Politique économique

Pour la Cnuced, il faut aider les pays les moins avancés à se doter d’un État fort

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Mis à jour le 20 novembre 2019 à 18h21
Les étudiants du centre Bioforce Afrique en application terrain, exécutant des simulations grandeur nature de missions humanitaires.

Les étudiants du centre Bioforce Afrique en application terrain, exécutant des simulations grandeur nature de missions humanitaires. © Bioforce/2017

Le rapport 2019 sur les pays les moins avancés (PMA), publié mardi 19 novembre par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), propose qu’ils soient aidés à se doter d’un État fort grâce au renforcement de leurs capacités de négociations, de planification et d’organisation.

C’est en fait un rapport très politique sur les pays les plus pauvres de la planète que publie le 19 novembre la Cnuced, alors qu’on aurait pu attendre d’elle qu’elle se consacre une fois de plus aux grands équilibres économiques et commerciaux.

Sur les 47 PMA recensés, 33 sont africains et tous souffrent des mêmes handicaps : ils sont très pauvres (1,025 dollar de revenu national brut par habitant) et mal outillés en termes de moyens de production, ce qui les condamne à des déficits récurrents au niveau budgétaire comme en matière de comptes courants.

Il leur faut financer ces déficits par des apports extérieurs. Le premier de ceux-ci est l’aide mais les pays riches ne tiennent pas leur promesse de leur consacrer entre 0,15 % et 0,20 % de leur revenu national brut et ils apportent à peine 0,09 %. La Cnuced a calculé que le manque à gagner oscille entre 33 et 58 milliards de dollars par an.

Affaiblissement du rôle de l’État dans l’administration des aides

Autre handicap : l’importante modification de l’architecture de l’aide. Il y a dix ans encore, c’était simple : les États développés finançaient les projets de développement des États défavorisés soit directement soit par le canal des institutions multilatérales comme la Banque mondiale.

« Aujourd’hui, l’aide s’est complexifiée », commente Rolf Traeger, chef de la section PMA de la Cnuced : « En plus des États donateurs et des bailleurs multilatéraux, on a vu intervenir des fonds verticaux par exemple contre le sida, des ONG privées, des philanthropes dont Bill Gates est le plus connu et le secteur privé international. En plus, chaque acteur possède ses propres logiques et ses propres procédures ».

Les structures étatiques de ces PMA sont contournés, chaque donateur s’adressant directement aux destinataires (ONG, collectivités locales) qu’il a choisis. Cela pose un problème de transparence et de contrôle de l’efficacité de l’aide, mais aussi cela menace sa cohérence avec les objectifs fixés par le gouvernement.

Les vices de la transparence des aides

Autre effet pervers de ces évolutions, 45 % de l’aide publique au développement est ciblé sur les secteurs éducatifs et sociaux, mais seulement 14 % sur les infrastructures économique et les services et 8 % sur les secteurs productifs (industrie et agriculture). « Ce tournant vers le social s’explique parce que les gouvernements comme les ONG doivent prouver Parlements, aux électeurs et au grand public que l’argent est bien employé », analyse Rolf Traeger : « L’amélioration du taux de scolarité ou la multiplication des campagnes de vaccination sont plus séduisantes que l’accélération de la création d’entreprises sans laquelle il n’y a pourtant pas de créations d’emplois. Or la pauvreté se combat aussi à long terme et par l’investissement ».

Les États doivent installer un mécanisme efficace de coordination de l’aide pour la rendre cohérente avec leurs priorités nationales

La Cnuced plaide donc pour que l’aide publique serve à renforcer les capacités humaines et organisationnelles des PMA. C’est le seul moyen pour que leurs gouvernements ne soient plus les jouets d’intérêts contradictoires, qu’ils soient publics ou privés.

« Comme le Rwanda et, dans une moindre mesure, l’Angola ou le Lesotho, ils doivent installer un mécanisme efficace de coordination de l’aide pour la rendre cohérente avec leurs priorités nationales, souligne Rolf Traeger, pour qui « cela permettra de limiter la corruption et de juger de l’efficacité de l’aide. Il faut donc un État efficace capable de négocier, planifier et organiser en fonction de stratégies arrêtées par ses élus. Cela ne se construit pas en un jour ».

Politique de développement de long terme

Cet objectif « politique » est réalisable : avec l’assentiment des gouvernements concernés, l’Union européenne a consacré une bonne partie de ses fonds structurels à financer la réorganisation de la Justice, de la fiscalité, des statistiques ou des collectivité locales dans les pays d’Europe centrale et orientale sortant des affres du système soviétique. La proposition de la Cnuced revient in fine à en faire autant au profit des PMA, englués dans leur pauvreté.

Il est certes positif de financer des engrais ou des semences au profit des agriculteurs africains, mais la réorganisation de leurs systèmes coopératifs importe tout autant pour générer des revenus et des emplois.

En matière d’instruction, il faut construire de nouvelles classes, mais l’organisation d’un ministère de l’Éducation et la formation des enseignants importe aussi. Le développement est affaire de long terme et de cohérence.

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