Elections

Guinée – Rachid Ndiaye : « Alpha Condé n’a de comptes à rendre à personne »

Rachid Ndiaye, ministre guinéen de la Communication.

Rachid Ndiaye, ministre guinéen de la Communication. © Vincent Fournier pour JA

Alors que les manifestations se succèdent chaque semaine, avec leur lot de violences, la Guinée est désormais scindée en deux. D’un côté les partisans d’une révision constitutionnelle, de l’autre ceux qui la refusent en bloc. Rachid Ndiaye, ministre d’État et conseiller spécial du président guinéen, insiste pour sa part sur l’importance de se concentrer, aujourd’hui, sur les prochaines législatives.

À un an de l’élection présidentielle, Conakry est à nouveau secouée par ses vieux démons. Des marches qui se succèdent chaque semaine, donnant lieu à des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre, le tout dans un contexte de dialogue de sourd entre l’opposition et la mouvance présidentielle…  En visite à Paris, Rachid Ndiaye, ministre d’État et conseiller spécial du président Alpha Condé, exhorte tous les responsables politiques à se recentrer sur « l’essentiel », à savoir, selon lui, les élections législatives, qui doivent se tenir le 16 février prochain.

Jeune Afrique : Le pays est aujourd’hui profondément divisé sur la question de la révision constitutionnelle. Le climat ne serait-il pas plus apaisé si le président Alpha Condé clarifiait sa position à ce sujet ? 

Rachid Ndiaye : Auprès de qui voulez-vous qu’il clarifie sa position ? Dans une démocratie, on ne peut pas imposer à un chef d’État de donner une réponse aux préoccupations de quelques personnes, surtout quand celles-ci ne concernent pas toute la nation. Il n’a de comptes à rendre à personne. Il a été démocratiquement élu pour un quinquennat renouvelable une fois, il est à la fin de son deuxième mandat, c’est à lui de juger le moment opportun pour exprimer ses intentions.

J’aimerais rappeler que la question fondamentale, celle qui devrait préoccuper la classe politique et les citoyens guinéens aujourd’hui, est l’élection législative. L’élection est un baromètre. C’est au peuple d’en donner la couleur. Il est temps qu’il s’exprime et sanctionne le bilan de ses députés. C’est aussi cela le jeu démocratique.

Quant au président, il poursuit la tâche qui lui incombe en s’attelant à construire le pays et à conduire des projets pour améliorer les conditions de vie des Guinéens.

Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont provoqué des pertes en vies humaines. L’opposition et des ONG pointent la responsabilité de la police et de la gendarmerie mais également, celle du gouvernement et du président. Qu’y répondez vous ? 

Les personnes qui conduisent les manifestations sont libres de s’exprimer, c’est le jeu démocratique. En revanche, les règles doivent être respectées des deux côtés. Les mobilisations doivent être au préalable déclarées dans les communes respectives et, pour des raisons de sécurité relatives au maintien de l’ordre public et à la sécurisation des personnes et des biens, cette demande peut essuyer un refus, ou suivre un itinéraire imposé par les autorités.

On constate qu’à chaque fois qu’il y a eu manquement aux règles, les manifestations se sont soldées par des violences. À ce propos, notre arsenal législatif comporte une loi anticasseurs – votée sous Lansana Conté – qui stipule que ceux qui organisent les marches sont responsables de toutes les violences qui résultent de ces manifestations. Quant au président, il continue de gérer le pays avec sérénité et assume ses responsabilités.

Le mini-remaniement récent a-t-il été décidé suite à ces violences ? 

Ce remaniement était purement technique. Il n’y a de sanction nulle part. Le président de la République a sans doute considéré qu’Albert Damantang Camara, désormais ministre de la Sécurité et de la protection civile, et le colonel Rémy Lamah, à la Santé, sont des hommes-clés à ces postes pour atteindre les objectifs que le gouvernement s’est fixé.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a proposé la date du 16 février 2020 pour les législatives, avalisée par le président, qui a convoqué le corps électoral. Comprenez-vous les inquiétudes de l’opposition, qui trouve le délai trop court pour organiser l’élection dans de bonnes conditions ?

Les critiques de l’opposition sont purement politiques puisque cette date a été proposée à l’unanimité par la Ceni, qui a réévalué son chronogramme. D’un point de vue technique, nous sommes prêts. Les 4 000 kits – composés de tablettes dans les bureaux de vote, permettant la prise d’empreintes des électeurs pour éviter les doublons – sont désormais en possession de la Ceni et commencent à être déployés à travers l’ensemble du territoire.

Il faut que l’opposition comprenne que l’organisation des élections ne relève pas du gouvernement, mais bien d’une commission électorale composée de 17 membres sur une base paritaire.  Toutes les prérogatives étant réunies, c’est tout naturellement que le président de la République a convoqué le corps électoral, dans le délai qui lui est imparti, à savoir 70 jours avant le début de la campagne.

Le président Alpha Condé considérait-il que la date du 28 décembre, qui avait été initialement fixée pour l’élection, n’était pas tenable ?

Je tiens à rappeler que le président ne fixe pas le chronogramme, mais qu’il le valide. De facto, il ne signe le décret validant le chronogramme que s’il considère que les conditions sont remplies. Il n’a rien signé concernant la date du 28 décembre.

Et puis, il faut cesser les polémiques. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a proposé une date, le président l’a validé. La suite, ce sont les élections.

Le fichier électoral guinéen comporte beaucoup d’anomalies, des doublons… Quels sont les leviers à disposition de la Ceni pour l’assainir ?

La Ceni va lancer une révision exceptionnelle d’un mois à compter du 21 novembre. Cela va permettre d’enrayer les doublons, et de supprimer les citoyens qui sont inscrits à tort sur le fichier électoral.

Cette modification ne va toutefois pas nécessiter le recensement des six millions d’électeurs, puisque ce dernier a lieu tous les ans. La tâche va donc être moins ardue que ce que l’on imagine.

Qu’en sera-t-il pour le recensement des Guinéens de la diaspora ?

Ils ne sont pas immédiatement touchés, puisqu’ils ne peuvent pas voter aux élections locales. Le gouvernement et les autorités compétentes – ambassades et consulats – sont néanmoins en train de tout mettre en œuvre pour procéder à leur recensement, afin qu’ils puissent participer à la grande échéance électorale de décembre 2020.

L’hypothèse de coupler les législatives au référendum sur la révision constitutionnelle est-elle plausible ?

Aujourd’hui, il n’est pas question de référendum. Le président de la République avait tout simplement déclaré qu’un débat lié à la Constitution existe dans le pays et qu’il allait écouter le peuple. Par conséquent, il a instruit son Premier ministre de mener des consultations.

Cependant, on ne peut pas lui imposer d’y apporter une réponse et une date fixe. Au moment opportun, les réponses indispensables viendront. Pour l’heure, on doit tout mettre en œuvre pour mener à bien les législatives.

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