Politique

Sénégal-France : rencontre entre Édouard Philippe et Macky Sall pour un 4e séminaire intergouvernemental

Macky Sall, après avoir voté à l'école Thierno Mamadou Sall à Fatick, le 24 février 2019.

Macky Sall, après avoir voté à l'école Thierno Mamadou Sall à Fatick, le 24 février 2019. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Après une longue séquence polémique dans l’hexagone, le thème de l’immigration s’invite dimanche au 4e séminaire intergouvernemental entre la France et le Sénégal à Dakar, où Edouard Philippe et le président Macky Sall doivent aussi aborder la lutte antijihadiste au Sahel.

Deux ans après la dernière édition de ces rencontres de haut niveau, à Matignon, M. Philippe et six de ses ministres se retrouvent dans la capitale sénégalaise pour nourrir la relation « singulière » entre les deux pays, dixit le chef du gouvernement.

Quatre « feuilles de route » sont sur la table lors de ce séminaire qui doit débuter à 12H30 locales (13H30 en France) : elles portent sur les enjeux de sécurité et de défense; l’éducation, la jeunesse et la formation; l’émergence du Sénégal; la mobilité et la migration.

Sept semaines après un débat au Parlement français sur l’immigration voulu par Emmanuel Macron, qui a notamment abouti à de nouvelles mesures concernant l’offre de soins et la future instauration de quotas d’immigration professionnelle, l’issue des négociations entre les deux gouvernements sera attendue.

« La migration doit être choisie et non subie, telle est notre conviction », a résumé M. Philippe auprès du quotidien sénégalais Le Soleil.

Selon Matignon, « la pression venant du Sénégal », pays à la fois de départ et de transit, « reste élevée » sur l’immigration irrégulière, alors que le pays est jugé « sûr ».

« Le Sénégal est au 15e rang des nationalités interpellées pour les 9 premiers mois de l’année 2019 », assure-t-on encore de même source, tout en notant que les demandes d’asile ont augmenté de « plus de 50% » l’an passé.

Le gouvernement français devrait donc chercher à accroître la coopération dans ce domaine, sachant que « la volonté du président Macky Sall est de tout faire pour que les Sénégalais restent et réussissent au Sénégal », selon Seydou Guèye, chef du service de communication de la présidence sénégalaise.

« Pôle de stabilité »

Parmi les leviers dont dispose la France, l’aide publique au développement, dont le budget total doit atteindre 0,55% du PIB en 2022. Environ 2 milliards d’euros de cette aide ont été distribués au Sénégal depuis 2007 : des « efforts » qui doivent « produire des résultats sur l’immigration irrégulière », souligne Matignon.

Concernant l’immigration légale, Matignon salue la « vraie dynamique », « de l’ordre de 7% », d’admission d’étudiants sénégalais (12.500 en 2019) dans l’enseignement supérieur français.

« Nous cherchons également à augmenter le nombre de passeports talents », réservés aux étrangers disposant de certaines qualifications, « et de visas de circulation de longue durée à ceux qui rentrent au Sénégal pour y mener leur vie professionnelle et souhaitent garder un lien fort avec la France », a ajouté M. Philippe qui s’est aussi engagé à réduire de moitié dès début 2020 les délais de traitement des demandes de visas.

Restitution du sabre d’El Hadj Oumar Tall

Alors que la France est le premier partenaire commercial et le premier investisseur étranger au Sénégal, des signatures d’accords sont attendues.

La cérémonie comportera une dimension symbolique avec la restitution du sabre d’El Hadj Oumar Tall, un chef de guerre et érudit musulman qui a conquis au XIXe siècle un immense territoire à cheval sur le Sénégal, la Guinée et le Mali, et a lutté contre l’armée coloniale française.

Dans un contexte sécuritaire très dégradé au Sahel marqué par plusieurs attaques jihadistes, les questions militaires rebondiront lundi lors de l’ouverture du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

Le Sénégal, qui partage des frontières avec la Mauritanie et le Mali, « joue un rôle très important de coeur de réseau », estime-t-on à Matignon. Alors que les attaques menacent de se propager, le Sénégal, membre de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), fait office de « pôle de stabilité ».

Et Dakar, qui doit porter l’effectif de son armée de terre de 20.000 à 30.000 hommes d’ici à 2025 « a vocation à faire partie du partenariat pour la sécurité et la stabilité (au Sahel) annoncé lors du G7 de Biarritz » en août, dont « les modalités sont en cours d’élaboration », ajoute-t-on de même source. A ce titre, le Sénégal pourra apporter un soutien aux forces du G5 Sahel (Mali, Niger, Mauritanie, Tchad et Burkina Faso).

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