Politique

Guinée : à l’occasion de son retour à Conakry, les partisans d’Alpha Condé investissent la rue

Alpha Condé, lors d'une interview accordée à Jeune Afrique dans la salle des audiences du palais présidentiel, le 2 mai 2015.

Alpha Condé, lors d'une interview accordée à Jeune Afrique dans la salle des audiences du palais présidentiel, le 2 mai 2015. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Une semaine après la mobilisation des opposants au projet de nouvelle Constitution, ce sont les partisans du chef de l’État qui se sont livrés à une démonstration de force dans les rues de Conakry, ce 31 octobre, pour accueillir Alpha Condé, de retour d’un séjour à l’étranger.

Massivement mobilisés sur l’esplanade du Palais du peuple, ce jeudi matin, les partisans de la mouvance présidentielle s’abritent comme ils peuvent du soleil à l’aide de parasols à la couleur – jaune – du RPG arc-en-ciel et à l’effigie d’Alpha Condé. Malgré une longue attente, certains emploient l’énergie qui leur reste en esquissant des pas de danse au rythme des musiques émanant d’un podium dressé pour l’occasion, où divers artistes chantent les louanges du chef de l’Etat. 

Au terme d’une tournée diplomatique qui l’a successivement conduit à Sotchi, pour le sommet Russie-Afrique, en Turquie puis en France, Alpha Condé devait regagner la capitale guinéenne. L’occasion pour la mouvance présidentielle de prétendre rivaliser avec les troupes de l’opposition et de la société civile qui s’étaient mobilisées en nombre, une semaine plus tôt, pour affirmer leur refus de la réforme constitutionnelle portée par le pouvoir. 

“Allons au référendum”

Dans les chansons comme sur les banderoles, le projet de nouvelle Constitution fait office de principal leitmotiv. « Je veux ! Tu ne veux pas ? Allons au référendum », peut-on lire sur les flancs d’une vingtaine de véhicules bourrés de militants. Sur des autocollants distribués à la volée, d’autres slogans viennent enfoncer le clou : « Oui à la nouvelle Constitution, c’est la Guinée qui gagne !” ; “Pr Alpha Condé, l’espoir du peuple » ; « Laissez-le achever ses chantiers »… 

Autant de mots d’ordre venus contrebalancer celui – “Amoulanfé” (“ça ne passera pas”, en soussou) – adopté par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), opposé à tout projet de référendum susceptible de permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020. 

« Donner aux partisans de la nouvelle Constitution l’occasion de s’exprimer » 

Ce jeudi, l’administration a tourné au ralenti et la plupart des écoles de Conakry étaient restées fermées. Dès le matin, le gouvernement au grand complet s’est rendu à l’aéroport pour accueillir le chef de l’Etat. Pour le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, qui a récemment transmis à ce dernier le rapport issu de ses consultations nationales sur la brûlante question référendaire, cette mobilisation vient rééquilibrer l’expression du peuple de Guinée.

« Le retour du président de la République au pays donne l’occasion à ceux qui pensent qu’il faut aller à la nouvelle Constitution de s’exprimer, indique-t-il. N’oubliez pas que les consultations que j’ai menées n’ont pas encore obtenu la réponse du président. Il a pris acte, même loin du pays, de l’expression, à travers des manifestations jugées grandioses, de l’opposition. Il prendra acte aujourd’hui de l’expression massive que vous venez de voir, plus massive que ce qu’on a vu la semaine dernière. »

Bain de foule

Arrivé à Conakry vers 13 heures, Alpha Condé a pris la direction de Kaloum, le centre administratif et des affaires. Sur l’autoroute Fidel Castro, le chef de l’État guinéen, chemise bleu ciel et lunettes noires, debout dans son véhicule de commandement, s’est offert un bain de foule au milieu de ses partisans. 

À 16 heures, le cortège présidentiel parvient enfin sur l’esplanade du Palais du peuple, où une loge officielle accueille des invités triés sur le volet, sous la protection vigilante de la garde présidentielle. Alpha Condé fait son entrée sous l’ovation du public, recevant les éloges de l’orchestre d’Ansoumane Camara, alias Petit Condé. 

Toujours debout dans son véhicule, il fait un tour d’honneur avant de reprendre la route, alors que la foule s’attendait à le voir prendre place… et surtout prendre la parole. Elle devra se contenter de l’allocution du ministre des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique, Sanoussy Bantama Sow, l’un des artisans de cette mobilisation à travers la Coalition démocratique pour une nouvelle Constitution. « Nous demandons à tous les jeunes capables de marcher d’accompagner le président jusqu’au palais Sékhoutouréya », lance-t-il depuis le podium, avant que la foule ne se disperse. 

Selon le ministre de la Communication, Amara Somparé, citant l’estimation de la police, la démonstration de force de la mouvance présidentielle aurait réuni pas moins de 1,3 million de Guinéens. Un chiffre impossible à vérifier, même si la foule était dense devant l’aéroport, sur l’esplanade du Palais du peuple et tout au long de la procession présidentielle.

Pour Souleymane Keïta, un conseiller du président, le principal objectif de ce retour en fanfare a toutefois été atteint : « L’opposition entendait renvoyer l’image d’un président isolé. Cette mobilisation avait pour but de démontrer à la face du monde que le chef de l’État reste dans le cœur de la majorité des Guinéens, pour ses gigantesques réalisations.”

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