Diplomatie

Forum de Paris sur la Paix : Félix Tshisekedi en quête de soutiens pour lutter contre l’insécurité dans l’Est

Ian Langsdon/AP/SIPA

Ian Langsdon/AP/SIPA © French President Emmanuel Macron, attends a meeting with Congolese President Felix Tshisekedi as part of the Paris Peace Forum at the Elysee Palace, in Paris, Tuesday Nov. 12 2019.

Après une première visite européenne à Bruxelles en septembre, Félix Tshisekedi, invité d’honneur du Forum de Paris sur la Paix, poursuit en France son opération reconquête diplomatique après les critiques suscitées par son élection. Parmi les axes évoqués : la coopération contre les groupes armés dans l’Est du pays.

Malgré un important retard dû à des soucis d’organisation au Forum de Paris sur la paix, Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi ont pu s’entretenir comme prévu en tête-à-tête, ce mardi après-midi à l’Élysée. Au menu des discussions figurait notamment les questions de santé et d’éducation. Les deux présidents ont aussi abordé un sujet crucial pour Félix Tshisekedi, celui de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

« Agenda commun »

À la sortie de l’échange, Emmanuel Macron a ainsi insisté sur l’importance « d’une coopération en matière de renseignement et de la coopération militaire à l’Est » et évoqué la possibilité d’une « opération diplomatique pour sanctionner les leaders [des groupes armés dans l’Est de la RDC] dans le cadre des Nations unies. »

Invité en début de journée à s’exprimer en ouverture du Forum de Paris sur la Paix, aux côtés d’Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, présidente-élue de la Commission européenne et du vice-président chinois Wang Qishan, le président congolais a insisté sur la situation sécuritaire en cours en RDC, estimant que son pays avait « payé le prix fort de l’insécurité. »

Affirmant qu’il était possible d’avoir un « agenda commun » sur les questions de paix, Tshisekedi a ainsi plaidé pour « une véritable coalition mondiale pour le rétablissement de la paix ». Un discours qui fait échos aux discussions en cours avec les voisins rwandais, ougandais, burundais et tanzaniens pour la mise en place d’une coalition régionale contre les groupes armés à l’Est de la RDC.

Ce projet, dont les contours restent flous, est aujourd’hui compromis par les tensions diplomatiques entre l’Ouganda et le Rwanda. Avant son passage à Paris le président congolais a d’ailleurs fait escale à Entebbe pour s’entretenir avec son homologue ougandais Yoweri Museveni. Félix Tshisekedi a, sur le sujet, obtenu le soutien de Paris, puisque Emmanuel Macron a aussi expliqué, à l’issue de leur bilatérale, qu’il « souhaitait que tous les pays de la région puissent être engagés » aux côtés de la RDC dans la lutte contre les groupes armés.

Retour en grâce

Pour Félix Tshisekedi ce nouveau déplacement en Europe confirme le retour en grâce de la RDC auprès des partenaires européens, après des relations glaciales dans les dernières années de l’ère Joseph Kabila. Le président congolais s’est entretenu en tête-à-tête avec Emmanuel Macron à l’Élysée mardi et se rendra jeudi matin en Allemagne où il s’entretiendra avec la chancelière Angela Merkel.

Après la Belgique, pays qui avait adopté une attitude très critique vis-à-vis de son élection, Félix Tshisekedi poursuit donc son opération reconquête diplomatique en France, où à peine quelques heures après l’annonce des résultats, Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, avait estimé que ceux-ci n’était « pas conformes à ce qui avait pu être constaté », qualifiant sa victoire de « compromis à l’africaine ».

Dans l’entourage du président congolais, on explique aujourd’hui que l’épisode est « derrière eux ». Le deux président avaient déjà eu l’occasion d’échanger à Nairobi en mars dernier à l’occasion du One Planet Summit.

Opération séduction pour « Fatshi Béton »

Arrivé dimanche en début de soirée, Félix Tshisekedi a rencontre la diaspora congolaise, lundi. Comme il l’avait fait à Bruxelles deux mois plus tôt, le président congolais a appelé ses ressortissants à rentrer au pays pour contribuer au « redressement du pays ».

Accueilli par une foule chauffée à blanc, massée dans la salle Doc Pullman d’Aubervilliers, au nord de Paris, « Fatshi Béton » (le surnom que lui donnent ses partisans, en référence aux différents travaux amorcés) en a profité pour défendre son bilan après huit mois au pouvoir.

Il a notamment rappelé son programme des 100 jours qui a marqué le lancement de plusieurs projets d’infrastructures à travers le pays. Il a également annoncé la signature prochaine d’un accord de construction du port en eaux profondes de Banana, sur la façade atlantique, alors que le projet de pont entre Kinshasa et Brazzaville – toujours en discussion – pourrait trouver une issue favorable dans les prochains jours.

Autre chantier sur lequel Tshisekedi a tenu a rassuré ses compatriotes, celui de la gratuité de l’enseignement pour lequel il a reconnu « les maigres moyens » dont il dispose tout en maintenant le cap. Emmanuel Macron a annoncé mardi une aide de 15 millions d’euros pour soutenir le projet de gratuité de l’enseignement porté par Félix Tshisekedi, notamment dans le domaine de la formation des enseignants. Cette aide fera partie d’une enveloppe de 65 millions d’euros prévue dans le cadre d’un contrat de développement et de désendettement du pays.

Tensions FCC-Cach

Alors qu’à l’extérieur de l’enceinte, plusieurs manifestants contenus par les forces de l’ordre, étaient venus dénoncer la coalition formée avec Joseph Kabila, le président congolais a défendu l’alliance que le Cap pour le Changement forme avec le Front Commun pour le Congo de son prédécesseur.

« Pas de tricherie », « pas de trahison », a-t-il assuré au sujet de la mise en place de cette coalition alors que les tensions se multiplient entre les partisans des deux camps. À la différence de ses précédentes visites, Félix Tshisekedi a en revanche évité les déclarations polémiques sur son allié Joseph Kabila.

À Washington il avait notamment affirmé être la pour « déboulonner le système dictatorial qui était en place », ce qui avait entraîné des tensions avec ses alliés du FCC.  La situation entre les deux camps restent pourtant tendue. Plusieurs vidéos ont circulé ce week-end montrant des effigies de Félix Tshisekedi brûlées à Kolwezi. Jean-Marc Kabund a annoncé la suspension des discussions avec le FCC.

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