Justice

Algérie : Khalida Toumi, ex-ministre de la Culture, placée en détention provisoire

Khalida Toumi en 2012, alors ministre de la Culture

Khalida Toumi en 2012, alors ministre de la Culture © Reda Kerbush

Khalida Toumi, ancienne ministre de la Culture de 2002 à 2014, a été ce lundi 4 novembre mise en examen pour "dilapidation des deniers publics" et placée en détention provisoire à la prison d’El Harrach, dans la banlieue Est d’Alger. Elle s'était affichée depuis novembre dernier aux côtés des opposants au pouvoir en place.

Le placement de Khalida Toumi sous le régime du mandat de dépôt fait suite à son audition ce lundi par un magistrat instructeur près la Cour suprême, sur les hauteurs de la capitale, et à sa mise en examen pour des faits présumés de dilapidation des deniers publics.

L’incarcération de Khalida Toumi intervient dans un moment de vives tensions entre le ministre de la Justice et des magistrats. Depuis dimanche 27 octobre, des juges et des procureurs sont en « grève illimitée » pour réclamer l’indépendance de la justice et l’annulation du changement d’affectation qui touche 3 000 magistrats.

Khalida Toumi rejoint ainsi deux anciens Premiers ministres, Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, ainsi que plusieurs ministres de l’ancien président Bouteflika qui font l’objet de poursuites judiciaires dans des affaires de malversations, de corruption et d’abus de fonctions supposées.

Une tente géante

Le parquet a entendu Khalida Toumi pour une affaire de dilapidation des deniers publics présumée. En juin 2019, le procureur de la République près le tribunal de Tlemcen, Me Koubai Belahoual, avait annoncé l’ouverture d’une enquête sur une affaire de surfacturation dans l’acquisition en Allemagne d’une tente géante lors de la manifestation « Tlemcen capitale de la culture islamique 2011 ».

L’ex-ministre de la Culture, Khalida Toumi, qui avait chapeauté cette manifestation, ainsi que l’ex-wali (préfet) de Tlemcen, Abdelouahab Nouri, devaient être entendus par la justice dans le cadre de ce dossier.

Les deux personnes n’ont pas pu être auditionnées par le juge d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, puisque Khalida Toumi se trouvait en France et qu’Abdelwahab Nouri, malade, était dans l’incapacité de se rendre au tribunal, a indiqué le procureur de Tlemcen en juillet.

Une militante des droits humains passée par les arcanes du pouvoir

Khalida Toumi avait apposé un démenti sur sa supposée fuite à l’étranger en expliquant n’avoir jamais quitté le pays. « Je vis et j’habite à Alger, a-t-elle déclaré à l’agence officielle APS peu de temps après les propos du procureur évoquant son voyage en France. Je n’ai pas quitté mon pays depuis au moins un an et je ne compte pas du reste le quitter. Je suis à la fois stupéfaite, effarée et indignée par la légèreté avec laquelle des mensonges aussi graves sont colportés, sans chercher à aucun moment à faire des vérifications, en atteinte flagrante aux droits élémentaires d’une citoyenne. »

Âgée de 61 ans, Khalida Toumi était une militante des droits de l’Homme et de la démocratie durant les années 1980 et 1990 avant de rejoindre le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), parti au sein duquel elle a occupé les fonctions de député puis de vice-présidente, avant d’en être exclue en 2000.

Elle a été nommée ministre de la Culture en juin 2002, poste qu’elle assuré jusqu’à son débarquement de ce ministère le 5 mai 2014, au lendemain de la réélection du chef de l’État Abdelaziz Bouteflika, dont elle était très proche, à un 4e mandat.

Depuis, elle s’est tenue à une certaine discrétion. Installée à Alger, elle est restée auprès de sa mère, malade d’Alzheimer. Après avoir signé une demande d’entrevue avec le président Bouteflika en novembre 2015, conjointement avec 18 personnalités, pour vérifier son aptitude à gouverner, Khalida Toumi a rompu son silence en mai dernier pour apporter son soutien à Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT (Parti des travailleurs) après son incarcération à la prison de Blida et sa mise en examen dans le cadre d’une affaire de complot contre l’autorité de l’armée pour laquelle la femme politique a été condamné à 15 ans de prison en septembre dernier.

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