Politique

Côte d’Ivoire : entre révélations et insinuations, Guillaume Soro de plus en plus offensif

Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne.

Guillaume Soro, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne. © Issam Zelji/TRUTHBIRD MEDIAS pour JA

Entre accusations, contre-attaques et insinuations, Guillaume Soro, ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne, multiplie les offensives, à moins d’un an de la présidentielle ivoirienne. Au risque, parfois, de flirter avec les dérapages.

Ce samedi 2 novembre, Guillaume Soro est à Milan, en Italie. Face à des centaines de partisans participant à son traditionnel « crush-party », il multiplie les attaques contre le président Alassane Ouattara, son ancien mentor, avec lequel il est en rupture depuis sa démission forcée de l’Assemblée nationale, en février 2019. Et comme à chacune de ses sorties, depuis quelques mois, il a réservé à ses supporteurs, ce qu’il présente comme une révélation de taille : cette fois, c’est la radiation de l’armée du commandant Abdoulaye Fofana, qui fut son aide de camp.

« Voilà quelqu’un qui, dans le combat pour qu’Alassane [Ouattara] soit président, on a tiré à bout portant », lance-t-il. « Ce n’est pas [Laurent] Gbagbo qui l’a radié, mais c’est celui pour qui il a pris une balle qui l’a radié », continue l’ancien président de l’Assemblée nationale. Dans les minutes qui suivent, l’annonce de la radiation fait le tour des réseaux sociaux, les commentaires désapprobateurs aussi.

C’est que Fofana est un fidèle parmi les fidèles de Soro. En 2002, alors soldat mécanicien, il était à ses côtés à Bouaké, où la rébellion des Forces nouvelles avait établi son quartier général. Il n’a, depuis, plus jamais quitté son patron. Devenu aide de camp, il a suivi Soro dans ses voyages à l’extérieur du pays.

En septembre, l’état-major des armées lui a intimé l’ordre de revenir à Abidjan, pour y rejoindre son unité à la Garde républicaine. En vain. La décision de radiation pour « désertion », prise par le général Lassina Doumbia, ne tarde pas à tomber, invoquant une ordonnance prise par Alassane Ouattara en novembre 2018.

« Révélations » et insinuations

Mais Soro, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle d’octobre 2020, ne s’arrête cependant pas à ces « révélations », qui lui permettent notamment d’occuper la scène médiatique, au point parfois de faire de l’ombre aux opérations de communications du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). L’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara multiplie aussi les insinuations jugées tendancieuses par ses adversaires.

Il a ainsi accusé certains cadres du Rassemblement des républicains (RDR, d’Alassane Ouattara) d’avoir considéré sa nomination comme Premier ministre « d’erreur stratégique » car, affirme Soro, ceux ci considéraient « qu’Alassane [Ouattara] avait été le leader incontesté du Nord. Parce qu’il avait été Premier ministre » et que, « si Guillaume Soro devient Premier ministre, il va effacer Alassane dans le Nord ».

« Ils ont commencé à dire que j’ai trahi Alassane. Tous ceux qui disaient ça ne rêvaient que de me voir tué. Et ça n’a pas manqué. J’ai été nommé en mars et trois mois après, on a tiré sur mon avion, on a voulu me tuer », a continué Guilaume Soro affirmant même : « Je sais qui a fait ça ». Et s’il n’en a pas dit d’avantage, il n’en a pas moins ainsi relancé les spéculations autour de l’attentat visant le Fokker 100, fin juin 2007 à Bouaké, dans lequel avaient péri plusieurs de ses collaborateurs.

Au risque du dérapage

Dans son offensive, Guillaume Soro pousse la provocation jusqu’aux limites du dérapage. Accusé de collusions avec des jihadistes du Sahel par le quotidien Le Patriote, un journal réputé pro-RHDP fondé par Hamed Bakayoko, le ministre de la Défense, il a une ligne de défense pour le moins surprenante. « Moi, je suis chrétien catholique. Si on doit chercher parmi les jihadistes, c’est parmi eux-mêmes ». Une allusion transparente à plusieurs hauts dirigeants du RHDP, musulmans et natifs du Nord du pays.

Et tandis qu’en Italie, Guillaume Soro multipliait les saillies, c’est de Paris qu’est venu, au même moment, la réponse du ministre Kobenan Kouassi Adjoumani, également porte-parole du RHDP. Devant un auditoire d’Ivoiriens de la diaspora, il a dénoncé une « opposition est totalement déboussolée qui pousse des cris de désespoir et tente de s’accrocher à des combats inutiles ». Et sur le rapprochement entre Guillaume Soro et Henri Konan Bédié, Kobenan Kouassi Adjoumani manie l’ironie.

« Dans un passé récent, le président de la Fesci [fédération étudiante] d’alors, Guillaume Soro, demandait aux étudiants de se dresser contre ce qu’il appelait « la dictature fascisante de Bédié » (…). Le président Alassane Ouattara était son référent politique, son idole, son maître. Aujourd’hui, que constatons-nous ? Il file le parfait amour avec [Henri Konan] Bédié », a encore lancé le porte-parole du RHDP.

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