Politique

Madagascar : les mystères de l’influence russe sur la présidentielle

Les bulletins de vote sont comptés à la fin d'une journée de vote à Antananarivo, Madagascar, mercredi 7 novembre 2018.

Les bulletins de vote sont comptés à la fin d'une journée de vote à Antananarivo, Madagascar, mercredi 7 novembre 2018. © Kabir Dhanji/AP/SIPA

Vladimir Poutine a-t-il tenté d’influencer la présidentielle à Madagascar ? Le New York Times l’affirme, documents et témoignages à l’appui. Il semble cependant que cette ingérence russe n’a pas eu l’impact escompté.

Dans un article en date du 12 novembre, le New York Times (NYT) publie des révélations sur le rôle joué par la Russie lors de la dernière élection présidentielle à Madagascar, en novembre et décembre 2018. Le journal rapporte avec précision commen Moscou aurait tenté d’influer sur le processus électoral, soutenant d’abord la campagne du président sortant, Hery Rajaonarimampianina, avant de tenter un repositionnement en faveur de son successeur, Andry Rajoelina.

Selon le journal américain, cette opération d’ingérence aurait été décidée lors d’une rencontre à Moscou entre le président Vladimir Poutine et son homologue malgache d’alors, le président Hery Rajaonarimampianina, plusieurs mois avant les élections. Yevgeny Prigozhin, un homme d’affaires proche de Vladimir Poutine, assistait aussi à la réunion. Inculpé aux États-Unis pour des soupçons d’ingérence et de manipulations lors la campagne présidentielle américaine de 2016, contre Hilary Clinton et en faveur de Donald Trump, ce dernier se serait fixé, selon le NYT, une mission claire à Madagascar : faire gagner le président sortant.

« Projet confidentiel »

Parmi les éléments compromettants, l’existence d’une lettre rédigée par Hery Rajaonarimampianina, adressée à un intermédiaire russe nommé Oleg Vasilyevich Zakhariyash. Dans cette lettre intitulée « Projet confidentiel », le président malgache aurait demandé à la Russie de l’aider « à résister aux tentatives des institutions internationales de s’immiscer » dans les élections à Madagascar. L’Union européenne, qui a dépêchée une mission électorale pour observer les élections malgaches, était sans doute visée.

L’enquête du New York Times rapporte que les Russes ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux et incité des candidats de faible envergure à se présenter pour diviser l’opposition. Dès le mois d’août 2018, Prigozhin et ses proches auraient financé et organisé un forum rassemblant les petits candidats au Carlton d’Antananarivo sur le thème « Madagascar et les pays d’Afrique : l’image du futur », où il était notamment question de « l’héritage colonial de Madagascar ».

Présent au forum, le chef de la secte Apokalipsy, le Pasteur Mailhol, a reconnu avoir été approché ouvertement par des Russes. « Si vous avez besoin d’argent, nous allons payer toutes les dépenses », lui ont-ils dit. Le Pasteur Mailhol, le « meilleur » des petits candidats soutenus par les Russes, n’obtiendra qu’1,27% des suffrages, n’impactant donc que très peu le score de l’opposition au premier tour.

D’autres candidats à la présidence ont raconté, toujours selon le New York Times, que des Russes se sont présentés à eux avec de l’argent liquide. Onja Rasamimanana, proche collaboratrice du candidat Jean Omer Beriziky, lui aussi présent au forum du Carlton, a ainsi déclaré que les émissaires Russes avaient offert deux millions de dollars pour financer leur campagne, mais qu’ils avaient finalement fourni moins du quart de cette somme.

Peu d’impact

Dans un courrier cité par le NYT, l’un des responsables de l’opération à Madagascar, Yaroslav Ignatovsky, a admis en pleine campagne électorale que les chances de Hery Rajaonarimampianina étaient finalement très faibles, malgré tous les efforts déployés. Il suggère alors d’abandonner le soutien à celui-ci et de contacter le candidat favori des sondages, Andry Rajoelina, qui assure avoir décliné leur aide.

Durant la campagne électorale, le camp Rajoelina a régulièrement pointé du doigt l’ingérence russe, à coup de communiqués dénonçant les risques de fraudes et de corruption, craignant qu’elles puissent influencer le vote. Au final, l’ingérence russe a eu peu d’impact, entre l’échec à redresser la popularité du président sortant et le refus de celui qui allait être élu de se faire « aider ».

Facebook a annoncé, le 30 octobre, avoir démantelé une opération d’envergure de désinformation russe à destination de plusieurs pays africains, dont Madagascar. Vladimir Poutine, lui, a toujours contesté avoir tenté d’influer sur des processus électoraux sur le continent. Quant à l’ancien président « Héry », s’il reconnait avoir participé à la réunion avec Poutine et Prigozhin, il réfute en revanche que la présidentielle, et donc a fortiori le soutien russe en sa faveur, ait été abordée.

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