Agroalimentaire

Exclusion du Cameroun de l’Agoa : quels seront les secteurs touchés ?

Séchage du café dans le centre du Cameroun, en 2016

Séchage du café dans le centre du Cameroun, en 2016 © Creative Commons / Flickr / Eric Robert

La décision de Donald Trump d’exclure le Cameroun de l’Agoa portera principalement préjudice au secteur agroalimentaire. Les investissements étrangers risquent également d’en pâtir.

« Cette décision nous a pris de court », regrette Ephrem Tchakounte. Le patron de l’Union Trading International (UTI) qui exportait, il y a quelque temps encore, du café camerounais aux États-Unis, profitant ainsi de la loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique (Agoa), est d’autant plus surpris que la Chambre de commerce américaine au Cameroun organisait encore en septembre un séminaire à Douala sur les exigences de ce marché. Il fut notamment question de ce mécanisme d’accès.

Le 1er novembre, le président américain Donald Trump a décidé de mettre fin, à compter du 1er janvier, aux avantages que tire le Cameroun de cette loi à cause de ses atteintes présumées aux droits de l’homme. Et Ephrem Tchakounté n’est pas le seul Camerounais surpris par la mesure.

Pourtant, Washington avait notifié son intention à Yaoundé en mars, espérant obtenir une réponse aux griefs soulevés par l’administration Trump. En hibernation depuis quatre ans, le comité national Agoa, logé au premier ministère, n’a pas daigné se réunir pour examiner la question.

Inertie camerounaise face aux avertissements américains

Tout au plus, une réunion fut organisée au ministère du Commerce. « Nous avons été surpris de l’absence des représentants des ministères de la Justice [qui gère pourtant le dossier des droits de l’homme, ndlr] et de l’Administration territoriale », se désole un participant. Les Américains sont revenus à la charge en août, à Abidjan, lors du dix-huitième forum annuel de l’Agoa. Mais le gouvernement camerounais n’a pas davantage bougé.

« Il est pour le moment difficile d’évaluer l’impact de cette décision sur notre activité. Mais nous avons toujours été satisfaits des retombées que nous procure l’Agoa », confie Ousmanou Tata de la Hill Top Dynamic General Enterprises, un groupement d’intérêts communs regroupant près de 700 producteurs d’arabica dans la région anglophone du Nord-Ouest.

La majeure partie des 50 à 60 tonnes annuelles de café de grande qualité qu’ils produisent est absorbée par l’Africa Coffee Trading, qui siège à Atlanta, à un prix de 50 % supérieur à celui du marché. « Nous verrons avec notre partenaire comment supporter mutuellement les droits de douane qui vont s’appliquer à notre produit », envisage-t-il.

Peu d’effets attendus sur des exportations pétrolières déjà basses

Essentiellement constituées de pétrole, les exportations camerounaises dans le cadre de ce mécanisme se sont élevées à 1,6 milliard de dollars entre 2001 et 2018. Si elles ont culminé à 362,1 millions de dollars en 2008, elles sont depuis en chute et ont seulement totalisé 53 075 dollars en 2015. Elles ne représentaient que 2,3 millions de dollars l’année écoulée.

 

Cela traduit l’inexistence d’une stratégie nationale sur l’Agoa

Des résultats en demi-teinte qui s’expliquent : « Sur le plan commercial, nous n’avons pas su transformer cette opportunité en avantages réels comme l’ont fait les autres pays. Je note l’absence de réformes sur le plan politique et aucun appui opérationnel aux exportateurs pour un marché aussi exigeant. Cela traduit l’inexistence d’une stratégie nationale sur l’Agoa », analyse un expert.

Selon lui, la décision de Donald Trump n’impactera pas les ventes d’or noir aux États-Unis. « Ce produit va retomber dans le système de préférences généralisées (SPG) qui prévalait avant l’entrée en vigueur de l’Agoa », confie-t-il.

Outre la perte de compétitivité des produits agroalimentaires « Made in Cameroon », comme le café, le manioc, les fruits conditionnés par certaines PME et qui se retrouvaient déjà dans les supermarchés américains, le principal risque réside dans la perception de la destination Cameroun par les investisseurs étrangers.

À Yaoundé, on se console comme on peut. « La Côte d’Ivoire est passée par là il y a quelques années. Ce qui ne l’a pas empêchée de réintégrer l’Agoa », relativise un fonctionnaire, alors que Madagascar a connu un sort semblable en 2014.

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