Histoire

Le Sénégal s’apprête à rendre un dernier hommage à Colette, l’autre Senghor

Colette Senghor à côté de son époux Léopold Sédar Senghor devant la mairie de Caen.

Colette Senghor à côté de son époux Léopold Sédar Senghor devant la mairie de Caen. © Archives Ville de Caen

Elle était la première des premières dames du pays. Décédée lundi à l’âge de 93 ans, la Normande Colette Hubert, épouse de l’ancien président Léopold Sédar Senghor, laisse derrière elle l’image d’une « femme discrète », qui aimait le Sénégal autant « qu’elle aimait la France ».

« Sénégalaise aux Sénégalaises s’était voulue la Normande de long lignage aux yeux de moire vert et or. » C’est ainsi que le président Léopold Sédar Senghor rendait hommage à « sa petite Colette », qui avait quitté sa Normandie natale pour le suivre au Sénégal.

Première des premières dames du Sénégal indépendant, Colette Hubert, épouse Senghor, s’est éteinte ce 18 novembre à Verson, dans le Calvados. Son corps sera rapatrié dans son pays d’adoption le 26 novembre, et une messe officielle sera célébrée par l’archevêque de Dakar deux jours plus tard dans la cathédrale de Dakar. Conformément aux souhaits du couple présidentiel, elle sera ensuite inhumée aux côtés de son époux et de son fils, Philippe, au cimetière de Bel-Air.

Vestige des dernières années dakaroises

« C’est la Sénégalaise qui revient, sourit Mariama Ndoye. C’était l’épouse du président, elle appartient aussi au peuple sénégalais », observe la conservatrice du musée Léopold Sédar Senghor, à Dakar. Le bureau dans lequel elle reçoit Jeune Afrique était celui où le président lui-même accueillait ses invités, dans une grande bâtisse ocre de style soudano-sahélien, où l’académicien avait pris sa retraite avec sa femme dans les années 1980. Il quittera définitivement le Sénégal en 1991 pour rejoindre la Normandie, la région natale de son épouse, où il s’éteint le 20 décembre 2001.

Claude Pompidou et Colette Senghor, le 5 février 1971 à l'aéroport de Dakar.

Claude Pompidou et Colette Senghor, le 5 février 1971 à l'aéroport de Dakar. © AP Sipa

J’aime le Sénégal comme j’aime la France

Depuis 2014, l’ancienne demeure du président, conçue par l’architecte français Fernand Bonamy, s’est convertie en musée. Tout y resté intact, jusqu’à l’ordre dans lequel les livres y sont rangés, affirme Mariama Ndoye. Quoique peu fréquenté, le musée restitue les vestiges de ce que furent les dernières années dakaroises du couple Senghor, laissant au visiteur le loisir d’imaginer leur quotidien.

Jalousement gardée par Barthélémy Sarr, un ancien aide de camp du président devenu guide, la maison se dresse sur la façade ouest de la corniche de Dakar. Quelle existence Colette Senghor a-t-elle menée pendant plus de dix ans entre ses murs ? Réputée très élégante, « toujours impeccablement coiffée », la première dame a laissé derrière elle l’image d’une femme discrète.

Barthélémy Sarr la décrit comme une maîtresse de maison « stricte et pointilleuse », qui « avait à cœur d’embellir sa maison » et son vaste jardin, où elle se promenait chaque matin avec son époux après leur petit-déjeuner. Il la dépeint comme une épouse totalement dévouée à son mari, dont elle avait été la collaboratrice parlementaire avant leur mariage, en 1957, qui sortait peu et l’accompagnait toujours lors de ses voyages.

« Elle me disait souvent : ‘Je suis plus forte que toi, j’ai deux nationalités’ », relate Barthélémy Sarr. Blagueuse, Colette Senghor le taquinait aussi sur « son mauvais caractère de Sérère » – ethnie qui était également celle de son mari. « J’aime le Sénégal comme j’aime la France », se plaisait à dire la Normande. Peut-être regrettait-elle tout de même le vert de sa Normandie natale, une couleur dont elle avait tapissé les murs de sa chambre et de leur salon privé.

« Couple soudé »

Si les époux faisaient chambre à part, ils n’en formaient pas moins « un couple soudé », de l’avis de Barthélémy Sarr. Soutien indéfectible du président, elle était aussi la muse du poète, qui « s’était fait Normand » et lui dédiera son recueil de poèmes Lettres d’hivernage.

Les deux époux traverseront ensemble la terrible épreuve de la perte de leur fils Philippe, décédé en 1981 dans un accident de voiture, à l’âge de 23 ans. Dans leur demeure dakaroise, sa chambre bleue, dans laquelle sa mère se rendait souvent après sa mort, prend doucement la poussière. Le sourire « d’aurore » du fils mélomane est aujourd’hui affiché sur les murs de la maison.

Colette Senghor et son fils Philippe.

Colette Senghor et son fils Philippe. © Musée Léopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor souhaitait qu’une fois que sa femme serait rappelée à Dieu, tous trois aillent reposer à Joal

« Cet enfant de la terre sénégalaise (…) était vie et raison de vivre de sa mère, lampe veillant dans la nuit et la vie », écrira le président-poète. Même après son départ du Sénégal, Colette Senghor se préoccupera toujours du fleurissement de la tombe de son fils, où elle pouvait se rendre jusqu’à deux fois par jour lorsqu’elle résidait encore à Dakar.

Mercredi prochain, elle prendra la place qui lui est réservée à Bel-Air, dans le caveau familial qui fait face à l’île de Gorée. Plus tard, la famille Senghor sera à nouveau inhumée à Joal-Fadiouth, le village natal de Léopold Sédar Senghor.

« C’était une volonté expresse du chef de l’État », affirme le président de la Fondation Senghor, Raphaël Ndiaye, qui coordonne les obsèques avec l’État sénégalais et la famille. « Il souhaitait qu’une fois que sa femme serait rappelée à Dieu, tous trois aillent reposer à Joal, où le président a déjà préparé un caveau. » Bientôt, Colette Senghor sera ainsi rendue aux deux hommes dont elle a longtemps été séparée et à cette terre sénégalaise qu’elle avait faite sienne.

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