Politique

Tunisie : le gouvernement insaisissable d’Ennahdha

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Mis à jour le 08 novembre 2019 à 15h00
Le chef du parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, s'adresse à des partisans réunis devant le siège du parti pour célébrer la victoire aux élections législatives.

Le chef du parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, s'adresse à des partisans réunis devant le siège du parti pour célébrer la victoire aux élections législatives. © Parti Ennahdha/Twitter

Premier parti de l’hémicycle à l’issue des élections législatives (52 sièges), dont les résultats définitifs ont été annoncés ce vendredi 8 novembre, Ennahdha parviendra-t-il à gouverner seul ? Entre alliances et désaccords, le parti d’inspiration islamiste se livre à un difficile jeu d’équilibriste.

L’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) a validé ce vendredi 8 novembre les résultats des élections législatives du 6 octobre, rendant définitive la composition de la nouvelle Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) qui pourrait siéger avant le 15 novembre. Comme prévu, les résultats font d’Ennahdha, avec 52 sièges sur 217, le premier parti de l’hémicycle. À ce titre, la formation qui revendique le label d’islamo-démocrate doit désigner un chef du gouvernement que devra approuver le président de la République qui lui confiera la composition du prochain exécutif.

La procédure constitutionnelle est simple mais devient complexe lorsque les résultats des législatives ne dégagent aucune majorité tranchée au Parlement. Depuis un mois, calculettes en main, les politiciens se perdent en conjectures et tentent d’imaginer les alliances possibles que pourrait nouer Ennahdha au Bardo pour atteindre le quota de 109 députés qui lui permettrait de gouverner. Une opération qui n’est pas qu’arithmétique, rendue d’autant plus difficile que la composition de l’ARP est non seulement morcelée mais aussi met en évidence des partis qui se sont étripés durant toute la campagne électorale. Difficile d’obtenir une majorité qui ne soit pas bancale ou, au moins, fragile.

Exercice périlleux

Une situation rendue encore plus délicate par la tendance dans l’opinion publique qui souhaite qu’Ennahdha soit confronté à ses responsabilités et prenne seul les commandes du pays afin d’en finir avec les alliances qui ont prévalu depuis le scrutin de 2011. Si cela reste techniquement possible, il sera difficile à Ennahdha, avec 52 députés, de gouverner seul. Sans compter que l’Assemblée peut ne pas avaliser le gouvernement et contraindre Ennahdha à revoir sa copie. Un exercice périlleux : si la seconde proposition est rejetée, le président de la République peut engager la dissolution de l’Assemblée et de nouvelles élections. Une manœuvre tentante pour les partis insatisfaits de leur score et qui espèrent faire mieux mais qui déboucherait sur une crise politique insoutenable pour le pays.

Le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, lui-même député dont on dit qu’il pourrait briguer le perchoir, le sait. Depuis plus d’un mois, il multiplie les négociations, adresse des émissaires aux uns et aux autres de partis, tente de fédérer mais fait face à des négociateurs retors. Si le Courant démocratique (22 élus) réclame les portefeuilles de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que celui de la réforme administrative, le mouvement Echaab (16 sièges) souhaite gérer l’Éducation. Les deux formations conditionnent également leur participation à un accord préalable sur un programme gouvernemental basé sur des priorités nationales.

Alliances

Après avoir écarté toute possibilité d’accord avec son ennemi le Parti destourien libre (PDL), Ennahdha ne souhaite pas afficher d’entente avec les extrémistes de la coalition El Karama pour préserver son image. Il reste alors Qalb Tounes, avec ses 38 sièges, et Tahya Tounes, qui aligne 14 députés. Avec quelques indépendants, Ennahdha pourrait compter sur un peu plus de 109 élus mais son ambition est d’obtenir un soutien plus large.

Qalb Tounes ne participera qu’à un gouvernement de compétences, dirigé par une personnalité indépendante et consensuelle

Mais il faudrait encore que les partis acceptent le principe de cette alliance, surtout qu’ils avaient assuré à maintes reprises, en campagne électorale, qu’ils ne formeraient aucune coalition avec le parti de Montplaisir. Par décision de son bureau politique, Tahya Tounes a annoncé ne pas être concerné par une participation au prochain gouvernement mais propose de former un gouvernement d’intérêt national ouvert à toute la classe politique. Qalb Tounes se démarque lui aussi et indique qu’il ne participera qu’à un gouvernement de compétences, dirigé par une personnalité indépendante, consensuelle et dotée d’une expertise en économie et suggère dans la foulée, que l’un des élus, le chef d’entreprise, Ridha Charfeddine, soit président de l’Assemblée.

Tractations autour du futur chef du gouvernement

À cette confusion s’ajoutent les désaccords autour de la désignation du chef du gouvernement. Certains dirigeants d’Ennahdha souhaitent que la charge revienne à l’un des leurs comme le chef du parti Rached Ghannouchi ou le ministre démissionnaire Zied Ladhari.

D’autres préfèrent une personnalité consensuelle et refusent qu’Ennahdha assure la présidence du gouvernement et celle de l’Assemblée. Depuis plusieurs semaines, différents noms ont été lancés comme des ballons d’essai, dont ceux de Ridha Ben Mosbah, ancien ministre et ambassadeur de Tunisie à Bruxelles, Fadhel Abdelkefi, ancien ministre des Finances et du Développement, ou l’actuel gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) Marouane Abbassi.

Ennahdha est dans l’impasse, le temps presse, les choix sont urgents. Les orientations données dans les jours qui viennent vont être décisives sur l’orientation adoptée par la Tunisie confrontée à une crise socio-économique sévère.

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