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En Libye, l’Europe mise sur l’entreprise comme rempart à la guerre

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Mis à jour le 19 novembre 2019 à 17h02
Vue de Tripoli, en Libye, en 2015 (photo d'illustration).

Vue de Tripoli, en Libye, en 2015 (photo d'illustration). © Mohamed Ben Khalifa/AP/SIPA

L’Union européenne, la France et le Royaume-Uni multiplient les projets envers les jeunes entrepreneurs libyens. Pour les éloigner des milices, préparer l’après-guerre et se positionner auprès des futurs décideurs comme alliés stratégiques.

Mercredi 13 novembre, une académie de coding était inaugurée à Janzour, ville mitoyenne de Tripoli ; la semaine suivante, le premier site d’incubateur-accélérateur-fab lab, STREAM, ouvrait à Tripoli ; le 21 novembre, la première agence de microfinance doit démarrer son activité à Tripoli – après Benghazi, capitale de la région Est de la Libye, au début novembre.

Trois programmes, plus de 4 millions d’euros d’investissement et trois financeurs : la France et l’Union européenne pour le premier, le Royaume-Uni pour les deux autres. Un objectif : développer l’attrait du secteur privé dans un pays à la culture étatique héritée des années Kadhafi.

En Libye, et non dans des hôtels de luxe à l’étranger

« Nous voulons détourner les jeunes des milices. Nos bénéficiaires ont la vingtaine, depuis leurs dix ans, ils n’ont connu que la guerre ou presque. Il s’agit aussi de faire entrer l’économie libyenne dans le XXIe siècle en introduisant des nouveaux modes de formation et d’investissement », explique Alexandre Chatillon-Mounier, directeur du programme Expertise France en Libye qui pilote l’ensemble de ces projets. Ces bailleurs espèrent bien aussi, au moment de la pacification du pays, tirer avantage de ces actions en ayant l’oreille et la sympathie de ces futurs décideurs formés par leurs soins.

Si la somme investie est faible – 150 000 euros pour l’académie, deux millions d’euros pour STREAM et deux millions d’euros pour l’établissement de microfinance -, l’originalité est que ces programmes se déroulent en Libye, là où les nombreuses formations à destination des Libyens ont lieux majoritairement dans des hôtels de luxe à l’étranger, notamment à Tunis, du fait de la situation sécuritaire. Ils incluent donc aussi des acteurs libyens chargés de pérenniser les actions.

300 personnes entrepreneurs formés à la réalisation de sites web

L’académie de coding se fait en partenariat avec la mairie de Janzour, dans le cadre de la loi de décentralisation qui comprend un volet économie locale. Dans les six prochains mois, la structure doit former 300 personnes à la réalisation de sites web pour développer leurs entreprises à travers trois cursus : une formation à temps plein pour une période de trois mois, des cours réservés aux femmes afin de les rendre plus indépendantes économiquement et des initiations à destination des lycéens des alentours.

Le projet table, dans le futur, sur quatre autres ouvertures à Tripoli, Misrata, Benghazi et Sebha (capitale de la région sud) constituant un réseau d’écoles municipales de coding.

Le premier incubateur de start-up en Libye

Les 1 000 m² de STREAM servent de rampe de lancement à 37 start-up, 30 en incubation et 7 en phase d’accélération. Elles profiteront, outre des infrastructures dont une fab lab certifiée par l’université américaine du MIT, de 20 000 euros : 10 000 euros en fonds et 10 000 euros sous forme de services (conseils financiers, marketing, inscription dans des salons internationaux, etc.).

Les locaux accueilleront aussi des bureaux du ministère de l’Économie et de banques pour faciliter l’enregistrement et le financement des jeunes pousses.

Adaptation à la finance islamique

Depuis 2015 dans l’Ouest libyen et à partir de 2020 dans l’Est, seule la finance islamique est ou sera autorisée, rendant illégale les prêts bancaires traditionnels. Expertise France en collaboration avec la banque libyenne Assaray Trade and Investment bank (Atib) a donc décidé de mettre en place Namaa Tamweel, la première agence de microcrédits qui doit, dans les deux prochaines années, soutenir 5 000 sociétés via des contrats « mourabaha » (l’agence achète le produit demandé par le client et le lui revend après avoir appliqué une commission fixe) ou « ijara » (crédit-bail) d’un montant compris entre 5 000 et 25 000 dinars (entre 3 225 et 16 127 euros, au taux de change officiel).

Des techniques de financement controversées du fait de l’importante commission exigée, assimilée à de l’usure déguisée par ses détracteurs. Le taux maximal sera de 18 %, assure Alexandre Chatillon-Mounier, qui explique qu’au vu de la législation, la microfinance islamique était « la seule solution possible » pour aider les entrepreneurs à mettre le pied à l’étrier.

Une plateforme en ligne pour toucher l’ensemble du territoire

Une agence devrait voir le jour à Sebha en 2020 ainsi qu’une plateforme en ligne pour toucher l’ensemble du territoire malgré les divisions du pays. Les employés de l’Atib ont été formés par le groupe Zitouna, leader de la finance islamique tunisienne.

Autant de projets dont les résultats sont attendus sur le long terme, si la situation politique et sécuritaire le permet. Les locaux de STREAM sont situés à proximité de l’aéroport de Tripoli, sont régulièrement pris pour cible par des bombardements, alors que Janzour est aux mains d’une milice, les Chevaliers de Janzour, aux alliances très fluctuantes. Le protocole de sécurité d’Expertise France a d’ailleurs été renforcé, au cas où…

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