Pétrole & Gaz

À l’Africa Oil Week, les ministres de l’Énergie ne veulent pas se laisser imposer un agenda climatique

Lors de l'Africa Oil Week, au Cap, la question environnementale était de fait omniprésente

Lors de l'Africa Oil Week, au Cap, la question environnementale était de fait omniprésente © Africa Oil Week

Alors que les ONG et institutions internationales poussent les États africains à accélérer leur transition vers les énergies renouvelables, les gouvernements des pays producteurs d’hydrocarbures du continent ne sont pas prêts à abandonner un modèle auquel leurs économies restent très dépendantes.

Au Cap, la conférence Africa Oil Week bat son plein, rassemblant quelque 1 800 professionnels du pétrole et du gaz sur le continent, du 4 au 8 novembre.

À cette occasion, la vingtaine de ministres africains présents à la manifestation sud-africaine a fortement réaffirmé ne pas vouloir se passer de leurs hydrocarbures pour favoriser leur développement économique et répondre à leurs besoins énergétiques.

« Nous ne croyons pas que les différentes sources d’énergie – pétrole, gaz, charbon et renouvelables – soient exclusives les unes des autres, elles sont complémentaires ! », a expliqué Gwede Mantashe, bouillonnant ministre sud-africain des Ressources minérales, pour qui le secteur énergétique de son pays « ne peut évoluer que graduellement, en prenant en compte les questions environnementales, mais aussi et surtout le développement économique et la réduction des inégalités ».

L’urgence de l’électrification du continent

Le gouvernement de la nation arc-en-ciel, confronté à des pénuries électriques, n’est pas prêt à fermer ses centrales à charbon, dont il détient des réserves importantes, et compte sur ses réserves de gaz naturel, après la découverte par Total en février 2019 du gisement offshore de Brulppada, à quelque 180 km des côtes sud-africaines. Volontiers provocateur, le ministre sud-africain a plaisanté : « Si nous arrêtons trop vite le charbon, nous allons certes respirer de l’air pur, mais ce sera dans le noir complet sans électricité ! ».

Même son de cloche chez son confrère Gabriel Mbega Obiang Lima, ministre des Mines, de l’Industrie et de l’Énergie de Guinée équatoriale, et fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo : « Personne ne va nous imposer de ne pas utiliser nos ressources fossiles ! Nous devons protéger l’environnement, mais aussi créer des emplois pour la jeunesse. Les réserves d’hydrocarbures sont une bénédiction, nous n’allons pas nous excuser de les utiliser, notamment celles de gaz, qui peuvent nous permettre d’électrifier le continent », a-t-il estimé, souhaitant que les « pays africains cessent d’importer du gaz en provenance de Russie ou du Moyen-Orient, en privilégiant les producteurs gaziers majeurs du continent, tels que l’Algérie et la Guinée équatoriale ».

De son côté, Noël Mboumba, ministre gabonais du Pétrole, a rappelé l’importance pour son pays du secteur dont il a la charge, puisqu’il représente actuellement 60 % des revenus de l’État.

Extinction Rebellion taxe les participants de criminels climatiques

Ces déclarations des ministres sont intervenues alors que le début de l’Africa Oil Week a été légèrement perturbé par une quinzaine de militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion, qui ont déversé du faux pétrole dans le hall de la conférence et scandé des slogans stigmatisant les participants à la manifestation, qualifiés de « criminels climatiques ».

Des militants d'Extinction Rebellion souillant de mélasse, figurant le pétrole, le hall du lieu hébergeant la conférence Africa Oil Week

Des militants d'Extinction Rebellion souillant de mélasse, figurant le pétrole, le hall de la convention Africa Oil Week © XR

Pour autant, la question de la réduction de l’empreinte environnementale des industries pétrolières et gazières n’a pas été éludée pendant la conférence. Plusieurs opérateurs ont fait état des avancées technologiques en la matière pour diminuer les émissions de dioxyde de carbone.

Ils ont aussi mis en avant les projets basés sur le gaz, énergie fossile non renouvelable, mais présentée comme « verte », dont des réserves majeures ont été trouvées ces cinq dernières années, notamment au Mozambique, au Sénégal et en Mauritanie, dont les champs gaziers doivent entrer en production en 2022.

Pour les gouvernants africains de ces pays, la priorité est d’orienter ces projets davantage vers l’approvisionnement de leurs marchés domestiques, notamment pour l’électrification, alors que les géants pétroliers qui les mènent – notamment BP, ENI et Total – visent en priorité le marché international pour augmenter la rentabilité de ces projets.

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