Sécurité

Daesh : « Les attaques du groupe vont diminuer jusqu’à ce qu’un nouveau leader soit nommé »

L'ex-calife autoproclamé de l'organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, dans une vidéo de propagande diffusée lundi 29 avril 2019.

L'ex-calife autoproclamé de l'organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, dans une vidéo de propagande diffusée lundi 29 avril 2019. © YouTube/Sky News

Quel avenir pour l’organisation État islamique (EI ou Daesh, suivant son acronyme arabe) après la mort, ce week-end dans le nord-ouest de la Syrie, de son chef auto-proclamé Abou Bakr al-Baghdadi ? Réponse avec Hisham al-Hashimi, chercheur irakien spécialiste des groupes armés.

Le décès en 2006 d’Abou Moussab al-Zarqaoui, le fondateur d’al-Qaïda en Irak, n’avait pas empêché le développement de l’organisation et sa mue, en 2014, en État islamique en Irak et au Levant. Pas plus que celle de son prédécesseur, la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi ne signifie pas la fin de l’internationale jihadiste, mais préfigure plutôt un changement de stratégie et de tactique à venir, estime Hisham al-Hashimi, chercheur basé à Bagdad et conseiller auprès du Premier ministre irakien pour les questions de sécurité.

Jeune Afrique : Comment l’opération pour trouver et tuer Abou Bakr al-Baghdadi s’est-elle déroulée ?

Hisham al-Hashimi : C’est d’abord son beau-frère qui a été arrêté par les services de renseignement irakiens. Connu sous le nom de Mohammed Ali Sajid Al Zoubei, il a fini par avouer où se trouvait al-Baghdadi. À partir de là, la traque du chef du califat a commencé, jusqu’à sa localisation dans le village de Barisha, dans le gouvernorat d’Idleb.

L’enquête a commencé dans une localité située dans le désert d’Anbar, dans l’ouest de l’Irak, où ont été retrouvés des objets personnels d’al-Baghdadi, dont des armes à feu, des médicaments, des textes liturgiques ainsi qu’une mallette contenant des cartes et des notes personnelles.

Grâce à ses messages, les renseignements irakiens ont ensuite pu pénétrer le réseau de contrebande du groupe et suivre les mouvements d’al-Baghdadi, jusqu’à son arrivée dans le gouvernorat d’Idleb, fin août 2019. Cette infiltration de Daesh a également permis de localiser ses proches. Les informations ont été communiquées aux Américains, qui se sont alors chargés de poursuivre le calife auto-proclamé et de le tuer.

Pourquoi le groupe n’a-t-il pas confirmé ou commenté sa mort ?

Il a besoin de temps pour rebondir après cette nouvelle, et organiser la relève. C’est une période vitale pour le groupe, et il faut surtout éviter le chaos, avec une stratégie de communication adaptée à la situation.

En quoi la mort de son chef autoproclamé affecte-t-elle le groupe État islamique en Irak et dans le monde ?

Je pense que les attaques du groupe vont diminuer sur ces territoires, jusqu’à ce qu’un nouveau leader soit nommé. Les possibilités sont diverses : le retour de Daesh dans le réseau Ansar al-Islam [un groupe jihadiste irakien né en 2001] ou son alliance avec Al-Qaïda en Irak, voire le développement d’une collaboration avec Hurras ad-Din [l’antenne syrienne d’Al-Qaïda].

Jabhat al Nusra pourrait en profiter pour rassembler sous sa coupe d’autres micro-organisations jihadistes, et ainsi consolider son pouvoir

Jabhat al-Nosra [aujourd’hui Hayat Tahrir al-Cham] pourrait en profiter pour rassembler sous sa coupe d’autres micro-organisations jihadistes, et ainsi consolider son pouvoir. Cela pourrait également se passer en Syrie, au Yémen, et en Afrique de l’Ouest, où la situation de l’organisation État islamique est différente de celle en Irak. Daesh en Irak, moins puissant aujourd’hui, devra coopérer avec Al-Qaïda en formant une force plus radicale pour exploiter la situation.

Qui sont les candidats à sa succession ?

Les deux candidats pressentis sont le Saoudien Abou Saleh Al Jazrawi, et Abou Othman al-Tunsi, l’un des deux assistants apparus aux côtés d’al-Baghdadi dans une vidéo publiée en avril.

Comment expliquer la présence d’Abou Bakr al-Baghdadi à Idleb, qui est contrôlée par des forces hostiles à Daesh ?

C’est difficile de vous répondre. L’EI a essuyé de grosses défaites dernièrement sur le territoire irakien, donc se replier à Idleb, où il est de notoriété publique qu’il n’y a pas de combattants du califat, mais plutôt des forces jihadistes anti-Bachar al-Assad, n’était pas une mauvaise idée.

Cela s’inscrit également dans la stratégie de régénération de Daesh, qui se décline en trois étapes : la formation et le rassemblement de ressources (soldats et armes), puis le début des opérations militaires, et enfin la prise de contrôle du territoire sur lequel le groupe va pouvoir imposer sa politique et créer une économie capable de soutenir son combat. Idleb, dernier bastion jihadiste, est donc l’endroit idéal pour recruter et prospérer.

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