Entreprises & marchés

E-commerce : en difficulté, Jumia suspend son activité au Cameroun

Le site de marketplace de Jumia est désormais opérationnel dans treize pays du continent, notamment en Côte d'Ivoire (ici en photo).

Le site de marketplace de Jumia est désormais opérationnel dans treize pays du continent, notamment en Côte d'Ivoire (ici en photo). © Jumia

Le principal e-commerçant du continent a suspendu pour une durée indéterminée son site de vente en ligne au Cameroun. Au moins 200 employés se retrouvent sans activités, alors que les pertes du groupe s’accumulent, malgré des ventes en hausse. La direction évoque les difficultés inhérentes au « contexte particulier » du pays.

La licorne du e-commerce en Afrique montre des signes d’essoufflement de plus en plus préoccupants. Jumia vient de suspendre sans préavis son activité principale de marketplace (« place de marché ») au Cameroun, où son site de petites annonces jumia.deals est toujours opérationnel.

Une  annonce qui intervient alors que ses indicateurs sont au plus bas depuis son entrée remarquée à la bourse de New York en avril dernier. Introduite à 14,5 dollars, son action s’était d’abord envolée en trois semaine à presque 47 dollars. Sa chute fut ensuite quasi continue, pour atteindre son plus bas niveau ce mardi à la mi-journée (environ 5 dollars à l’heure où nous écrivions ces lignes).

« Contexte particulier »

Cette suspension camerounaise est imputée par Jumia à l’insuffisance des clients, « mais pas uniquement », explique la direction contactée par Jeune Afrique. « Notre portail, tel qu’il est opéré aujourd’hui, n’est pas adapté au contexte actuel du Cameroun », affirme la société.

Parmi les écueils auxquels l’entreprise fait face dans le pays, la direction cite notamment un manque de maturité du marché et une classe moyenne encore trop faible numériquement. Elle mentionne également « le pouvoir d’achat » et « les infrastructures » parmi les éléments constitutifs de ce qu’elle qualifie de « contexte particulier du Cameroun ».

Faisant face à des pertes continues depuis plusieurs mois, Jumia a donc décidé de quitter le Cameroun. « Puisque l’on souhaite être rentable pour que Jumia réussisse, il faut prendre des décisions », explique-t-on au service de communication de Jumia.

C’est d’ailleurs une mesure que le groupe avait déjà évoqué à demi-mot dans son dernier rapport trimestriel, évoquant une « optimisation de son portfolio », menée « en fonction de multiples critères, notamment le rendement financier, l’environnement commercial ainsi que la facilité et le coût de faire des affaires ».

200 employés auraient signé des « protocoles de séparation » quelques jours avant la suspension de l’activité

« Un certain nombre d’initiatives sont en cours », annonçait Jumia le 12 novembre. « Nous prévoyons que ces initiatives représentent collectivement moins de 10 % de notre volume brut de marchandises, de notre bénéfice brut et de notre perte d’exploitation pour les neuf mois premier mois de 2019 ».

Une fois annoncée, la suspension de l’activité camerounaise n’a en revanche donné lieu à aucun détail chiffré de la part de la société. Au Cameroun, le service de communication indique simplement que les 200 employés auraient signé des « protocoles de séparation » quelques jours avant la suspension de l’activité. Les responsables n’ont pas donné suite à nos sollicitations sur ce point.

Reconquérir la confiance des investisseurs

L’objectif du groupe sera notamment de regagner la confiance des investisseurs, alors que les pertes cumulées pour les trois premiers trimestres 2019 s’accélèrent par rapport à la même période en 2018 (163,5 millions de dollars cette année, contre 117,3 millions l’an passé). Une tendance que ni l’augmentation du nombre d’utilisateurs n’enraye (5,5 millions au troisième trimestre 2019, contre 3,5 millions pour l’exercice précédent), ni celle de la marge brute (51 millions de dollars, en hausse de 45 % pour rapport à 2019).

« Pour l’instant aucune autre annonce n’est prévue », indique le groupe. Sa stratégie consiste à miser sur le long terme et « non pas sur les premiers mois », comme le confiait Sacha Poignonnec à Jeune Afrique il y a quelques semaines. Entre la chute de son action, les accusations de fraudes et des pertes croissantes, les premiers mois de Jumia sur la place boursière new-yorkaise s’avèrent rudes.

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