Politique

Madagascar – Marc Ravalomanana : « Pour qu’un pays se développe, il doit d’abord se réconcilier »

Marc Ravalomanana s'adresse aux supporters lors d'un rassemblement électoral au stade Mahamasina à Antananarivo, à Madagascar, le 15 décembre 2018.

Marc Ravalomanana s'adresse aux supporters lors d'un rassemblement électoral au stade Mahamasina à Antananarivo, à Madagascar, le 15 décembre 2018. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Alors que les adversaires du président malgache Andry Rajoelina se cherchent encore un statut au sein du Parlement, l’ancien chef de l’État, candidat déçu à la présidentielle de décembre 2018, souhaite désormais obtenir le statut officiel de chef de l’opposition. Interview.

L’âge de la retraite n’a toujours pas sonné pour Marc Ravalomanana. À bientôt 70 ans, l’ancien chef de l’État, qui n’a toujours pas accepté sa défaite de l’année dernière, a refusé de concourir à tout nouveau mandat pour mieux se concentrer sur sa revendication du moment : obtenir le statut officiel de chef de l’opposition. Avec le rêve secret de recroiser le fer avec Andry Rajoelina en 2023.

Jeune Afrique : Beaucoup d’observateurs ont été surpris de vous voir accepter aussi rapidement les résultats du second tour de la présidentielle. Certains ont même évoqué un éventuel accord avec Andry Rajoelina…

Marc Ravalomanana : Nous n’avons passé aucun deal de ce genre. Mes seules motivations étaient d’éviter une nouvelle crise et des violences supplémentaires à Madagascar. Mes amis politiques me poussaient à contester la décision de la Haute cour constitutionnelle (HCC), mais j’ai voulu respecter le droit et montrer au pays que ma première préoccupation restait bien l’intérêt général de la nation malgache.

Vous avez également surpris beaucoup de monde en vous désistant en faveur d’un jeune candidat inconnu pour les municipales à Antananarivo. N’aviez-vous pas envie de retrouver l’Hôtel de ville ?

Ce n’était pas dans l’intérêt de mon parti. L’ère des vieux caïmans est révolue. Mon épouse ne voulant faire qu’un seul mandat, nous cherchions donc depuis quatre ans son successeur parmi la jeune garde du TIM (Tiako i Madagasikara, « J’aime Madagascar », ndlr). Plusieurs profils avaient été retenus, dont celui de mon fils, Tojo, mais le parti a choisi de soutenir Ny Rina Randriamasinoro, membre de l’équipe municipale actuelle, et c’est une excellente décision.

Vous avez refusé de vous présenter aux dernières législatives et n’avez donc aucun mandat électif. Vous briguez pourtant le statut officiel de chef de l’opposition. Dans quel but ?

Je ne me voyais pas revenir dans une Assemblée nationale aussi inefficace que corrompue. Je veux ce statut pour que le TIM puisse faire son travail de première force de l’opposition et ainsi garantir un avenir prospère au pays. C’est pour cela que je continue à faire de la politique, pour bâtir une vraie démocratie, basée sur le droit et la bonne gouvernance, le respect des droits de l’Homme, la liberté de la presse… Pour cela, il faut restaurer la confiance, entre gouvernés et gouvernants, entre majorité et opposition, entre l’État et le privé. Pour qu’un pays puisse se développer, il doit d’abord se réconcilier.

Et en êtes-vous de votre réconciliation avec Andry Rajoelina ? Avez-vous pu le voir depuis son élection ?

Oui, grâce à l’entremise du Pape, à qui j’avais écrit avant sa visite dans le pays en septembre. Durant son séjour dans le pays, j’ai pu enfin rencontrer et m’adresser au président, afin de lui présenter mes revendications mais également, et surtout, pour lui demander de respecter les impératifs de réconciliation nationale tels que définis dans la feuille de route de la SADC depuis 2011.

A-t-il semblé réceptif à vos arguments ?

Je dois avouer qu’il reste très méfiant. Son entourage encore plus.

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