Diplomatie

Le Burkina Faso accuse le Mali d’avoir violé ses frontières lors d’une opération militaire

Un soldat des Forces armées maliennes lors d'une patrouille conjointe avec les Français de Barkhane, à Tin Hama, près de Gao, en octobre 2017.

Un soldat des Forces armées maliennes lors d'une patrouille conjointe avec les Français de Barkhane, à Tin Hama, près de Gao, en octobre 2017. © REUTERS/Benoit Tessier/File Photo

Le Burkina Faso accuse l’armée malienne d’avoir mené une incursion sur son territoire et de s’être attaquée à des civils, au cours d’une opération menée sans aucune coordination avec la hiérarchie militaire burkinabè.

« Les militaires maliens ont (…) procédé à une répression contre les populations du village de Abaye, occasionnant ainsi trois morts, dont un broyé par les roues de véhicules ; des destructions massives d’infrastructures et de matériels ».

Dans une correspondance confidentielle datée du 18 novembre, adressée à son homologue malien, le ministre de la Défense burkinabè Cheriff Sy dénonce une opération des forces armées maliennes sur le territoire burkinabè, qui a « provoqué la consternation (…) au regard de la violence utilisée par une armée amie contre des populations civiles de notre pays ».

Le ministre qui pointe le non respect des « mécanismes de coordination », demande aux autorités maliennes de remettre à leurs homologues burkinabè les personnes qui ont été arrêtées lors de cette opération.

« Contexte compliqué »

Côté malien, aucun commentaire officiel. Contacté par Jeune Afrique, un haut-gradé de l’armée malienne confie cependant que « le contexte est compliqué : lorsque l’on poursuit un assaillant, on ne fait pas forcément attention aux frontières ».

Le 16 novembre, les forces armées maliennes (FAMa) annonçaient sur leur page Facebook avoir mené un ratissage dans la zone de Ouenkoro, et poursuivi des assaillants suite à l’attaque d’un village par des hommes habillés en « dozos ». « Après l’attaque de Bidi, les assaillants se dirigeaient vers le village de Sankoro quand ils ont été interceptés par les FAMa. Après échanges de tir les FAMa ont poursuivi les assaillants jusqu’à leur base au Burkina Faso qui a été démantelée », peut-on lire dans le communiqué. Les FAMa évoquent par ailleurs « 10 morts et 20 arrestations » au cours de cette opération.


Après avoir subi des attaques meurtrières qui ont coûté la vie à une centaine de soldats en un mois, l’armée malienne a lancé une grande offensive dans le Centre depuis le 11 novembre. Celle-ci devait marquer leur reprise en main de la situation, en plus du repli des soldats des bases isolées. Mais lundi, les FAMa ont subi un nouveau revers. Une trentaine de soldats sont morts au sud de Ménaka, près de la frontière avec le Niger, alors que les deux pays menaient une opération anti-jihadiste dans la zone.

Cette interpellation des autorités burkinabè qui dénoncent des répressions contre des populations civiles a suscité une crainte sur la montée de tensions entre les deux pays. Mais au lendemain de la diffusion du courrier, le ton était revenu à l’apaisement. Un source sécuritaire burkinabè évoquait « juste un incident qui se réglera sur le plan diplomatique ».

Les deux pays qui sont les plus touchés par les attaques jihadistes dans la région, tous deux sont membres du G5 Sahel, une organisation qui vise notamment à lutter contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier, mettent en avant leur intérêt commun mieux coopérer. Leurs présidents Ibrahim Boubacar Keïta et Roch Marc Christian Kaboré – à la tête cette année du G5 Sahel – interpellent régulièrement la communauté internationale sur les promesses non tenues sur le financement de la force conjointe.

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