Société

[Chronique] Dessin de presse : l’heure des Africains ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

© Damien Glez

Au moment où les dessinateurs de presse du monde sombrent dans le blues graphique, les « cartoonists » africains s’imposent…

L’Unesco, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, Cartooning for peace : les institutions et les associations internationales mettent en lumière les journalistes-dessinateurs d’Afrique. Le 3 mai dernier, journée mondiale de la liberté de la presse, c’est à Addis Abeba que l’organisation onusienne dédiée à la Culture et l’Union africaine réunissaient 26 dessinateurs de presse sélectionnés par l’association de cartoonists fondée par le Ghanéen Kofi Annan et le Français Plantu.

Depuis le 5 novembre, c’est dans une autre capitale continentale, au Conseil de l’Europe strasbourgeois, qu’une dizaine de dessinateurs africains « dessinent la paix et la démocratie », notamment pour un programme de l’UE : l’Ivoirien Zohoré, le Congolais Willy Zekid, l’Ethiopienne Yemsrach Yetneberk, les Marocains Ali Ghamir et Khalid Gueddar, les Tunisiens Z, Dlog et Needal et l’Algérien L’Andalou.

Cette émergence d’un dessin de presse africain encore adolescent intervient au moment où la plus que centenaire caricature occidentale s’inquiète. Depuis la décision de l’Américain New York Times, en juin, de suspendre la publication de cartoons, les professionnels du journalisme graphique sentent que le règne du « politiquement correct » est devenu aussi castrateur que la censure d’antan. Et ceci dans un monde médiatique où fleurissent curieusement les snipers télévisuels offensants et les twittos outranciers.

Étonnante impertinence

Bien sûr, le continent africain – singulièrement sa zone francophone où l’impertinence graphique ne date que du printemps de la presse des années 1990 – n’a pas eu le temps de parcourir l’aller-retour entre la liberté conquise et l’interdit déguisé en bienveillance.

L’Afrique n’est pas pour autant un Éden professionnel pour cartoonists. Comme les journalistes de Charlie Hebdo, le Sierra-Leonais Azzo ou le Lybien Kaïs ont payé leur indépendance de leur vie. Certains ont connu le cachot et d’autres subissent des pressions économiques faites de censure d’annonceurs et de rétributions consternantes.

Il n’empêche, comme le constatait le journaliste français Claude Sérillon, dans une émission dakaroise de 2004, ou le regretté Tignous, lors qu’un débat ouagalais de 2011, les publications africaines propulsent des dessins étonnamment impertinents, au regard de la jeunesse des États de droit.

Et certains « gribouilleux » de presse ont atteint des statuts de stars internationales, comme le Sud-Africain Zapiro, cauchemar de l’ex-président Zuma, la Tunisienne « Willis from Tunis » et ses chats railleurs, le Camerounais Nyem Popoli, fondateur d’une publication éponyme ou le Gabonais Pahé, poil à gratter légitimé par de grands éditeurs européens. L’avenir du dessin de presse mondial passera peut-être par les crayons africains…

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