Football

RDC-Football : la mystérieuse fuite de Meschak Elia, joueur prometteur du TP Mazembe

Meschak Elia, aux côtés de Moïse Katumbi, président du TP Mazembe, en juillet 2019 à Lubumbashi.

Meschak Elia, aux côtés de Moïse Katumbi, président du TP Mazembe, en juillet 2019 à Lubumbashi. © DR / TP Mazembe

L’attaquant de la RDC Meschak Elia, qui évoluait au TP Mazembe, devait être « prêté » au club belge RSC Anderlecht. Mais l’opération ne s’est jamais concrétisée, et le joueur, actuellement en Suisse, est en conflit avec son ancien club, qui a porté plainte contre lui.

Meschak Elia et Moïse Katumbi, tout sourire, côte à côte. Nous sommes en juillet, et l’ambiance est à la fête. Le premier, joueur prodige du Tout Puissant Mazembe, s’apprête à quitter son club pour rejoindre le RSC Anderlecht, en Belgique. « Tu vas à Bruxelles défendre les couleurs du TPM. Nous souhaitons que tu sois un jour une référence dans le football congolais, comme le pays en a eu dans le passé. Sois discipliné comme tu l’as été au TPM, ce sera notre fierté », lui lance alors le président du club.

Et le joueur de rendre de son côté un hommage appuyé à l’homme d’affaires et opposant congolais. « Sans vos orientations, vos conseils et surtout le fait de me considérer comme votre fils, je ne serais jamais arrivé à ce niveau », assure-t-il. Meschak Elia dédicace alors à celui que l’on surnomme le « Chairman » un maillot de l’équipe nationale de la RDC floqué de son nom et du numéro 13.

Un essai plutôt qu’un contrat

Quatre mois plus tard, rien ne va plus. Fin octobre, le TP Mazembe a même porté plainte contre son joueur si prometteur. Meschak Elia, lui, n’a finalement pas signé son contrat avec Anderlecht, et s’est même réfugié en Suisse. Retour sur cette affaire complexe, qui sera probablement tranchée par la FIFA dans les mois ou les semaines à venir.

En juillet dernier, le joueur de 23 ans, officiellement sous contrat avec le TP Mazembe, s’est effectivement présenté aux portes de ce qu’il pensait être son nouveau club, au sud de Bruxelles.

Anderlecht n’avait pas foncièrement besoin de lui, ni d’Arsène Zola

Mais son contrat, un prêt avec option d’achat était envisagé pour ce joueur dont la valeur est estimée à 700 000 €, n’a finalement jamais été signé. À son arrivée, alors qu’il pensait ne plus avoir qu’à se plier à quelques formalités, « on lui a demandé de faire un essai », rapporte un proche du club anderlechtois, qui a requis l’anonymat.

« Anderlecht n’avait pas foncièrement besoin de lui, ni d’Arsène Zola, qui l’avait accompagné pour, éventuellement, signer. Au niveau de l’effectif, le club est paré. Mais l’essai s’est révélé positif », poursuit cette même source. « Pourtant, Elia, qui sentait bien que quelque chose n’allait pas, qu’on ne comptait pas sur lui, a un peu été vexé de devoir faire ces essais pendant presque un mois ».

Une « disparition » qui fait couler beaucoup d’encre

Des supporters du TP Mazembe lors d’un match contre le Lubumbashi Sport, au stade Mazembe, le 4 mars 2015.

Des supporters du TP Mazembe lors d’un match contre le Lubumbashi Sport, au stade Mazembe, le 4 mars 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Fin août, la presse belge annonce que le joueur a quitté le pays sans prévenir la direction de son club. La « disparition » du footballeur agite les réseaux sociaux et fait couler beaucoup d’encre en RDC. Plusieurs médias congolais ont ainsi affirmé que l’attaquant, dont la valeur est estimée à 700 000 €, avait été « kidnappé » par Nicolas Onissé, son ancien agent français, qui l’aurait encouragé à s’exiler en Suisse. Elia a formellement démenti ces affirmations, tandis qu’Onissé, contacté par Jeune Afrique, n’a pas souhaité s’exprimer, se bornant à confirmer les déclarations du joueur.

Sur les réseaux sociaux, Elia se justifie en assurant qu’il n’est pas obligé de signer dans le club belge, et affirme même avoir subit des pressions pour s’engager avec le RSC Anderlecht. Après avoir passé quelques jours en France, où résident des membres de sa famille, le joueur se rend en Suisse, début septembre.

Le TP Mazembe a officiellement déposé une plainte contre Elia auprès de la Fédération congolaise de football (FECOFA).  « La plainte a bien été enregistrée. Elia est en fuite depuis le jour où il devait signer à Anderlecht. On sait qu’il est en Suisse, et qu’il a demandé l’asile politique à ce pays », a assuré Frédéric Kitengie, le directeur sportif du TP Mazembe. Selon nos informations, d’autres plaintes, dont une au pénal, ont été déposées par le club congolais.

Sur la question de la demande d’asile, Me Michel Zen Ruffinen, l’avocat du joueur – qui est aussi ex-secrétaire général de la FIFA de 1998 à 2002 – dément. « Il a demandé à ce que son visa, qui avait expiré, soit prolongé, ce que les autorités suisses ont accepté », explique l’avocat.

« Il affirme avoir été menacé parce qu’il n’a pas signé avec Anderlecht. Et comme il ne peut pas retourner dans son pays, où il estime que sa sécurité n’est pas garantie, il a demandé à rester en Suisse. Pour ce qui est de la demande d’asile politique, le sujet est sensible. Difficile de savoir si la demande a été faite ou non », explique à JA une source proche du dossier. Son avocat évoque notamment « des menaces téléphoniques inacceptables » et assure que « sa famille en RDC a également été visée par des menaces et des pressions ».

Dans l’attente du verdict de la FIFA

Des fans du TP Mazembe.

Des fans du TP Mazembe. © GWENN DUBOURTHOUMIEU POUR J.A.

L’international congolais, élu meilleur joueur du Championnat d’Afrique des nations 2016, qu’il avait remporté avec les Léopards, est donc aujourd’hui chômeur, et s’entraîne seul avec un préparateur physique. Présent en Égypte avec la RDC lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, Elia dispose de plusieurs contacts avec des clubs européens, dont les Young Boys Berne, en Suisse.

Il lui faudra cependant attendre le verdict de la FIFA pour pouvoir s’engager quelque part. « Dans un cas comme celui-ci, la FIFA peut déclarer qu’il est libre de faire ce qu’il souhaite, ou qu’il doit payer une indemnité de transfert au TP Mazembe », explique un agent qui a requis l’anonymat.

Du côté du TP Mazembe, certains ont une explication toute trouvée à cette situation ubuesque. « On peut supposer qu’il est influencé. Pourquoi, par exemple, le club suisse des Young Boys Berne, qui est intéressé, n’a pas pris le risque de le faire signer au mois d’août, quand le transfert à Anderlecht a capoté ? », fait mine de s’interroger une source proche du club. « D’ailleurs, quand il est venu en Belgique, Elia était accompagné d’Arsène Zola, son coéquipier à Mazembe, lequel n’a pas signé à Anderlecht, et est retourné à Lubumbashi. Et il n’y a pas eu le moindre souci avec les dirigeants de son club », insiste encore notre source.

En attendant que la FIFA tranche, le joueur, qui n’a plus joué le moindre match officiel depuis plus de deux mois et demi, ronge son frein.

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