Sécurité

RDC : les ADF resserrent leur étau sur Beni, plus de soixante morts en trois semaines

Des soldats des FARDC sur les collines proches de Goma, dans le Nord-Kivu, lors de la guerre contre les rebelles du M23 en 2013.

Des soldats des FARDC sur les collines proches de Goma, dans le Nord-Kivu, lors de la guerre contre les rebelles du M23 en 2013. © Joseph Kay/AP/SIPA

Les représailles visant les civils se multiplient dans l’est de la République démocratique du Congo, les rebelles ADF ont attaqué la ville de Beni, faisant au moins dix morts, au nez et à la barbe des unités de l’armée congolaise présentent dans la région.

Présentes sur le terrain, à la recherche des victimes, des sources de la société civile parlent, elles, d’au moins 21 morts dans ces deux attaques simultanées mardi soir sur Beni-ville et près d’Oïcha, 30 km plus au nord.

Le baromètre sécuritaire du Kivu, co-animé par le Groupe des experts du Congo (GEC) et l’ONG Human Rights Watch avance lui un bilan de 14 morts.

Au total, entre 60 et 70 personnes ont été massacrées, souvent à l’arme blanche, dans la région de Beni (Nord-Kivu) depuis l’annonce fin octobre-début novembre d’opérations militaires de l’armée congolaise contre les bases des Forces démocratiques alliées (ADF).

L’appel de Mukwege

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a lancé mercredi un appel au soutien militaire de l’Union européenne et de la France pour mettre fin aux massacres à Beni, dans le cadre du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui prévoit notamment l’emploi de la force en cas de menace contre la paix.

Le gynécologue congolais, qui dirige une structure qui prend en charge les victimes de violences sexuelles, plaide pour « une opération militaire limitée dans le temps et dans l’espace », « inspirée du mandat de la mission Artemis », en référence à la force européenne sous commandement français qui avait mis fin aux massacres communautaires dans la province voisine de l’Ituri en 2003.

Le président français Emmanuel Macron a envisagé une coopération militaire « en matière de renseignement » pour lutter contre les groupes armés dans l’est de la RDC, en recevant le président congolais Félix Tshisekedi la semaine dernière à l’Elysée. Macron avait aussi appelé les voisins, notamment rwandais et ougandais, à apporter leur soutien à la RDC dans la lutte contre les groupes armés dans l’Est.

Après des mois d’accalmie, les tueries à répétition à Béni apparaissent comme des représailles menées par les rebelles musulmans ougandais des ADF pour briser le soutien des civils aux opérations de l’armée congolaise, d’après les observateurs.

Béni, entre rebelles et Ebola

Mardi soir, au moins sept personnes ont été tuées dans la ville même de Beni, attaquée pour la première fois par les ADF depuis octobre 2018, selon l’armée citée par la radio onusienne Okapi et la société civile.

Une dizaine de civils auraient également été kidnappés, d’après la société civile.

Beni-ville est en théorie la base arrière des militaires dans la zone. Ville de quelque 100 000 habitants, carrefour commercial, épicentre de l’actuelle épidémie d’Ebola qui a fait plus de 2000 victimes en 18 mois, Beni est aussi le siège d’une base de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) à l’aéroport, à 10 km au nord du centre-ville.

L’armée congolaise a lancé ses opérations sans demander le renfort de la force onusienne, qui lui fournit des renseignements et procède à des évacuations sanitaires.

Par ailleurs, 14 civils ont été massacrés plus au nord à Oïcha, d’après la société civile, bilan confirmé par l’enquête du baromètre sécuritaire du Kivu.

D’une rare intensité d’après les témoins, les attaques mardi soir sur des quartiers de Beni et d’Oïcha ont provoqué la fuite des populations. « Ça tire à l’arme lourde et légère sans répit.Je ne sais pas si on va en sortir vivant », affirmait dans la nuit à l’AFP un religieux catholique de Beni. Au petit matin mercredi, des manifestants ont protesté contre ces nouveaux massacres, en prenant pour cible entre autres la Monusco.

Revendications jihadistes

Le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha) a affirmé sur Twitter que douze de ses militants « ont été arrêtés à Oïcha où nous avons organisé une marche pacifique pour exiger des mesures urgentes de sécurisation de la population en attendant la défaite totale des ADF ».

Groupe armé parmi les plus violents dans l’est de la RDC, les ADF sont accusés du massacre d’un millier de civils dans le territoire de Beni depuis octobre 2014.

À l’origine, les ADF sont des rebelles ougandais musulmans hostiles au président Yoweri Museveni, qui se sont repliés dans l’est de l’actuelle RDC en 1995.

Un quart de siècle plus tard, ils n’attaquent plus les frontières voisines de l’Ouganda, vivent en autarcie dans la jungle et ne revendiquent aucun de leurs massacres en RDC.Leur recrutement s’est étendu à d’autres nationalités.

Le groupe jihadiste Etat islamique a revendiqué début 2019 quelques attaques  dans la région de Beni, sans preuve formelle d’une quelconque affiliation des ADF à l’EI.

La population dénonce « l’inefficacité des services de renseignements ». »Depuis vendredi la population signale la présence d’hommes armés près d’Oïcha », a souligné un membre de la société civile, Teddy Kataliko.

« La population a peur que les ADF se soient infiltrés dans les villes de la région, Beni, Oïcha, Mavivi… », ajoute-t-il. »Vous sentez qu’ils sont dans la ville.Ils se déguisent.On ne sait plus qui est civil, qui est policier ».

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