Politique

Tunisie : Habib Jemli, un chef du gouvernement « sans surprise et bon exécutant »

Le président Kaïs Saïed remet une lettre de mission à Habib Jemli pour former le nouveau gouvernement.

Le président Kaïs Saïed remet une lettre de mission à Habib Jemli pour former le nouveau gouvernement. © Présidence Tunisie

Considéré comme proche d’Ennahdha, Habib Jemli, 60 ans, a été chargé par le président Kaïs Saïed de former le prochain gouvernement. Une tâche qui s'annonce difficile tant le parti d'inspiration islamiste peine à créer une alliance avec d’autres partis.

Fin du suspense à Tunis : Habib Jemli, l’ancien secrétaire d’État à l’Agriculture, a été chargé par le président de la République, Kaïs Saïed, de former le nouveau gouvernement.

Une annonce attendue qui a néanmoins suscité la surprise puisque d’autres noms, dont des pointures de l’économie et des finances comme Marouane Abassi, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fadhel Abdelkefi, ancien ministre du Développement, et Mongi Marzouk, ex-ministre des Technologies, avaient été pressentis à ce poste. Un choix qui a également étonné les centrales patronales et syndicales qui plaident pour un familier des rouages de l’État et expert des questions économiques au vu des problématiques prioritaires du pays.

« Le Conseil de la Choura a choisi un profil taillé à sa mesure, un homme qui sera sans surprise et un bon exécutant », analyse un ancien député. L’homme politique rappelle toutefois que lorsqu’il était en poste au Ministère de l’Agriculture, Habib Jemli avait supervisé le démantèlement du réseau des gardes forestiers laissant ainsi le champ libre aux jihadistes dans les zones montagneuses du nord-ouest et avait été accusé de népotisme par Fattouma Attia, élue d’Ennahdha.

Homme d’Ennahdha

Des faits qui retiennent l’attention, autant qu’un parcours professionnel qui parait assez succinct pour le chef du gouvernement d’un pays en crise. Pour certains, cet originaire de Kairouan aurait à peine le niveau du baccalauréat et aurait acquis des certificats par le biais de la formation professionnelle. Dans les faits, il déclare être spécialiste en grandes cultures, économie rurale et gestion des entreprises agricoles. Il cumule d’ailleurs plus de 14 ans à l’Office des céréales, dont il a été contrôleur de gestion, avant de s’orienter dès 2001 vers le privé.

Habib Jemli se défend de toute appartenance et s’engage à n’accorder aucune faveur à un parti en particulier

Toujours dans ce secteur, il passe de directeur des études et du développement pour la société Médigrains à directeur général du Comptoir multiservices agricoles (CMA) du groupe Rose Blanche. Il fonde ensuite, en 2011, son propre cabinet « idea-consult » en charge du montage de projets d’investissement agricole et agroalimentaire.

Désigné par le Conseil de la Choura et adoubé par Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha et de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Habib Jemli est taxé d’homme d’Ennahdha, d’autant qu’il avait été officiellement référencé parmi les membres du gouvernement relevant du contingent du parti islamiste, en 2012. Selon d’autres indiscrétions, il avait également été proposé au poste de ministre de l’Intérieur par Ennahdha dans le gouvernement de Habib Essid, en 2015.

Habib Jemli se défend toutefois de toute appartenance et s’engage à « n’accorder aucune faveur à un parti en particulier ». Il assure d’ailleurs avoir exigé de choisir, sur la base de la compétence et de l’intégrité, librement les membres de son équipe qui sera, selon lui, réduite.

« La Tunisie ne peut plus attendre »

La Constitution lui donne un mois, renouvelable une fois, pour finaliser son exécutif, mais il dispose en réalité de beaucoup moins de temps. Son équipe devra être approuvée par une majorité de députés et être rapidement opérationnelle pour prendre le relais de celle de Youssef Chahed, en charge actuellement de traiter les affaires courantes. « La Tunisie ne peut plus attendre », constate un diplomate. Mais rien n’est gagné : Ennahdha ne veut pas être seul à gouverner mais peine à créer une alliance gouvernementale avec d’autres partis.

On ne peut plus se fier à personne

Certains, en coulisses, souhaitent que le parti d’inspiration islamiste démontre ses capacités en étant seul aux commandes. D’autres s’inquiètent que, dans un régime parlementaire, un seul parti tienne les pouvoirs législatif et exécutif. Tous attendent les annonces officielles : « On ne peut plus se fier à personne. Qalb Tounes a élu Rached Ghannouchi à la tête de l’ARP alors que le parti avait juré de ne jamais voter pour Ennahdha », s’inquiète Selma, une ancienne de Nidaa Tounes.

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