Politique

RDC : comment les pro-Kabila préparent l’opinion au retour de l’ancien président

Joseph Kabila, lors de l'investiture deFélix Tshisekedi, le 24 janvier 2019.

Joseph Kabila, lors de l'investiture deFélix Tshisekedi, le 24 janvier 2019. © Jerome Delay/AP/SIPA

Le débat lancé fin octobre par le Front commun pour le Congo (FCC) sur l’éligibilité de Joseph Kabila et, plus profondément, sur une éventuelle réforme constitutionnelle a un objectif : « préparer l’opinion » et jauger la manière dont elle perçoit un éventuel retour aux affaires de l’ancien président congolais.

La stratégie déployée depuis quelques jours par les caciques de la coalition qui s’est choisie pour « autorité morale » l’ancien président Joseph Kabila, agite la scène politique congolaise. Et c’est évidemment à dessein.

Le 22 octobre dernier, c’est Emmanuel Ramazani Shadary, candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, qui a sonné l’heure prochaine du retour de l’ancien président dans l’arène, en tant que leader du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Et, à quatre ans de l’échéance, l’ancien dauphin de Kabila de fixer pour horizon à son parti « une victoire sans appel à la prochaine élection présidentielle ».

Une semaine plus tard, c’était au tour de Néhémie Mwilanya, le coordonnateur du Front commun pour le Congo, d’enfoncer encore un peu plus le clou : « Ce qui est sûr, c’est qu’aucun obstacle constitutionnel ou institutionnel voire politique n’empêcherait le retour de l’ancien président Kabila et surtout ne pourrait empêcher qu’il soit candidat à la présidentielle », a-t-il déclaré, dans un court texte relayé par le FCC sur ses réseaux sociaux.

Vers une révision constitutionnelle ?

Des pavés jetés dans la marre politique congolaise qui ont atteint leur objectif : occuper le terrain médiatique, rythmer le débat, et y replacer Joseph Kabila au centre. « Il s’agit pour les cadres du FCC, et en particulier pour le carré des proches de Joseph Kabila, de préparer l’opinion publique à une future révision constitutionnelle, qui devrait toucher des questions sensibles », expose à Jeune Afrique l’un des membres éminent du PPRD, sous couvert d’anonymat.

Il s’agit de savoir à quelle élection se présentera Kabila

Une autre source au sein de la coalition pro-Kabila se veut encore plus explicite sur la stratégie déployée. « C’est un ballon d’essai, un sondage, pour voir quelle est la réceptivité de la population en ce qui concerne Joseph Kabila », glisse notre source, qui souligne que ces déclarations ont aussi pour but « d’orienter la prochaine révision constitutionnelle ».

Parmi les questions que se pose l’état-major politique du FCC : « Faut-il s’orienter vers une élection présidentielle à deux tours ? Rester sur un scrutin à suffrage direct ou passer à un scrutin à suffrage indirect ? ». En clair, glisse ce cadre du FCC, « il s’agit de savoir à quelle élection se présentera Kabila ».

Majoritaire au Parlement, le FCC a les coudées franches pour mener une éventuelle révision constitutionnelle. Et celle-ci promet de « bousculer l’ordre institutionnel actuel », si elle répond aux desiderata actuels des caciques du FCC.

Ce lundi, c’était au tour du professeur Nyabirungu Mwene Songa de tenir un point presse sur le sujet, pour affirmer que rien n’empêche, en droit, l’ancien président de la République de se présenter pour un nouveau mandat. La veille, le professeur avait été reçu, avec son équipe, par le secrétaire permanent du PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary. Et les équipes de communication du parti de Joseph Kabila n’ont pas manqué, par la suite, de relayer le plus largement possible les avis de l’éminent professeur.

Les partisans de Tshisekedi « vigilants »

De quoi expliquer, aussi, les raisons profondes du coup de colère de Jean Marc Kabund, président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, de Félix Tshisekedi). Dimanche, il a annoncé l’arrêt de « toutes discussions » entre le FCC et Cach, la Coalition pour le changement, qui a porté la candidature de Félix Tshisekedi à la présidence et partage aujourd’hui le pouvoir avec un FCC majoritaire dans toutes les instances parlementaires.

Si c’est une affiche de Félix Tshisekedi brûlée à Kolwezi qui a mis le feu aux poudres, Jean Marc Kabund, qui est aussi vice-président de l’Assemblée nationale, n’a pas mâché ses mots vis-à-vis de ces « alliés » politiques pro-Kabila. « Faites attention. Il faut demeurer vigilant et prudent, ils [le FCC] veulent nous distraire alors qu’ils sont en train de préparer de choses contre Fatshi [Félix Tshisekedi] ».

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