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Retour aux sources pour Lodia K. : la marque Bazara Pagne met le cap sur le Togo

L'une des pièces de la marque Bazara Pagne.

L'une des pièces de la marque Bazara Pagne. © DR / Bazara Pagne / @lafilledu12eme_photography

Après sept ans à Paris, Lodia K., la créatrice de la marque spécialisée dans les articles en wax a choisi de retrouver Lomé, où est produit l’ensemble de ses collections.

L’aventure Bazara Pagne à Paris, c’est bientôt fini. Lodia K., créatrice de cette marque de vêtements et d’accessoires en wax – adoubée par la chanteuse Alicia Keys, a choisi de quitter l’Hexagone pour s’installer au Togo, son pays natal.

« J’ai toujours revendiqué le fait que mes créations étaient produites au Togo, alors que plus de la moitié de la population togolaise ne connaît pas ma marque », argue la jeune femme de 31 ans qui explique également vouloir opérer un véritable retour aux sources.

« Quand j’ai lancé Bazara Pagne, en travaillant avec des artisans africains, il s’agissait déjà d’un retour aux sources. En quittant Paris pour Lomé, disons que ce retour sera optimal. De plus, je pourrai mieux gérer les commandes, la production, etc. J’ai appris la rigueur du travail ici et aimerait m’ouvrir à d’autres choses là-bas. »

S’ouvrir à de nouveaux marchés sur le continent

Son idée ? Revenir tous les étés à Paris, avec un grand défilé de mode suivi d’un pop-up store – boutique éphémère – pendant deux ou trois mois, tout en s’ouvrant à d’autres marchés sur le continent africain.

Née à Lomé d’une mère nigérienne et d’un père béninois, Lodia K. est arrivée en France à l’âge de 13 ans, en 2001. Elle intègre un lycée spécialisé en arts plastiques en Île-de-France, mais choisit de ne pas poursuivre ses études après l’obtention de son baccalauréat.

Ce qu’elle veut, c’est créer. C’est à l’été 2011, à la faveur d’un séjour au Togo, qu’elle confectionne des écharpes-tubes à partir de wax qu’elle offre à ses amis. Ses créations connaissent un tel succès qu’elle se met en tête de lancer sa propre marque.

« Il y avait, à l’époque, tellement de choses à faire avec le wax – qui n’était pas encore tendance-. Quand je suis arrivée en France, les gens avaient encore du mal avec l’idée d’être habillé de wax de la tête aux pieds alors qu’en Afrique, c’était un signe d’élégance. Je me souviens qu’à Lomé, quand j’allais à l’église, il y avait plus de 200 personnes habillées en pagne, mais avec une pluralité de motifs dont certains dataient de plus de 100 ans. Personne n’avait le même. Je trouvais que c’était un univers hyper riche. Au moment de me lancer, dans ma tête, j’imaginais un grand bazar avec des articles de toutes sortes, d’où le nom de ma griffe. »

Influence familiale

La jeune femme est aussi largement influencée par son environnement familial. Une grand-mère « Nana Benz », un père, une mère, des oncles et des tantes vendeurs de wax à Lomé… « Ma grand-mère a commencé à travailler avec Vlisco, puis avec les usines du Togo mais aussi de Lagos, au Nigeria. Elle a également suivi le mouvement quand le marché s’est ouvert en Asie. »

Je voulais honorer mon pays, son savoir-faire et mettre en avant la main d’œuvre africaine

C’est d’ailleurs sa famille qui met la main à la poche afin qu’elle puisse confectionner sa première collection en juin 2012, intitulée « Lomnava » (« Aime-moi et reviens-moi » en langue mina). Elle a alors 22 ans et sollicite une soixantaine d’artisans dans tout le Togo, au Bénin ainsi qu’au Ghana pour la confection de ses premiers articles : accessoires, robes ou sacs pour lesquels le wax est mêlé à de la mousseline, du cuir ou du kente. « Je voulais honorer mon pays, son savoir-faire et mettre en avant la main d’œuvre africaine. J’ai travaillé d’arrache-pied pendant près de trois mois avec, en tête, l’idée d’un commerce équitable. »

Une clientèle large

Au final, c’est une production de 500 à 600 kilos qui est affrétée en France. Elle présente ses créations sur sa page Facebook et son site web et honore les commandes au gré de rendez-vous dans Paris. « J’ai été très surprise par la clientèle. Il y avait autant de Blancs que de Noirs, de personnes âgées que de jeunes. Et puis je faisais en sorte que mes articles puissent s’adresser à n’importe qui. »

Rentrer va me permettre de réunir toutes ces activités en un seul endroit, mais aussi de retrouver du plaisir dans la vente

En 2014, elle ouvre un pop-up store dans le 1er arrondissement de Paris qui, un an plus tard, devient la boutique Bazara Pagne. Pour la vente en ligne, elle ferme son site web et se tourne vers la plateforme de e-commerce Afrikrea. Depuis, sa production est moindre : 150 kilos d’articles affrété chaque mois pour la boutique. Les prix, plutôt abordables, n’excèdent pas plus de 170 euros (robes entre 60 et 80 euros environ, combinaisons à 120 euros, tops ou jupes à 60 euros, ensembles boubou à 113 euros, etc).

Elle travaille avec 14 artisans togolais, en plus des sept employés qui s’affairent dans son atelier de Lomé. « J’étais seule à m’occuper de tout à Paris : création, organisation de défilés, gestion du personnel au Togo, production… Rentrer va me permettre de réunir toutes ces activités en un seul endroit, mais aussi de retrouver du plaisir dans la vente. »

Profiter du boom du e-commerce

Sans compter que, depuis juin 2019, son stock ne passe plus par sa boutique parisienne, les commandes étant directement expédiées depuis Lomé.

Je veux me renouveler d’un point de vue stratégique en étant sur le terrain

« Il n’est plus aussi difficile de miser sur le e-commerce sur le continent. Aussi, je me lance de nouveaux défis, dans la mesure où le prêt-à-porter en wax n’est pas une évidence dans un pays où tout le monde a son tailleur. Je veux me renouveler d’un point de vue stratégique en étant sur le terrain et je nourris plusieurs autres projets. »

Parmi ceux-ci, développer l’activité des artisans avec lesquels elle travaille. « Je veux qu’ils puissent présenter leurs propres collections. » De plus, pour Lodia K., il est plus facile d’arborer plusieurs casquettes quand on vit sur le continent africain… Quant à savoir quelles seront ces casquettes, la jeune créatrice préfère, pour le moment, parler de « belles surprises à venir ».

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