Sport

Rugby en Afrique du Sud : Siya Kolisi, premier capitaine noir des Springboks

Le troisième ligne et capitaine de l'équipe d'Afrique du Sud, Siya Kolisi, lors d'une rencontre contre le Pays de Galles, déjà, le 24 novembre 2018 à Cardiff.

Le troisième ligne et capitaine de l'équipe d'Afrique du Sud, Siya Kolisi, lors d'une rencontre contre le Pays de Galles, déjà, le 24 novembre 2018 à Cardiff. © Rui Vieira/AP/SIPA

Siya Kolisi tentera dimanche 27 octobre de qualifier l’Afrique du Sud pour la finale de la Coupe du monde de rugby. Le flanker, qui a vécu une enfance compliquée dans un township de Port Elizabeth, est devenu le premier Noir à porter le brassard de capitaine des légendaires Springboks. Portrait.

Depuis que l’Afrique du Sud a retrouvé sa place sur la scène internationale, après avoir été longtemps mise au ban à cause de sa politique d’apartheid, Siya Kolisi (28 ans) est le premier joueur noir à avoir été intronisé capitaine d’une équipe qui vise cette année un troisième titre mondial, après ceux obtenus en 1995 et 2007.

Le troisième ligne des Stormers du Cap est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes à son poste, au sein d’une formation réputée pour pratiquer un rugby physique et parfois violent. « Kolisi, c’est un joueur moderne. Physiquement, il est très impressionnant, il dégage beaucoup de puissance, il est capable d’attaquer et de défendre. Il est très complet, et si Johan “Rassie” Erasmus [le sélectionneur sud-africain], en a fait son capitaine, ce n’est pas un hasard », explique à Jeune Afrique l’ancien international ivoirien Olivier Diomandé.

Siya Kolisi s'étirant avec ses coéquipiers à la fin d'un entraînement, quatre jours avant d'affronter le Pays de Galles en demi-finale de Coupe du monde.

Siya Kolisi s'étirant avec ses coéquipiers à la fin d'un entraînement, quatre jours avant d'affronter le Pays de Galles en demi-finale de Coupe du monde. © Mark Baker/AP/SIPA

Un symbole « naturel »

Kolisi, avant d’être le capitaine des Boks depuis juin 2018, a connu un début de vie particulièrement éprouvant. Né à Zwide, un des pires townships de Port Elizabeth, sa ville natale, il a grandi dans la misère et la violence. Ses parents, très jeunes et démunis, n’ont jamais pu l’élever dans des conditions décentes, et l’ont confié très tôt à sa grand-mère, une modeste femme de ménage. Dans les quelques interviews qu’il a accordées à la presse, Kolisi ne nie pas avoir été confronté à un quotidien difficile, tout en prenant toujours soin de ne pas s’apitoyer sur son sort.

Erasmus ne lui a pas confié cette responsabilité parce qu’il est noir, mais parce qu’il le mérite

« Cela a été dur, mais il y a pire », répond souvent le flanker, admettant que le rugby l’a grandement aidé à s’élever et à s’éloigner de son ghetto et de ses innombrables pièges. « Il a eu un parcours de vie très dur. S’il en parle avec pudeur, s’il semble avoir beaucoup de recul par rapport à cela, je pense que ce qu’il a vécu l’a forgé et l’a rendu plus fort. Le fait de ne pas trop parler de son enfance, de ce qu’il a enduré, lui donne une certaine grandeur », commente Diomandé.

« Évidemment, le fait qu’il soit capitaine des Boks peut être considéré comme un symbole, poursuit l’Ivoirien. Mais à mes yeux, c’est un symbole naturel. Erasmus ne lui a pas confié cette responsabilité parce qu’il est noir, mais parce qu’il le mérite : c’est un très bon joueur, et un leader. Je crois que dans l’Afrique du Sud actuelle, le fait que le capitaine de la sélection nationale de rugby ne soit pas blanc ne pose pas de problème majeur, même si vous trouverez toujours des gens pour dire qu’il a été choisi en raison de sa couleur de peau. »

« Il ne faut pas voir du racisme partout »

Pourtant, alors que la nation arc-en-ciel connaît de nouvelles tensions xénophobes depuis plusieurs semaines, un incident survenu après la victoire face à l’Italie (49-3, le 4 octobre) lors du premier tour n’est pas passé inaperçu. Alors que Makazole Mapimpi, un autre joueur noir, s’approche de cinq joueurs blancs en train de fraterniser pour célébrer ce succès, l’ailier des Sharks est repoussé par ses coéquipiers.

Le sélectionneur, face à la polémique lancée sur les réseaux sociaux, a expliqué qu’il ne s’agissait que d’un rituel, consistant pour des remplaçants à repousser un titulaire, et que son équipe est « unie ». « Il ne faut pas voir du racisme partout, renchérit Khaled Babbou, le président tunisien de Rugby Afrique. Je pense que cette sélection sud-africaine est effectivement soudée. Je ne crois pas qu’il y ait des problèmes de ce type au sein de l’équipe. »

Siya Kolisi signant un autographe avant de s'envoler au Japon pour la Coupe du monde, vendredi 30 août à l'aéroport O.R. Thabo de Johannesburg.

Siya Kolisi signant un autographe avant de s'envoler au Japon pour la Coupe du monde, vendredi 30 août à l'aéroport O.R. Thabo de Johannesburg. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Source d’inspiration

En Afrique du Sud, le rugby a longtemps été identifié comme un sport très majoritairement pratiqué par les Blancs. La fédération a depuis mis en place une politique de discrimination positive, obligeant les clubs à respecter des quotas en fonction de la couleur de peau. « Si les différents sélectionneurs ont retenu des joueurs noirs, c’est parce que ces derniers le méritaient, et non pour faire plaisir à la communauté noire », estime Olivier Diomandé.

Si tous les problèmes de racisme n’ont pas disparu dans le rugby sud-africain, pour Khaled Babbou, le mélange entre Blancs, Noirs et métis fait désormais partie du décor. « C’est pour cela que Kolisi capitaine, et d’autres Noirs titulaires dans cette sélection, pour moi et pour beaucoup de monde, est une chose devenue normale », déclare Khaled Babbou.

Tous les gamins de la ville ne connaissent pas forcément son nom, mais ils savent que c’est l’un des leurs qui est capitaine des Boks

En Afrique, où le football reste de loin le sport le plus populaire, le rugby intéresse malgré tout de plus en plus de jeunes, au moins dans certains pays. Et la nomination d’un Noir comme capitaine des Springboks peut, selon le patron de l’ovalie africaine, « être bénéfique » à sa discipline sur le continent.

C’est également l’avis d’Olivier Diomandé, qui se rend fréquemment à Abidjan dans le cadre de sa fonction de manager des sélections ivoiriennes : « Tous les gamins de la ville ne connaissent pas forcément son nom, mais ils savent que c’est l’un des leurs qui est capitaine des Boks. Pour eux, c’est quelque chose d’important. Ils se disent que c’est non seulement un bon joueur, mais aussi quelqu’un de charismatique, de représentatif. Cela peut inciter des jeunes Africains à se mettre au rugby. »

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