition, et ce malgré la loi d’amnistie », analyse le politologue Alain Mensah.

Hautement symbolique également, le refus de Thomas Boni Yayi de répondre à l’invitation insistante du chef de l’État béninois. Selon nos sources, la rencontre entre les deux hommes n’a plus eu lieu car Thomas Boni Yayi aurait demandé – en vain – à être reçu en compagnie non seulement de la délégation de la Cedeao, mais aussi de représentants de l’opposition. « Il ne s’agit pas d’un problème personnel entre les deux présidents. L’enjeu, c’est l’avenir de la démocratie béninoise », justifie un proche de Thomas Boni Yayi.

Courte mission pour la Cedeao

La délégation de la Cedeao conduite par Jean-Claude Brou a tout de même été reçue par Patrice Talon, dans l’après-midi, avant de s’envoler le soir même pour le Nigeria par le même vol que celui de Thomas Boni Yayi. En revanche, la délégation n’a pas rencontré l’opposition, comme c’était initialement prévu.

L’ancien président béninois avait quitté le pays le 22 juin, au terme de cinquante-deux jours de blocus de son domicile par les forces de l’ordre, imposé par le gouvernement après les échauffourées meurtrières qui ont suivi les législatives controversées d’avril 2019.

Le 8 novembre dernier, en marge du sommet extraordinaire de la Cedeao à Niamey, Patrice Talon s’était déclaré favorable au retour de Thomas Boni Yayi après le vote, le 30 octobre, d’une loi amnistiant les faits liés aux violences électorales de mai 2019, et pour lesquelles l’ex-président était lui-même sous le coup d’une convocation du juge.

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