Politique

Bénin : « Une révision consensuelle de la Constitution est toujours possible »

Remise officielle du rapport du comité d'experts chargé de la mise en forme technique des mesures législatives relatives aux recommandations du Dialogue politique, le 25 octobre 2019.

Remise officielle du rapport du comité d'experts chargé de la mise en forme technique des mesures législatives relatives aux recommandations du Dialogue politique, le 25 octobre 2019. © DR/Présidence du Bénin

Principal rapporteur du dialogue politique qui s’est tenu du 10 au 12 octobre dernier au Bénin, le politologue Victor Topanou revient sur le contenu du rapport du comité d’experts remis au président Patrice Talon, visant à traduire les recommandations du forum en textes législatifs.

Le politologue Victor Topanou est le principal rapporteur du dialogue politique qui s’est tenu du 10 au 12 octobre dernier au Bénin. Après les assises, un comité d’experts composé d’universitaires et de députés s’est penché sur l’opérationnalisation des recommandations du forum et a remis son rapport, le 25 octobre dernier, au président Patrice Talon.

Le comité d’experts propose de nombreux textes législatifs dont le passage du nombre de députés à l’Assemblée nationale de 83 à 109 avec 24 postes aux femmes, l’institution d’un poste de vice-président pour l’exécutif, une loi sur le financement des partis politiques et la reconnaissance du statut de opposition.

Jeune Afrique : Quelles sont les orientations proposées par votre comité d’experts politiques au président Patrice Talon en vue d’une sortie de crise ? 

Victor Topanou : Le comité a proposé cinq avant-projets de loi. Deux sont nouvelles et concernent l’amnistie des crimes et délits commis dans la période des élections législatives d’avril 2019 ainsi que le financement public de la vie politique. Trois sont modificatives et complétives, relatives à au code électoral, la charte des partis et au statut de l’opposition. Au-delà de ces projets de loi, le comité a également suggéré une organisation des élections générales avec toutes les implications juridiques qu’elles impliquent.

Que pensez-vous du fait que le dialogue se soit tenu malgré l’absence d’une partie de l’opposition ? Cette initiative peut-elle résoudre la crise politique ? 

Les circonstances de ce dialogue importent finalement peu par rapport à sa tenue effective. Il fallait absolument qu’il ait lieu, même s’il était imparfait. Pour moi, c’est un petit pas qui va dans la bonne direction et qui doit en appeler d’autres. Quand on est dans une situation aussi bloquée, il faut savoir apprécier à leur juste valeur les initiatives prises par les uns et les autres. Sans ce dialogue, la seule autre alternative qui reste, c’est le statut quo qui porte en lui-même les germes de la détérioration. Et je crois que d’une certaine manière, la tension a déjà un peu diminué. On s’attaque désormais davantage aux acteurs qu’à l’initiative elle-même, c’est plutôt bon signe.

Selon vous, le mécanisme de parrainage des candidats à la présidentielle auquel s’oppose l’opposition est-il pertinent ? 

Je n’ai jamais été fermé aux nouvelles initiatives si elles sont cohérentes et constituent une avancée. Le mécanisme de parrainage est expérimenté dans plusieurs pays depuis plusieurs années et a permis d’éviter une pléthore de candidatures. Il suffit juste de prendre les garde-fous suffisants pour le rendre opérationnel et surtout éviter qu’il ne se transforme en piège. Ce mécanisme pourrait contribuer à renforcer la prépondérance des partis politiques dans le paysage politique national. C’est le principal but visé et je reste convaincu qu’il pourra y contribuer.

La plupart des recommandations du dialogue exigent la retouche de la Constitution. Le Bénin est-il prêt pour une révision consensuelle ? 

Une révision consensuelle est toujours possible. Le Bénin est-il prêt à cela ? Tout dépendra de la volonté politique, de la pédagogie et surtout des choix opérés par les acteurs. À titre personnel, j’ai toujours pensé qu’une révision chirurgicale qui ne vise que deux à trois points a plus de chance de passer qu’une révision qui ambitionne de toucher plusieurs dizaines d’articles.

Croyez-vous le président Patrice Talon quand il dit qu’il n’a pas envie de s’engager dans un nouveau projet de révision constitutionnelle ?

Je n’ai aucune raison de ne pas croire en la parole du président. Ceci dit, j’ai plutôt cru comprendre qu’il ne voulait pas s’engager dans une révision qui alimente la suspicion d’un troisième mandat. C’est d’ailleurs pourquoi le comité d’experts lui avait promis de l’aider à trouver les formules les plus rassurantes afin de bien verrouiller le texte et ne laisser la place à aucune interprétation excessive.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte