Environnement

[Chronique] Sénégal : baobabs vs ciment

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Glez

© Glez

À Bandia, à une soixantaine de kilomètres à l'est de la capitale Dakar, les projets d'extension d'une cimenterie font craindre la désolation pour l'une des plus belles forêts de baobabs du Sénégal…

Industrialisation ou préservation de l’environnement ? Le dilemme est ancestral, et le Sénégal n’échappe pas au casse-tête. Dans un pays classé 164e en terme d’indice de développement humain, refuser la croissance économique du secteur de la construction avalise l’idée occidentale selon laquelle il n’y aurait, en Afrique, « de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ».

Pourtant, si le régime cède un patrimoine naturel de grande valeur écologique aux appétits industriels, ce sont d’autres voix – occidentales, elles aussi – qui hurlent à l’inconscience. La gageure est aujourd’hui incarnée par la commune de Bandia et ses 10 000 habitants, comme le révèle un reportage de l’AFP.

4/5e de la forêt détruits depuis 2002

À une heure de Dakar, les villages de la commune bordent une forêt classée de baobabs majestueux. Et ce n’est pas l’avancée du désert qui menace les « arbres bouteilles », les eucalyptus et les acacias. Selon un professeur de géographie de l’université de Dakar, dont les propos sont rapportés par l’AFP, quatre cinquièmes de la superficie originelle du bois auraient disparu depuis l’installation dans la zone, en 2002, de la société sénégalaise Les Ciments du Sahel.

L’entreprise serait sur le point d’obtenir une licence d’exploitation de 236 hectares supplémentaires

Il ne resterait que 2 000 hectares dédiés aux arbres. Or, la presse sénégalaise vient d’annoncer que l’entreprise serait sur le point d’obtenir une licence d’exploitation de 236 hectares supplémentaires. Le gouvernement affirme que l’autorisation n’est pas définitive, mais les riverains et les associations de protection de l’environnement expriment publiquement leur inquiétude.

Paysage lunaire

La cimenterie exploite déjà, dans les environs, une vingtaine de mines de calcaire à ciel ouvert. Il en résulte un paysage lunaire, peu propice à la renaissance de la faune et de la flore. La disparition progressive de baobabs si symboliques est un désastre, tant leurs feuilles se muent en tisanes, leurs fruits en remèdes et leur écorce en linceuls pour griots.

De surcroît, indépendamment de la perte des arbres, le passage des bruyants engins de chantiers menace les aires de jeu des enfants et soulève des nuages de poussière dont la nocivité expliquerait une récente augmentation des cas de bronchite, pneumonie et tuberculose. Quant aux déflagrations des explosifs dans les carrières, elles feraient trembler, voire fissureraient certaines habitations.

Alors que les résidents de la zone demandent au président Macky Sall de contribuer à réduire l’impact de la cimenterie, cette dernière se dit victime d’un « lynchage médiatique ». Le ministre sénégalais de l’Environnement, lui, estime qu’il n’est pas choquant de revenir sur des classifications coloniales de forêts, pour peu que l’impact économique soit significatif et que des reboisements compensatoires soient programmés ailleurs. De la langue de bois de baobab ?

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